Le Maroc présente un tableau sanitaire d’une précision chiffrée remarquable, issu d’un rapport Afrobarometer publié en avril, fondé sur 45 600 entretiens conduits dans 38 pays entre janvier 2024 et septembre 2025, avec une marge d’erreur comprise entre ±2 et ±3 points, et des données nationales recueillies entre février et mars 2024. Le royaume affiche un taux de couverture médicale de 71 %, se plaçant parmi les niveaux les plus élevés du continent, une accessibilité urbaine aux structures de soins atteignant 100 %, mais aussi des déséquilibres persistants, 95 % des patients déclarant avoir subi de longues attentes et 81 % des pénuries de médicaments.

Dans le détail, 53 % des Marocains estiment que l’accès aux soins demeure difficile, contre 47 % qui le jugent aisé, proportion qui situe le pays dans la moyenne continentale. Cette répartition traduit une tension durable entre capacité théorique du système et conditions réelles de prise en charge. L’écart territorial atteint 35 points entre zones urbaines et rurales, marquant une dissymétrie profonde dans la distribution de l’offre de soins. Dans les centres urbains, la proximité des structures médicales concerne la totalité de la population interrogée, configuration rare à l’échelle africaine.

Le rapport indique que 54 % des Marocains déclarent avoir renoncé à des soins ou à des traitements au moins une fois au cours des douze derniers mois, ce qui confirme la persistance d’obstacles dans l’accès effectif aux services médicaux. Cette proportion demeure inférieure à celle observée dans les pays les plus en difficulté, mais elle atteste néanmoins d’une fragilité structurelle. L’expérience des usagers est dominée par l’attente, citée par 95 % des patients comme un problème récurrent, soit l’un des niveaux les plus élevés observés parmi les 38 pays étudiés.

Les pénuries de médicaments concernent 81 % des patients marocains ayant fréquenté une structure de santé publique, taux supérieur à la moyenne continentale. Cette donnée place le royaume dans le groupe des pays où les ruptures d’approvisionnement constituent une expérience majoritaire, y compris dans des économies relativement mieux dotées en infrastructures. Les délais d’attente, les ruptures de stocks et les difficultés d’accès composent un faisceau de contraintes qui affecte la perception globale du système.

Le rapport précise que 44 % des Marocains jugent positivement l’action des pouvoirs publics en matière d’amélioration des services de santé, contre 56 % qui expriment un jugement défavorable. Cette répartition révèle un équilibre instable, caractérisé par une majorité critique mais non écrasante. Elle traduit une perception nuancée, oscillant entre reconnaissance des efforts engagés et constat d’insuffisances persistantes.

L’inquiétude face à la maladie demeure contenue en comparaison africaine. Seuls 28 % des Marocains déclarent s’inquiéter fortement de leur capacité à obtenir ou à financer des soins en cas de besoin, proportion inférieure à la moyenne continentale. Toutefois, 45 % expriment une inquiétude modérée et une part résiduelle manifeste une inquiétude faible ou inexistante, ce qui suggère une anxiété diffuse plutôt qu’une alarme généralisée.

S’agissant de l’adhésion à une couverture universelle, le rapport indique que la majorité des Marocains soutient le principe d’un accès garanti aux soins, même en cas d’augmentation des prélèvements obligatoires. Toutefois, 37 % des personnes interrogées s’y opposent, proportion notable qui place le Maroc parmi les pays où la réticence fiscale apparaît la plus marquée.

Accès territorial et expérience des patients

Le contraste territorial constitue l’un des traits les plus saillants du système marocain. L’accès aux structures de santé à distance de marche concerne 100 % des habitants des zones urbaines, mais chute significativement dans les zones rurales, produisant un écart de 35 points. Cette disparité figure parmi les plus élevées observées dans l’étude et souligne la concentration des infrastructures dans les espaces urbains.

L’expérience des patients met en évidence une accumulation de contraintes. 95 % des usagers déclarent avoir été confrontés à des temps d’attente prolongés, ce qui constitue le niveau le plus élevé parmi les pays étudiés. Cette situation ne se réduit pas à un déficit de ressources, mais reflète également une pression importante sur les structures existantes. Dans le même temps, 81 % des patients signalent un manque de médicaments ou de fournitures, ce qui confirme la fréquence des ruptures de stocks.

La proportion de Marocains déclarant des difficultés d’accès aux soins atteint 53 %, soit une majorité relative. Cette donnée s’inscrit dans une configuration où la couverture médicale est élevée, ce qui met en évidence un décalage entre protection financière et accessibilité effective. Le renoncement aux soins, déclaré par 54 % des répondants, renforce ce constat en révélant une incapacité partielle du système à répondre aux besoins.

L’ensemble de ces indicateurs dessine un système caractérisé par une accessibilité géographique inégale, une pression forte sur les structures urbaines et des insuffisances dans l’approvisionnement. La combinaison de ces facteurs contribue à une perception mitigée de la qualité des services, traduite par une majorité relative d’opinions négatives sur l’action publique.

Comparaison continentale et financement des systèmes de santé

À l’échelle des 38 pays étudiés, la santé apparaît comme la première priorité des citoyens, citée par 38 % des répondants, devant le chômage qui recueille 33 %. Cette hiérarchisation marque une évolution notable des préoccupations, traduisant la place centrale des enjeux sanitaires dans les sociétés africaines. Sept Africains sur dix estiment que les pouvoirs publics doivent garantir un accès universel aux soins, même au prix d’une augmentation des prélèvements.

L’expérience des systèmes de santé sur le continent révèle des difficultés généralisées. Parmi les usagers des structures publiques, 51 % déclarent avoir eu des difficultés à obtenir les soins nécessaires, 63 % évoquent des coûts prohibitifs, 71 % signalent un manque de médicaments, 79 % des temps d’attente excessifs, 58 % des infrastructures dégradées et 56 % l’absence de personnel médical. Ces données mettent en évidence une accumulation de contraintes affectant la qualité des services.

Le renoncement aux soins concerne 65 % des Africains, dont 26 % de manière fréquente, ce qui souligne l’ampleur du phénomène. Dans le même temps, 79 % des habitants ne disposent d’aucune couverture médicale, ce qui les expose à des dépenses directes en cas de maladie. La couverture atteint seulement 20 % en moyenne dans les 36 pays considérés, hors cas particuliers.

Les obstacles à l’assurance santé reposent principalement sur des contraintes financières, citées par 35 % des personnes non couvertes, et sur un manque d’information, mentionné par 33 % des répondants. Une proportion de 11 % évoque la complexité des procédures d’adhésion. Ces facteurs traduisent une diffusion encore limitée des mécanismes de protection sociale.

L’inquiétude face à la maladie demeure élevée, 53 % des Africains déclarant craindre fortement de ne pas pouvoir accéder à des soins, contre 12 % qui n’expriment aucune inquiétude. Cette perception reflète une insécurité sanitaire largement partagée, particulièrement marquée parmi les populations les plus exposées à la pauvreté.

Dans ce cadre continental, le Maroc se distingue par un niveau de couverture nettement supérieur à la moyenne, mais aussi par des difficultés persistantes dans l’expérience des patients. Le rapport souligne que «les systèmes de santé africains connaissent une recomposition profonde sous l’effet de contraintes financières et de transformations des modes de financement», et que «les citoyens expriment des attentes élevées en matière d’accès et de qualité des soins, même dans des contextes où les ressources demeurent limitées».

L’ensemble des données relatives au Maroc illustre ce contraste. Le pays dispose d’un niveau de couverture avancé, d’un accès urbain généralisé et d’une inquiétude modérée, mais se trouve confronté à des difficultés aiguës relatives à l’équité sanitaire, caractérisées par des attentes prolongées, des pénuries fréquentes et un renoncement encore majoritaire.