L’Europe entre dans une nouvelle phase de tensions énergétiques, Dan Jørgensen, commissaire à l’Énergie, anticipant des prix durablement élevés et des risques accrus sur l’approvisionnement.
La perspective d’un choc énergétique durable s’impose désormais au cœur de l’agenda européen. Alors que le conflit au Moyen-Orient s’enlise, Bruxelles hausse le ton et prépare ses États membres à des tensions prolongées sur les approvisionnements, avec des conséquences déjà tangibles sur les prix et la facture énergétique du continent.
Dans un entretien au Financial Times, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a averti que l’Union devait envisager « toutes les possibilités » face à une crise appelée à durer. « Ce sera une crise longue (…) les prix de l’énergie seront plus élevés pendant très longtemps », a-t-il déclaré, soulignant que, pour certains produits plus « critiques », « nous nous attendons à ce que ce soit encore pire dans les semaines à venir ».
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À l’origine de ce choc, la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, point de passage stratégique par lequel transite habituellement près d’un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Cette décision, intervenue après une offensive conjointe américano-israélienne fin février, a provoqué la plus grave perturbation des marchés énergétiques depuis des décennies. Résultat : une flambée immédiate des prix de l’essence et du diesel, et des tensions croissantes sur les chaînes d’approvisionnement.
Une facture de 14 milliards d’euros
Pour l’Union européenne, la facture commence déjà à s’alourdir. Dan Jørgensen avait indiqué le 31 mars dernier que le conflit avait d’ores et déjà entraîné un surcoût de 14 milliards d’euros pour les importations de combustibles fossiles. Un choc d’autant plus sensible que le bloc reste structurellement dépendant des importations d’énergie, malgré ses efforts de diversification depuis la guerre en Ukraine.
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Si Bruxelles estime ne pas être « encore » confrontée à une crise d’approvisionnement, la prudence domine. « Mieux vaut être préparé que de regretter », a insisté le commissaire auprès du Financial Times, évoquant la préparation de scénarios extrêmes, incluant même un rationnement possible du diesel ou du kérosène. Le secteur aérien apparaît particulièrement exposé, alors que les flux de carburant se raréfient et que les frappes sur les infrastructures énergétiques se poursuivent dans la région.
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Nouveau recours aux réserves stratégiques
Dans ce contexte, la Commission européenne explore plusieurs pistes pour gagner en flexibilité. Parmi elles : un assouplissement des normes sur le carburant aérien afin de faciliter les importations depuis les États-Unis, ou encore une augmentation des taux d’incorporation d’éthanol dans les carburants routiers. « Nous examinons toutes les possibilités », a assuré Dan Jørgensen, tout en précisant qu’aucune modification réglementaire n’était, à ce stade, actée.
Autre levier envisagé : un nouveau recours aux réserves stratégiques de pétrole. Après une libération coordonnée historique le mois dernier, Bruxelles n’exclut pas de puiser à nouveau dans ces stocks « si la situation devient plus grave ». En parallèle, plus de quarante pays se sont engagés à sécuriser le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, condition indispensable à un retour progressif à la normale.
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Cette crise intervient alors que l’Union poursuit sa stratégie de désengagement énergétique vis-à-vis de la Russie. Aucun changement n’est prévu à court terme : Bruxelles maintient son objectif de mettre fin aux importations de GNL russe d’ici fin 2026 et de gaz par pipeline d’ici septembre 2027. Une trajectoire ambitieuse, mais qui complique encore l’équation à court terme.
Au-delà de l’urgence, c’est bien la nature « structurelle et durable » du choc qui inquiète. « La rhétorique que nous utilisons aujourd’hui est plus grave qu’au début de la crise », a reconnu le commissaire. Une inflexion qui traduit la prise de conscience d’un basculement.