Le groupe pétro-gazier italien Eni a annoncé ce 22 janvier, un accord portant sur la cession de 10% de sa participation dans le projet ivoirien offshore Baleine, à la compagnie nationale pétrolière d’Azerbaïdjan SOCAR. L’accord a été signé par Claudio Descalzi, directeur général de Eni, et Rovshan Najaf, président de l’entreprise d’État, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial qui se tient à Davos du 19 au 23 janvier.
« L’accord s’inscrit dans le cadre de la collaboration plus large entre Eni et SOCAR. En 2024, les deux entreprises ont signé trois protocoles d’accord (MoU) axés sur la sécurité énergétique, visant à renforcer la coopération dans l’exploration et la production d’hydrocarbures, ainsi que sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la chaîne de production de biocarburants », indique un communiqué de Eni.
L’opération est encore soumise aux autorisations réglementaires et aux conditions usuelles de finalisation. Actuellement, Eni détient 47,25% du projet, contre 30% pour le négociant Vitol et 22,75% pour Petroci, la société nationale ivoirienne.
Découvert en 2021, à environ 70 km au large des côtes du Golfe de Guinée, ce champ pétrogazier est avec 2,5 milliards de barils de pétrole brut et 3 300 milliards de pieds cubes de gaz naturel en réserves prouvées, l’un des gisements les plus prometteurs d’Afrique. Le champ est déjà entré en production à travers ses phases 1 et 2, avec plus de 62 000 barils de pétrole et plus de 75 millions de pieds cubes de gaz par jour. Le lancement de la phase 3, en cours de préparation, doit permettre de porter la production à 150 000 barils de pétrole et 200 millions de pieds cubes de gaz par jour.
Une poursuite de l’optimisation du portefeuille ivoirien d’Eni
Pour Eni, la cession de cette participation s’inscrit dans une stratégie assumée de gestion dynamique de son portefeuille en amont. Le groupe italien applique depuis plusieurs années un modèle consistant à valoriser partiellement ses découvertes, dit de « double exploration », qui consiste à réduire certaines participations pour générer des financements tout en optimisant ses activités d’exploration.
Cette orientation l’a déjà conduit à céder à la société de trading pétrolier Vitol, 30% de ses parts initiales (77,25%) dans le champ pétrolier Baleine. Présent en Côte d’Ivoire depuis 2015, Eni a fait de cette découverte son premier projet majeur dans le pays, mais aussi une vitrine de son approche industrielle. Le champ est en effet présenté comme le premier développement pétrolier et gazier à émissions nettes zéro en Afrique, grâce à l’électrification des installations, à l’optimisation des procédés et à la valorisation du gaz associé pour la production d’électricité domestique.
La compagnie avait annoncé en 2023 son intention d’investir 10 milliards USD (environ 8,5 milliards d’euros) dans le développement de ce projet d’ici 2027.
Les premiers pas de SOCAR sur le marché pétrogazier africain
Pour Socar, cette prise de participation marque une étape importante dans sa stratégie d’expansion internationale et surtout sa première entrée directe dans les ressources pétrolières et gazières africaines. Jusqu’ici très concentrée sur l’Azerbaïdjan, la mer Caspienne et certains marchés européens, la compagnie nationale azerbaïdjanaise cherche à diversifier son portefeuille d’actifs. « Cette transaction marque l’entrée de SOCAR dans l’immense potentiel pétrolier et gazier de l’Afrique et s’inscrit dans la stratégie d’expansion mondiale de l’entreprise », indique-t-elle.
Le projet Baleine donne à SOCAR accès à un actif déjà en production, exploité par une major reconnue pour son expertise en eaux profondes, tout en lui ouvrant les portes d’un secteur pétrogazier qui monte en puissance. Dans la première économie de l’UEMOA, les autorités veulent atteindre d’ici 2035 une production pétrolière de 500 000 barils par jour pour figurer parmi les cinq premiers producteurs africains, en améliorant le cadre des investissements dans le secteur pétrolier et gazier.