Avec 1653 officiers formés depuis 1981, l’École nationale des officiers (Enoa) reste une fierté sénégalaise, mais surtout une fabrique bien huilée de chefs militaires.

Enoa ! Le sigle de l’académie militaire est rentré dans l’imaginaire collectif des Sénégalais tant le label et le produit sont reconnus et salués. Implantée dans l’antre de la Base de Thiès, l’École nationale des officiers d’active (Enoa) perpétue une tradition de rigueur dans la formation. Fournissant la plupart des officiers des Armées depuis sa création, en 1981, l’Enoa reste ce creuset d’excellence qui fait la fierté du commandement.

« Nous avons en charge la formation initiale des officiers des Forces armées issus du recrutement des armées : l’armée de l’Air, la Marine nationale, l’armée de Terre, mais aussi la Gendarmerie nationale. Nous formons en même temps les futurs officiers de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers (Bnsp) », explique le commandant d’École, le colonel Samba Fall, lui-même issu de la 18ᵉ promotion de l’École.

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L’établissement est devenu une école à vocation africaine avec la présence d’élèves officiers en provenance de 17 États. Ce qui fait dire au commandant, appelé « Kélétigui », que la barrière linguistique n’est plus un frein pour l’admission à l’école. Il mesure parfaitement l’ « instrument d’influence de l’École avec les pays voisins et autres partenaires africains ».

C’est en partenariat avec la France, à partir de 1999, que l’Enoa avait acquis le statut d’Envr. Cette coopération a pris fin et le Sénégal est dans une gestion autonome.

« Notre mission consiste à former des officiers au profit de la Gendarmerie nationale, de la Bnsp et des armées. Subsidiairement, nous pouvons participer à la formation des officiers de réserve ou au perfectionnement des officiers des Forces armées conformément au décret d’organisation », explique le colonel Fall.

La cohorte actuelle comprend de futurs officiers de la Marine nationale, de futurs officiers de l’armée de l’Air et de la Gendarmerie nationale, ainsi que des sous-officiers pour le grade d’officier (Dago) qui en est à sa 11e promotion. La formation dure deux années pour les officiers et une pour le Dago.

Un héritage à préserver

Le recrutement se fait à deux niveaux. Pour le recrutement professionnel, il cible des sous-officiers des Forces armées titulaires du certificat interarmes (Cia) et du bac, mais également âgés de 26 à 30 ans. Pour le recrutement direct, il vise tous les jeunes sénégalais titulaires d’une Licence 3 et âgés de 20 à 25 ans, avec une dérogation pour les candidats titulaires d’un Master 1 ou ayant validé les crédits du Master 1 qui, eux, peuvent être âgés de 26 ans, souligne le commandant d’École.

Pour le dernier recrutement direct de l’année 2026, 1333 candidats et 85 professionnels étaient en lice. Conscient de l’héritage à préserver, le colonel Samba Fall reste très concentré sur sa mission, persuadé du legs à transmettre, mais surtout du label à préserver. «L’objectif est de maintenir et sauvegarder le label Enoa qui nous a gratifiés d’officiers de valeur très bien formés et qui ont activement participé à la défense du territoire national », indique le « Kélétigui ».

Avec l’augmentation des effectifs, il juge primordial de garder l’équilibre entre la quantité et la qualité afin d’avoir un produit qui soit toujours apte à exécuter les missions qui lui seront confiées. L’établissement est, en effet, passé d’une dizaine, voire une vingtaine d’élèves dans les premières promotions, à une centaine d’élèves présentement.

C’est ainsi que la 44ᵉ promotion actuelle des élèves de deuxième année est composée de 132 élèves et la 45e de la première année de 137 élèves.

Traditions négro-africaines

L’Enoa reste fortement ancrée dans les traditions négro-africaines d’une manière générale et sénégalaises particulièrement. « Cet ancrage se manifeste pendant l’initiation durant laquelle les élèves-officiers entrent dans la case de l’homme. Ces traditions sont un spectre de rituels tirés de pratiques de certaines ethnies, parmi lesquelles les Wolofs, les Sérères, les Peulhs, les Madingues et les Diolas », souligne le « Kélétigui ».

L’initiation de trois mois, à distinguer de la Formation initiale du combattant (Fic) de 45 jours, est un « regroupement de pratiques agencées dans le temps et qui constituent des étapes à franchir par l’initié ». Aussi vise-t-elle à « instituer des valeurs de courage, d’humilité, de respect des anciens et d’engagement ».

« Elle est donc méthodiquement organisée par le « Kélétigui » qui est le gardien des traditions et le commandant d’École, le « Kocc » qui est le maître d’œuvre des traditions, en coordination du « Neeg » qui est un groupe constitué de cinq élèves officiers d’active de 2e année, avec des rôles clairement spécifiés pour chacun d’entre eux », détaille le colonel Fall.

Aussi, les officiers sortis de l’Enoa se distinguent par le port d’un bracelet traditionnel appelé « Jambaar » à l’intérieur duquel est gravé le nom du propriétaire et la lettre « Phi » avec une flèche qui symbolise droiture et sagesse.

Ibrahima Khaliloullah NDIAYE