Bâtie sur une superficie de plus de quatre cents hectares, l’Ecole polytechnique de Thiès (Ept), est l’une des perles de l’Enseignement supérieur. Fleuron du pays dans le domaine des sciences de l’ingénieur, elle forme des ingénieurs de conception dans plusieurs domaines.
11 heures à l’Ecole polytechnique de Thiès (Ept). Le soleil a fini d’étendre ses rayons en ce lundi 17 mars 2026 et dicte sa loi. À l’entrée de cet établissement qui s’étend à perte de vue, deux hommes sont au contrôle. Il filtre les entrées avec rigueur et intransigeance. Il faut un rendez-vous pour franchir le portail.
La porte principale franchie, ce qui frappe le premier le visiteur, c’est la propreté impeccable de l’école. L’endroit est bien entretenu et bien aménagé avec des arbres qui bordent tout au long des allées. Un calme plat y règne. A cette heure de la journée, les étudiants sont soit dans les salles de classe, soit dans leur chambre.
À quelques mètres de l’entrée, on tombe sur un panneau où sont mentionnées toutes les filières qui sont dispensées dans cette école d’excellence. Fondée en 1973, par Léopold Sédar Senghor l’Ecole polytechnique de Thiès (Ept) a été la première école d’ingénieurs du Sénégal. Depuis sa création, elle a traversé plusieurs phases d’ancrage institutionnel, passant notamment sous la tutelle du ministère des Forces armées, puis de l’université Cheikh Anta Diop avant de rejoindre l’université de Thiès.
«C’est en 2009, par décret que l’école est devenue un établissement d’enseignement supérieur autonome avec un rang d’université », explique Mamadou Wade, Directeur de l’Ept depuis 2025. Il n’est pas en terrain inconnu d’autant plus qu’il est sorti de cette école avec un diplôme d’ingénieur de conception en 2001. Issu de la même promotion que l’actuel ministre des infrastructures, Déthié Fall, il est, après l’obtention de son diplôme d’ingénieur, parti en France pour faire diplôme d’études approfondies (Dea) et un Doctorat.
M. Wade revient par la suite au pays, fait une petite incursion dans le milieu industriel avant de retourner à l’Ept pour y dispenser des cours. Il y gravit tous les échelons, depuis le grade d’assistant jusqu’au rang professeur de classe exceptionnelle.
Selon le Directeur de l’Ept, pendant près de quatre décennies l’école comptait essentiellement deux filières: La filière Génie civile et le département Génie électromécanique. Mais en 2012, une nouvelle ambition se dessine. «On a jugé nécessaire qu’il fallait monter en puissance», explique M. Wade.
Ainsi, l’école introduit alors le Génie Informatique et Télécommunications, une formation en alternance qui plonge les étudiants au cœur du monde professionnel. L’innovation ne s’arrête pas là. Avec l’ouverture de l’Aéroport international Blaise Diagne en 2015, Thiès se projette comme futur hub aérien. L’Ept anticipe et lance une filière aéronautique, aujourd’hui orientée vers le spatial. Puis, en 2022, un département de génie industriel vient enrichir l’offre.
À ces formations d’ingénieurs s’ajoutent des masters spécialisés, notamment en Génie civil, en Energies renouvelables en partenariat avec les universités de Bambey, Ziguinchor et Saint-Louis ou encore en mobilité numérique avec l’École supérieure polytechnique de Dakar.
Ouverture aux nouveaux métiers
En effet, l’accès à l’Ept reste un privilège rare. C’est par voie de concours et est réservé aux bacheliers des série S1, S2 et Technique. Chaque année, près de 4 000 candidats tentent leur chance, mais seuls 80 sont admis. C’est une école de cracks. « C’est un concours très sélectif et ceux qui le réussissent ont la mention bien ou très bien au bac », souligne le Directeur Mamadou Wade.
Une exigence qui, selon lui, s’explique par des capacités d’accueil limitées, même si l’État a engagé la construction de nouveaux pavillons pour porter les effectifs à 150 voire 200 étudiants. « Aujourd’hui, l’effectif total de l’école est de 600 élèves et les 40% sont des filles. Des chiffres qui montrent que les filles se battent pour être dans les écoles d’excellence », relève le directeur.
Depuis 1973, l’école has formé 1 856 ingénieurs issus de 14 nationalités différentes. Une diversité qui participe à son rayonnement. En outre, le directeur renseigne que depuis quelques années, l’Ept s’inscrit pleinement dans une dynamique internationale, avec des programmes de mobilité permettant aux étudiants de poursuivre une partie de leur cursus en France, tout en accueillant des étudiants étrangers à Thiès.
Pour accompagner cette montée en puissance, l’école a lancé en 2024 un ambitieux plan stratégique. Le premier axe, renseigne le directeur, c’est l’amélioration de la gouvernance et de management de la qualité. Lesquels passent, à son avis, par un renforcement des organes de gouvernance et d’asseoir une gouvernance innovante axée sur les standards de qualité.
« L’Ept a obtenu avec succès l’accréditation de la Commission des Titres d’Ingénieur (Cti) pour ses diplômes d’ingénieur Tous nos programmes sont aujourd’hui accrédités par l’Autorité nationale d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et reconnus par la Commission des titres d’ingénieur, gage d’un alignement sur les standards internationaux », se réjouit-il.
Quant au deuxième axe, il parle de l’amélioration de l’offre du positionnement et de l’attractivité. « L’Ept prépare de nouvelles filières en robotique et intelligence artificielle, et travaille avec l’Institut du pétrole et du gaz pour lancer, dès 2026, des formations liées aux industries extractives. Un master en ingénierie logicielle et intelligence artificielle a déjà vu le jour, confirmant cette orientation vers les métiers d’avenir.
1856 ingénieures formés de 1973 à 2025
« Toutes nos offres de formations nouvelles sont ancrées et axées sur les besoins du marché pour accompagner les 15 projets structurants et les 60 projets prioritaires de l’agenda national de transformation», insiste-t-il.
Mais derrière ces ambitions, les défis restent nombreux. Le principal : la capacité d’accueil. «Tous nos étudiants doivent être logés», rappelle le directeur. Mais, rassure-t-il : «des efforts sont en cours, avec la construction de résidences universitaires de 1000 lits et des restaurants de 500 places. En notre sein aussi on essaye de voir comment faire pour réhabiliter certains bâtiments délabrés », renseigne-t-il.
Un autre défi : le besoin en ressources humaines. « Sur les recrutements des 500 postes que l’Etat avait promis l’année dernière, nous en avons bénéficié. Mais, nous voulons que l’Etat nous renforce davantage en termes de personnel », plaide-t-il.
Avant d’ajouter : « nous voulons aussi reprendre la formation initiale du combattant. C’est-à-dire envoyer nos étudiants à l’Enoa pendant 45 jours pour une formation militaire. Cela se faisait avant. Nous sommes en train d’échanger avec le ministère des Forces armées ».
Au-delà de ses murs, l’Ept joue un rôle clé dans le développement de Thiès. Par la formation, la recherche et l’organisation de colloques, elle attire étudiants, chercheurs et experts venus de divers horizons. Chaque ingénieur formé à l’Ept devient ainsi un ambassadeur de la ville et du Sénégal.
« Du point de vue de la recherche, il faut comprendre que la plupart des thématiques traitées dans le cadre de notre école doctorale ont un impact direct sur la population. Les différentes problématiques qui nous viennent de partout sont orientées de telle sorte qu’elles répondent aux besoins socio-économiques et socio-professionnels de Thiès et de son environnement », indique M. Wade.
Aliou DIOUF