La compétition pour l’accès aux minerais critiques africains ne se joue pas uniquement dans les mines. Elle s’étend aussi aux infrastructures qui permettent de les acheminer vers les ports. Pendant que les Occidentaux cherchent à accélérer les travaux sur le corridor de Lobito, la Chine s’avance de son côté sur une infrastructure concurrente.

Début avril, plusieurs entreprises privées chinoises ont décidé de rejoindre le projet de modernisation du chemin de fer Tazara qui relie les mines de cuivre de la Zambie et du sud de la République démocratique du Congo au port tanzanien de Dar es Salaam, en traversant 1 860 kilomètres jusqu’à l’océan Indien. Ce développement survient après plusieurs mois d’accélération des efforts chinois pour réhabiliter cette infrastructure, présentée comme un concurrent du corridor de Lobito soutenu par les États-Unis et l’Europe.

Un investissement conjoint

Selon les détails disponibles, un accord a été conclu entre cinq entreprises chinoises pour financer les plans de réhabilitation. La compagnie publique China Civil Engineering Construction (CCECC), déjà en charge de la mise en œuvre du chantier, sera accompagnée de deux groupes miniers (Zijin et CMOC) et de deux autres sociétés dénommées COSCO Shipping Holdings et Jiayou International Logistics.

C’est d’ailleurs cette dernière qui a confirmé, à travers un communiqué publié le 1er avril le partenariat envisagé et ses contours. Selon Jiayou, le montage proposé repose sur la création d’une coentreprise chargée de piloter l’investissement et les travaux. Evalué à 1,243 milliard USD (environ 1,075 milliard d’euros), le projet prévoit une réhabilitation complète des infrastructures ferroviaires, l’acquisition de locomotives et de matériel roulant, ainsi que le lancement de services de fret une fois les travaux achevés.

L’objectif affiché est de développer un système de transport combinant rail et route, afin de réduire la dépendance au transport routier, raccourcir les délais de transit et abaisser les coûts logistiques pour les flux de minerais et d’autres marchandises. Une fois modernisée, la ligne devrait améliorer significativement les capacités de chargement et de transit, renforçant son rôle de voie d’exportation pour la production de cuivre et de cobalt de la région.

CCECC, qui était jusqu’alors seule au capital du projet, conservera une participation de 80 %. Jiayou, CMOC, Zijin et COSCO détiendront chacun 5 % de parts du capital-actions, et contribueront proportionnellement au financement des travaux.

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Pékin met le pied sur l’accélérateur

L’arrivée de ces acteurs s’inscrit dans une séquence entamée plusieurs mois plus tôt. Dès décembre 2023, plusieurs sources concordantes ont indiqué que l’entreprise publique chinoise CCECC a entamé des travaux d’inspection technique et commerciale sur le réseau ferroviaire dans le but de soumettre une proposition de modernisation à la Tanzanie et la Zambie.

En septembre 2024, en marge du forum sur la coopération sino-africaine, un protocole d’accord a été signé entre la Chine et les deux pays pour la rénovation de Tazara. « La Chine est prête à saisir ce sommet comme une occasion de faire de nouveaux progrès dans la revitalisation du chemin de fer Tanzanie-Zambie, de coopérer pour améliorer le réseau de transport intermodal rail-mer en Afrique de l’Est […] » déclarait à l’époque le président chinois Xi Jinping. Le même mois, l’agence intergouvernementale chargée de la gestion du corridor a indiqué que la CCECC négocie un contrat de concession d’une durée de 30 ans.

Un an plus tard, en septembre 2025, les parties ont signé un accord pour la mise en œuvre du projet. Pékin a réaffirmé sa volonté de passer à la vitesse supérieure en novembre lors d’une visite du Premier ministre Li Qiang en Zambie.  Selon les détails alors relayés par la presse internationale, la rénovation doit permettre de porter le volume de fret transporté de l’infrastructure d’environ 100 000 tonnes à plus de 2 millions de tonnes par an.

Tazara et Lobito, deux routes pour exporter les minerais de la RDC

Pour Pékin, le principal enjeu derrière ces efforts est de consolider ses positions en structurant une chaîne logistique complète, de l’extraction au transport des minerais. La Chine fait en effet face à une concurrence accrue des autres puissances pour le contrôle de l’accès aux minerais critiques nécessaires à la transition énergétique.

De leur côté, les USA continuent d’appuyer activement la modernisation du corridor de Lobito, avec comme objectif affiché de canaliser plus de flux miniers vers les marchés occidentaux. Un accord de coopération minière conclu en décembre avec Kinshasa prévoit ainsi qu’au cours des cinq prochaines années 50% du cuivre, 30% du cobalt et 90% du zinc commercialisés par les entreprises minières publiques de la RDC transiteront via l’axe congolais du corridor.

Pour rappel, Tazara et Lobito proposent deux routes distinctes pour exporter le cuivre congolais. Si le premier corridor connecte les mines de cuivre congolaises et zambiennes à l’océan indien, le second suit une trajectoire inverse, reliant les mêmes zones minières à la côte atlantique via le réseau ferroviaire angolais.