Adossée à une application publique centralisée, la Ghana Card évolue vers un outil multifonction à la croisée de l’identification et des services financiers. Une initiative qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’inclusion financière en Afrique.
Le Ghana poursuit la mise en place d’une architecture numérique dans laquelle l’identité devient le point d’entrée des services publics et, désormais, des services financiers. Avec l’intégration d’un portefeuille électronique à la Ghana Card, la carte nationale d’identité, le pays ne se limite pas à ajouter une fonctionnalité de paiement : il construit progressivement un système unifié où identification, administration et transactions s’articulent autour d’une même infrastructure.
Cette évolution s’inscrit dans un dispositif plus large porté par la National Identification Authority (NIA) et structuré autour de la CitizenApp, une plateforme qui centralise l’accès aux services publics. L’activation et la gestion du portefeuille électronique peuvent s’effectuer via une application dédiée.
L’ajout de cette fonctionnalité transforme la nature même de la Ghana Card. Sans être une carte bancaire au sens strict, elle en adopte certains usages : retraits aux distributeurs automatiques, paiements en magasin et en ligne, ainsi que transactions internationales. Contrairement à une carte de débit classique émise par une banque, la Ghana Card reste un instrument d’identification délivré par l’État, auquel est associé un portefeuille interopérable pouvant être connecté à différents comptes bancaires.
Un défi pour les acteurs comme Visa ou Mastercard
Ce choix répond à un contexte structurel particulier. Au Ghana, comme dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, l’accès aux services financiers formels reste limité malgré une demande forte. La faible diffusion des cartes bancaires traduit moins une absence de demande qu’un décalage entre les infrastructures existantes et les usages. La faible diffusion des cartes bancaires traduit moins une absence de demande qu’un décalage entre les infrastructures existantes et les usages. En associant à la Ghana Card un portefeuille électronique, les autorités cherchent à élargir l’accès à des services de paiement à un support déjà largement diffusé, plutôt que de reposer uniquement sur l’intégration des citoyens aux circuits existants.
Cette approche prolonge une stratégie déjà engagée autour de la Ghana Card. L’e-ID constitue la base du système, tandis que l’e-passeport, activé en 2022, a étendu les usages de la carte à la mobilité internationale. L’ajout du portefeuille complète cet ensemble en introduisant une dimension économique. L’identité devient ainsi une interface unique reliant des fonctions administratives, des services publics et des transactions financières.
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Potentiel d’extension
Au-delà de l’inclusion financière, cette évolution interroge l’organisation des systèmes de paiement. En développant une infrastructure nationale interopérable, le Ghana expérimente un modèle où les paiements domestiques peuvent s’effectuer sans dépendre uniquement des réseaux internationaux traditionnels, dès lors que les acteurs locaux et les institutions financières nationales s’y intègrent. Dans ce contexte, le rôle d’entités comme Visa ou Mastercard est susceptible d’évoluer, en particulier sur les transactions domestiques. Leur position resterait néanmoins centrale sur les flux internationaux, à moins que des alternatives régionales ou étatiques ne parviennent à s’imposer à plus grande échelle.
Ce modèle présente aussi un potentiel d’extension à d’autres usages économiques. Les autorités ghanéennes ont évoqué l’idée d’utiliser la Ghana Card comme support pour des transactions liées aux ressources naturelles, notamment dans le secteur de l’or avec le Ghana Gold Board, ou encore pour des solutions numériques émergentes telles que la tokenisation. Ces pistes demeurent, pour l’heure, au stade exploratoire, mais elles illustrent une volonté d’élargir le rôle de l’infrastructure d’identité au-delà des services financiers classiques.
La question centrale reste celle de l’adoption : l’efficacité d’un tel système dépendra de sa capacité à être utilisé au quotidien dans des contextes variés et à s’intégrer dans les pratiques déjà établies. L’expérience d’autres pays africains montre que l’innovation financière repose souvent sur des solutions simples et très répandues — comme le mobile money. Le modèle ghanéen se distingue en s’appuyant sur une infrastructure publique centralisée plutôt que sur des plateformes privées de télécommunications.
Redéfinir les équilibres ?
Ce choix pourrait contribuer à structurer un environnement plus cohérent pour l’accès aux services, mais il comporte des enjeux de gouvernance, de confiance et d’interopérabilité. Il suppose que l’État soit en mesure de garantir la fiabilité du système tout en laissant aux acteurs privés l’espace nécessaire pour développer des services autour de cette base commune.
En reliant identité et paiement, le Ghana explore une reconfiguration des infrastructures économiques : l’accès aux services financiers ne dépend plus uniquement des banques et des réseaux internationaux, mais d’un dispositif public structurant la chaîne des échanges. Si ce modèle venait à se diffuser plus largement, il pourrait contribuer à redéfinir les équilibres entre États, institutions financières et acteurs mondiaux des paiements, en plaçant l’identité numérique au cœur des systèmes économiques.