Alors que les autorités congolaises misent sur le numérique comme moteur de transformation économique et sociale, un fossé persiste dans l’accès à Internet. Près de 7 Congolais sur 10 demeurent hors ligne selon le régulateur des télécoms. Une situation qui freine les ambitions du pays, mais qui offre des opportunités à divers opérateurs télécoms.

La société télécoms angolaise Infrasat confirme son intérêt pour le marché de la République démocratique du Congo et annonce le lancement de ses premières activités techniques dans le pays dès 2026. C’est l’information dévoilée par le président de son Conseil d’administration, Diego de Carvalho, à l’issue d’une rencontre avec le ministre congolais de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, le 2 avril dernier.

Diego de Carvalho présente Infrasat comme « une entreprise forte de plus de 20 ans d’expérience sur le marché, spécialisée dans les services et les infrastructures de télécommunication, notamment dans les zones à faible couverture ». Il affirme que la rencontre avec le ministre avait pour objectif de « lui présenter nos propositions et projets visant à appuyer le développement du pays dans sa phase de digitalisation (…) Nous sommes ici pour apporter notre contribution et accompagner les efforts du gouvernement dans ce secteur clé ».

L’annonce d’Infrasat survient dans un pays où la demande en connectivité reste considérable. D’après les dernières données de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPTC) publiées au troisième trimestre 2025, la RDC dénombrait 36 millions d’abonnés à l’Internet mobile, le service le plus utilisé pour le segment Data dans le pays, soit un taux de pénétration de 32,2%. Avec 112 millions d’habitants, dont près de 70% ont au moins 15 ans en 2026, l’accès à Internet peut être considéré comme faible. Près de 7 Congolais sur 10 restent encore hors ligne.

Un marché en recomposition

Pour Infrasat, qui gère un portefeuille de services satellitaires pour Angola Telecom via le satellite Angosat-2, le terrain n’est pas inconnu sur le plan stratégique. Dans le contexte actuel de l’offre télécoms en RDC, elle a en effet la capacité de proposer une alternative aux populations, particulièrement celles des zones à faibles couvertures, généralement rurales et enclavées. Un atout pour les autorités locales, qui ont fait de la transformation numérique et de l’accès à Internet pour tous un levier de transformation économique et sociale, comme en témoignent plusieurs séquences de réformes publiques.

En octobre 2025, Kinshasa a lancé l’élaboration de son Plan national du numérique 2026-2030 avec la connectivité parmi les quatre piliers majeurs. En décembre 2025, les quatre opérateurs mobiles exerçant dans le pays, Airtel, Orange, Vodacom et Africell, ont reçu leurs licences unifiées, une mesure destinée à encourager l’investissement dans de nouvelles technologies mobiles. En février 2026, le Fonds de développement du service universel (FDSU) a en outre dévoilé une stratégie 2026-2035 visant à connecter près de 68 millions d’habitants en zone rurale grâce au partage d’infrastructures.

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C’est donc sur un marché à la fois mal couvert en réseau télécoms et en recomposition qu’Infrasat tente sa percée. L’arrivée de l’opérateur angolais s’ajoute à la dynamique des solutions satellitaires déjà perceptible en RDC. En mai 2025, le pays a accordé une licence à Starlink, après avoir auparavant interdit son usage, signe que les autorités cherchent désormais à diversifier les options technologiques pour accélérer la couverture numérique.

Reste à savoir comment transformer cette déclaration d’intention en déploiement concret. Le défi ne sera pas seulement technique, mais aussi commercial, sur un marché où la concurrence va croissante.