Le Kenya a lancé un nouveau projet autoroutier de 1,5 milliard de dollars soit environ 1,3 milliard d’euros avec China Road and Bridge Corporation (CRBC) et Shandong Hi-Speed Road and Bridge International, ont annoncé les autorités en fin de semaine dernière. Le projet, financé par un montage mêlant dette et fonds propres, marque le retour de groupes chinois dans les grands chantiers du pays, quelques mois après la résiliation d’un précédent contrat signé en 2020 avec un consortium mené par Vinci Highways.
Un PPP pour accèlérer
Le projet présenté par Nairobi prévoit l’élargissement de deux tronçons existants d’un corridor reliant Mombasa, Nairobi et l’ouest du pays. Selon l’Autorité nationale des autoroutes du Kenya (KeNHA), la première section longue d’environ 139 kilomètres (km) sera développée par CRBC, en partenariat avec le fonds de pension public NSSF. Une seconde section de 94 km sera confiée à and Bridge International, une filiale du groupe public chinois Shandong Hi-Speed.
Selon les détails rapportés par Reuters, qui cite KeNHA, le financement sera structuré à hauteur de 75% de dette et 25% de fonds propres. Dans la phase où il intervient, le NSSF apportera 45 % de la part en capital. Les emprunts pourraient provenir, apprend-on, de prêteurs commerciaux chinois ou d’entités publiques telles que l’Exim Bank of China. Les entreprises auront jusqu’à fin 2027 pour achever les travaux. Le contrat prévoit ensuite une concession de 28 ans permettant la collecte de péages pour amortir les investissements.
Le président kényan William Ruto a expliqué avoir retenu le modèle de partenariat public-privé pour accélérer la mise en œuvre du projet. Il a déclaré que les allocations budgétaires ordinaires auraient pris beaucoup plus de temps, alors que le recours aux prêts est difficile à cause des niveaux d’endettement déjà élevés du pays.
Résiliation d’un précédent contrat avec Vinci
Le lancement de ces travaux arrive seulement quelques mois après la résiliation par le gouvernement kényan d’un contrat de 1,3 milliard d’euros signé en 2020 avec la société Rift Valley Highway, une coentreprise entre Vinci Highways, Vinci Concessions, et Meridiam SAS. Le partenariat visait déjà le même corridor routier que celui désormais confié aux entreprises chinoises dans le nouveau projet.
Ce projet portait sur la transformation de la route principale existante de l’axe Nairobi-Mau Summit en une autoroute à 2×2 voies, sur 175 kilomètres. Le consortium devait en assurer la conception, le financement, les travaux d’élargissement et de rénovation, l’exploitation et la maintenance pendant 30 ans.
En début d’année cependant, plusieurs sources concordantes citant les autorités kényanes ont indiqué que les travaux n’avaient toujours pas démarré. Le Kenya a indiqué avoir demandé une restructuration de certaines clauses du contrat, estimant que la répartition des risques exposait trop le gouvernement en cas de trafic inférieur aux projections initiales. Faute d’accord avec le consortium d’entreprises, la partie kényane a finalement émis un avis de résiliation en avril 2025, alors que des dépêches de presse ont également évoqué des interrogations sur le niveau des péages envisagés et sur l’acceptabilité des tarifs pour les usagers.
Enjeux économiques
Pour le Kenya, les enjeux de ce nouveau projet lancé avec des entreprises chinoises s’inscrivent dans une logique de modernisation d’axes considérés comme vitaux pour le commerce régional. Les autorités cherchent pour cela à recourir davantage à des montages où le risque est partagé entre l’État, des investisseurs locaux et des partenaires étrangers. L’axe routier concerné est important pour Nairobi, car il est emprunté par les camions remplis de marchandises importées via le port de Mombasa et destinées aux pays sans littoral comme l’Ouganda, le Soudan du Sud, le Rwanda, le Burundi et la partie orientale de la République démocratique du Congo.
Du côté de la Chine, le projet s’inscrit dans un contexte où Pékin a promis en septembre 2024 par la voix de son président Xi Jinping d’accorder plus de 50 milliards de dollars sur trois ans aux pays africains et de créer un million d’emplois sur le continent. « La Chine est prête à approfondir sa coopération avec les pays africains dans l’industrie, l’agriculture, les infrastructures, le commerce et les investissements », avait indiqué le dirigeant.
Selon un rapport publié en juillet par le think tank The Griffith Asia Institute, l’Afrique est devenue la première région bénéficiaire des engagements chinois dans le cadre de l’initiative des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative/BRI) au premier semestre 2025, avec un portefeuille total de 39 milliards de dollars. Le document indique que le continent a capté 30,5 milliards de dollars sous forme de contrats d’infrastructures financés essentiellement par des prêts servis par des banques d’Etat chinoises durant le semestre, en hausse de 395% en glissement annuel.