Depuis l’escalade du conflit au Moyen-Orient fin février, les perturbations des échanges commerciaux et des marchés de l’énergie se répercutent sur les économies africaines, déjà fragilisées par leur dépendance aux importations. Hausse des prix, difficultés d’approvisionnement et pressions budgétaires poussent les institutions financières du continent à activer des mécanismes d’urgence.
Le Conseil d’administration d’Afreximbank a approuvé un programme d’intervention doté de 10 milliards USD (environ 8,5 milliards d’euros), destiné à atténuer les effets économiques du conflit sur les pays d’Afrique et des Caraïbes.
Baptisé Programme d’intervention face à la crise du Golfe (GCRP), ce mécanisme vise en priorité à garantir la continuité des importations essentielles, comme celles de carburant, de gaz naturel liquéfié, de denrées alimentaires, d’engrais et de produits pharmaceutiques. Ces produits sont indispensables au fonctionnement des économies, qu’il s’agisse de produire de l’électricité, d’assurer les transports ou de soutenir l’activité agricole.
Selon les détails publiés le mardi 7 avril par la banque, le GCRP permettra de mobiliser des devises et des liquidités à court terme pour soutenir les États, les banques et les entreprises les plus exposés. Il inclut également des instruments de financement du commerce, comme le préfinancement des exportations ou le financement des stocks, afin d’aider les pays producteurs à tirer parti de la réorganisation des flux commerciaux et de la hausse des prix des matières premières.
Afreximbank indique par ailleurs avoir engagé des partenariats avec des institutions financières et des entreprises pour faciliter la mise en œuvre du programme. Au-delà de l’urgence, l’institution affirme vouloir renforcer la résilience des économies concernées, en soutenant des projets d’infrastructures énergétiques, portuaires et logistiques. « Ce programme aidera les pays africains à s’adapter en douceur à la crise tout en renforçant leur résilience face aux chocs futurs grâce à des interventions qui transforment la structure de leurs économies » a déclaré George Elombi, son président.
Un choc dont les effets se font déjà sentir en Afrique
L’initiative survient alors que les conséquences du conflit sont déjà visibles dans plusieurs économies africaines. Selon un rapport publié le jeudi 2 avril par l’Union africaine (UA) et la Banque africaine de développement (BAD), la guerre au Moyen-Orient fait peser un risque sur la croissance du continent, en raison de la hausse des prix de l’énergie, de l’augmentation des coûts de transport et des tensions sur les marchés des engrais et des denrées alimentaires.
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Les perturbations des routes maritimes, notamment autour du détroit d’Ormuz, ont entraîné des détours et des délais supplémentaires pour les livraisons. Concrètement, certains cargos doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, ce qui allonge les trajets et renchérit fortement le coût du transport. Ces tensions se traduisent déjà sur le terrain. Dans plusieurs pays, les prix du carburant ont fortement augmenté, conduisant parfois les autorités à restreindre la consommation ou à prioriser certains usages. Dans les économies les plus dépendantes des importations, la gestion des stocks devient un enjeu critique pour éviter des ruptures d’approvisionnement.
Le secteur humanitaire est aussi affecté. La hausse des coûts logistiques et du carburant complique l’acheminement de l’aide vers des zones déjà fragilisées, comme le Soudan ou le Mali. Plusieurs organisations signalent des retards de livraison et une réduction du nombre de bénéficiaires, faute de moyens suffisants.
Une réponse utile mais des défis persistants
Selon le rapport de l’Union africaine et de la Banque africaine de développement, les réponses à ce type de choc doivent être organisées à plusieurs niveaux, combinant des mesures immédiates pour en atténuer les effets, des actions de moyen terme pour renforcer la résilience et des réformes structurelles visant à réduire la dépendance aux importations.
Parmi les pistes évoquées figurent le développement des capacités énergétiques locales, le renforcement des chaînes d’approvisionnement régionales et l’amélioration de la mobilisation des ressources internes. L’objectif est de limiter l’exposition du continent à des perturbations extérieures de cette nature.
D’après le rapport, malgré le fait que certains pays exportateurs de matières premières peuvent bénéficier temporairement de la hausse des prix, ces gains restent inégaux et pourraient ne pas compenser les pressions inflationnistes et budgétaires qui affectent une grande partie du continent.
Si le programme d’Afreximbank apparaît dans ce contexte comme un outil de stabilisation à court terme, plusieurs questions restent toutefois ouvertes quant à sa mise en œuvre. Le calendrier de déploiement des financements, leur répartition entre les pays et les secteurs, ainsi que la capacité des États et des entreprises à y accéder rapidement seront déterminants pour mesurer son impact.