La consommation de riz augmente en Afrique de l’Est. La Tanzanie ne fait pas exception, et souhaite renforcer sa production à court terme, afin de s’adapater à l’évolution de la demande intérieure.
En Tanzanie, les autorités ont de grandes ambitions pour la filière rizicole. Le samedi 4 avril, Peter Msoffe, le Secrétaire permanent adjoint au ministère de l’Agriculture, a annoncé que le pays vise une récolte de 8 millions de tonnes de riz paddy à l’horizon 2030. Cet objectif représente près du triple de la production de 2,6 millions de tonnes enregistrée durant la campagne 2024/2025.
Consolider l’offre locale et le rôle de fournisseur régional
Pour le pays d’Afrique de l’Est, les enjeux d’une hausse de la production rizicole sont importants aussi bien d’un point de vue domestique que régional. En effet, comme au Kenya, la consommation tanzanienne de riz a pris de l’ampleur sur la dernière décennie. Si l’importance de la graminée dans les assiettes reste encore loin de celle du maïs, denrée de base dans la région, son utilisation gagne du terrain avec l’urbanisation croissante, la hausse des revenus et le changement des habitudes alimentaires des foyers.
« Les ménages urbains privilégient de plus en plus le riz, car il cuit rapidement et consomme moins d’énergie que le maïs », indique le Département américain de l’agriculture (USDA) dans son dernier rapport sur le pays publié le 18 mars dernier. Selon les données de l’organisme, la consommation de riz dans le pays a atteint 3 millions de tonnes en 2025/2026 contre 1,97 millions de tonnes en 2015/2016.
Face à cette montée de la demande portée par Dar es Salaam, principal pôle de consommation du pays, la filière doit monter en puissance pour satisfaire les besoins mais aussi mieux se positionner et capter des parts de marché dans la sous-région. Quatrième producteur africain de riz derrière le Nigeria, l’Égypte et Madagascar, la Tanzanie expédie déjà une partie de sa production vers des marchés comme le Kenya ou la Zambie.
Dans ce contexte, le renforcement de son surplus exportable pourrait à la fois diminuer la dépendance de la région visàvis des importations extraafricaines et dynamiser le commerce intrarégional du riz, dans le prolongement de son rôle déjà prépondérant dans les flux transfrontaliers du maïs.
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Nouveau rêve, vieux défis
En attendant que le gouvernement dévoile plus en détail la stratégie pour concrétiser cette ambition, il faut rappeler que le pays n’en est pas à sa première initiative volontariste dans le riz. En 2019, les autorités visaient déjà une production de 4,5 millions de tonnes à l’horizon 2030. En rehaussant encore la barre, cette nouvelle annonce élargit les perspectives et s’accompagne aussi de défis de taille.
Si les autorités ambitionnent déjà de faire passer les superficies rizicoles à 2,2 millions d’hectares d’ici cette échéance, contre 1,1 million d’hectares aujourd’hui, les analystes soulignent que le gouvernement devra aussi s’attaquer à d’autres chantiers majeurs qui freinent l’essor de la filière depuis plusieurs années.
Malgré un potentiel important en ressources hydriques, seulement 30% de la surface cultivée actuellement est irriguée d’après l’USDA, laissant la production vulnérable aux perturbations pluviométriques. En outre, le rendement reste encore faible par rapport à ces concurrents. Selon la FAO, le pays enregistrait en 2024, une productivité de 3,1 tonnes par hectare contre par exemple 9 tonnes/ha du côté de l’Egypte.
A cela s’ajoute l’utilisation encore faible d’engrais et de semences améliorées, qui constitue également un goulot d’étranglement pour l’émergence de la filière.