La province du Kongo Central est actuellement le théâtre d’une vive controverse concernant le nom du futur stade de Matadi. Le mouvement politico-religieux Bundu Dia Mayala (BDM), sous l’impulsion de son président Mbuta Wampuna Nsosani, a formellement exprimé son opposition à l’appellation « Stade Lumumba ». Par la voix de son rapporteur, Parfait Nzuzi Disansukidi, l’organisation souligne une déconnexion flagrante entre cette dénomination et l’âme de la province.

Pour le mouvement, cette question est fondamentale, car comme le précise leur mémorandum : « Dans toute nation, la mémoire collective doit être fondée sur la vérité, la justice et le respect des identités. «  a-t-il déclaré. Le document, intitulé Plaidoyer pour le respect de l’histoire et de l’identité locale et diffusé ce jeudi 9 avril, dénonce ce qu’il perçoit comme une injustice mémorielle. BDM estime que l’imposition de noms nationaux sur des infrastructures locales, sans tenir compte du patrimoine régional, crée un sentiment d’aliénation.

Le mouvement rappelle avec force que « la justice élève un peuple, tandis que l’injustice nourrit frustrations, divisions et incompréhensions », insistant sur le fait que ce débat touche à la reconnaissance des figures incarnant réellement les valeurs de la population locale. Au cœur de cette contestation, le mouvement met en lumière les héros du Kongo Central, tels que Simon Kimbangu ou Joseph Kasa-Vubu, qui semblent oubliés au profit d’une symbolique nationale centralisée. « Le Kongo Central n’est pas une terre sans repères ni sans héros. Bien au contraire, cette province est le berceau de grandes figures qui ont marqué profondément l’histoire du pays et de l’Afrique », martèle le texte. Pour les signataires, chaque province devrait avoir le droit de voir ses propres icônes valorisées sur son propre sol, garantissant ainsi une certaine cohérence dans la gestion de la mémoire collective.

Loin d’être une attaque contre la figure de Patrice Lumumba, cette démarche se veut un appel au rééquilibrage et à la justice historique. BDM propose une approche plus démocratique et inclusive pour trancher la question, suggérant que les autorités se tournent vers les principaux concernés : les habitants de Matadi. « Une consultation populaire permettrait de mieux cerner les attentes réelles des citoyens », propose le mémorandum, tout en lançant un appel direct au Président Félix Tshisekedi pour qu’il prenne en compte la sensibilité d’un peuple profondément attaché à ses racines.

Bundu Dia Mayala réaffirme son rôle de défenseur des aspirations profondes du peuple Ne-Kongo. En portant ce débat sur la place publique, le mouvement cherche à bâtir un Congo plus équilibré où les identités locales ne sont pas sacrifiées sur l’autel de l’unité nationale. Comme le souligne le document en guise de clôture : « Dire tout haut ce que le peuple pense tout bas, c’est contribuer à bâtir une nation plus juste et plus équilibrée », relançant ainsi un dialogue essentiel sur la place de l’histoire régionale dans la construction de l’identité congolaise.