Acteur majeur du négoce mondial de matières premières, Trafigura s’est imposé en Afrique comme un intermédiaire clé dans les flux de produits énergétiques et de métaux. Présent sur le continent depuis plus de deux décennies, le groupe continue d’y élargir son empreinte, avec un nouvel intérêt affirmé pour l’or.
Trafigura a annoncé le jeudi 9 avril la signature d’un accord avec la société ghanéenne Heath Goldfields pour acheter 700 000 onces d’or issues de la mine de Bogoso-Prestea, située dans l’ouest du pays. Il s’agit de la deuxième transaction conclue en quelques mois par le géant du négoce dans le secteur aurifère africain.
Un accord combinant financement et accès à la production
Le dispositif mis en place au Ghana repose sur un mécanisme classique dans le secteur des matières premières. Trafigura s’engage à acheter une partie de la production future de la mine, sous forme d’or doré, un produit semi-transformé obtenu après un premier traitement du minerai. En parallèle, le groupe apporte un financement de 65 millions USD (environ 55,6 millions d’euros) sous forme de dette pour permettre la reprise des opérations.
La mine de Bogoso-Prestea, qui combine exploitation souterraine et à ciel ouvert, fait partie des sites historiques du Ghana, avec plus de 9 millions d’onces produites depuis le début du XXe siècle. Exploitée par Golden Star Resources, elle a été cédée au britannique Future Global Resources, avant que le gouvernement ghanéen n’en annule le permis.
Le site a ensuite été placé en régime de maintenance et entretien pendant deux ans en raison de difficultés financières et opérationnelles. Repris en 2024 par Heath Goldfields, une entreprise détenue par des capitaux ghanéens, il a redémarré sa production en février 2026 avec une première coulée d’or.
« Nous sommes heureux de signer cet accord d’achat avec Heath Goldfields. Il s’agit de la deuxième transaction aurifère de Trafigura sur le continent africain et de la première dans le secteur aurifère du Ghana, un marché où nous entretenons de longue date des relations commerciales dans d’autres matières premières », a commenté Gonzalo De Olazaval, responsable des métaux et minerais chez Trafigura.
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Un appui financier à une grande mine d’or en Sierra Leone
Le nouvel accord conclu au Ghana s’inscrit dans la continuité d’une première opération réalisée quelques mois plus tôt en Sierra Leone. En décembre 2025, Trafigura avait participé à un financement de 330 millions USD (environ 282,4 millions d’euros) destiné au développement du projet aurifère de Baomahun, porté par la société FG Gold. Le groupe intervenait alors aux côtés d’institutions financières africaines comme l’Africa Finance Corporation et la Banque africaine d’import-export (Afreximbank).
Situé dans le centre de la Sierra Leone, le projet doit devenir, selon les promoteurs, la première mine d’or commerciale à grande échelle de la Sierra Leone. Il héberge des ressources estimées à 5,81 millions d’onces d’or, ce qui en fait l’un des principaux projets aurifères en développement sur le continent. Une fois en production, la mine devrait produire en moyenne environ 150 000 onces d’or par an (avec un pic prévu à 201 000 onces) sur une durée de vie d’une douzaine d’années.
Un positionnement progressif sur fond de volatilité des prix
Historiquement connu pour sa présence sur le pétrole, les métaux industriels ou le négoce de produits énergétiques, Trafigura étend son périmètre d’activité à un segment porté par une forte demande internationale.
Les deux transactions surviennent dans un environnement de marché marqué par de fortes fluctuations du prix de l’or. Après une année 2025 record, au cours de laquelle le métal jaune a atteint des niveaux historiques, dépassant ponctuellement les 5 500 USD (environ 4 700 euros) l’once, la tendance s’est récemment inversée. Depuis fin février, les cours ont reculé, évoluant autour de 4 600 USD (environ 3 900 euros) début avril, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes.
L’or reste néanmoins considéré comme une valeur refuge par de nombreux investisseurs, notamment en période d’incertitude économique et politique. Cette double dynamique, entre attractivité structurelle et volatilité à court terme, est suivie de près par les acteurs du secteur.
Pour une entreprise de négoce comme Trafigura, ces évolutions posent plusieurs enjeux. L’accès direct à la production peut permettre de sécuriser des volumes dans un marché concurrentiel, mais expose également à des variations de prix susceptibles d’affecter la rentabilité des opérations. Reste à observer si cette stratégie sera étendue à d’autres actifs du continent.