Par Mamy Yves
Ratsimbazafy – Publié le 11 Avr 2026 à 07:30
Face aux blocages diplomatiques,
la France envisage désormais d’expulser certains clandestins vers
des pays tiers hors Union européenne. Une mesure sensible qui
suscite déjà de vifs débats politiques et juridiques.
La question de
l’éloignement des étrangers en situation irrégulière revient au
cœur du débat public. En cause, les difficultés persistantes
rencontrées par la France pour expulser certains ressortissants
dont les pays d’origine refusent le retour. Dans ce contexte, une
nouvelle piste émerge : celle des « centres de retour » situés dans
des pays tiers.
Une réponse aux refus de
coopération
Selon Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l’Observatoire de
l’immigration et de la démographie, interrogé sur CNEWS, la France
pourrait désormais contourner les refus de certains États, comme
l’Algérie, en envoyant les personnes concernées vers des pays hors
Union européenne : « Si l’Algérie refuse de reprendre un
Algérien, il sera désormais possible de l’envoyer dans un pays
tiers ». Cette proposition vise à répondre à un problème bien
connu : l’absence de laissez-passer consulaires, indispensables
pour expulser un ressortissant vers son pays d’origine. Sans ce
document, les procédures d’éloignement restent souvent bloquées,
laissant les autorités françaises dans une impasse.
Le modèle des centres de
retour
Ces « centres de retour » seraient implantés dans des pays
partenaires, comme l’Albanie ou l’Ouganda, évoqués comme exemples.
L’idée est d’y transférer temporairement les migrants en situation
irrégulière en attendant leur expulsion définitive vers leur pays
d’origine ou une autre solution. Ce modèle s’inspire donc de
dispositifs déjà discutés au niveau européen. Certains pays
envisagent en effet de sous-traiter une partie de leur politique
migratoire à des États tiers, afin de désengorger leurs systèmes
administratifs et judiciaires. Cependant, cette externalisation
pose de nombreuses questions, notamment sur les conditions
d’accueil dans ces centres, le respect des droits fondamentaux et
le suivi des procédures.
Une mesure juridiquement
sensible
L’envoi de migrants vers des pays tiers soulève des enjeux
juridiques majeurs. Les associations de défense des droits de
l’homme alertent sur les risques de violations du droit
international, notamment en matière d’asile et de protection des
personnes vulnérables. Le principe de non-refoulement, inscrit dans
le droit international, interdit par exemple de renvoyer une
personne vers un pays où elle pourrait être en danger. Or, garantir
le respect de ce principe dans des centres situés hors UE pourrait
s’avérer complexe. Par ailleurs, la légalité de tels dispositifs
dépendrait fortement des accords bilatéraux conclus avec les pays
partenaires, ainsi que du contrôle exercé par les juridictions
européennes.
Un débat politique explosif
Sur le plan politique, cette
proposition divise profondément. Ses partisans y voient une
solution pragmatique pour lutter contre l’immigration irrégulière
et restaurer l’efficacité des expulsions. Ses détracteurs dénoncent
en effet au contraire une dérive en estimant que la France se
défausserait de ses responsabilités sur des pays tiers. Dans un
contexte où la question migratoire reste particulièrement sensible,
l’idée des centres de retour pourrait rapidement s’imposer comme un
sujet majeur du débat public. Reste à savoir si cette mesure, aussi
ambitieuse que controversée, pourra réellement voir le jour et
surtout, dans quelles conditions.