Le cessez-le-feu de 15 jours conclu entre l’Iran et les États-Unis pourrait laisser entrevoir une fin du conflit provoqué par Trump et Netanyahou. Mais Israël s’entête toujours à continuer ses massacres au Liban. L’Europe doit tirer des conclusions de l’attitude des pays qu’elle considère encore comme des « partenaires ».
Après avoir littéralement menacé de faire subir à l’Iran un génocide mardi 7 avril au matin (“a whole civilization will die tonight”/ toute une civilisation va mourir cette nuit), Donald Trump a donc finalement accepté quelques heures plus tard un cessez-le-feu de 15 jours aux conditions définies par les dirigeants iraniens dont Trump voulait se débarrasser dans cette guerre lancée en dehors de toute légalité le 28 février dernier. La situation dans la région reste encore très instable à ce stade et les perspectives incertaines. Il est cependant d’ores-et-déjà possible d’en tirer quelques leçons pour l’Europe.
Des destructions majeures dans toute la région
Après quarante jours, cette guerre a déjà causé des destructions majeures en Iran, bien sûr, mais aussi en Israël, au Liban et dans tous les pays du Golfe. Avec le blocage du détroit d’Ormuz, elle a entraîné non seulement une forte hausse des prix du pétrole et du gaz mais aussi des prix des engrais, de l’aluminium, de l’hélium, indispensable pour la production des semi-conducteurs, ou encore des plastiques. Tout en menaçant de nombreux pays, notamment en Asie, de graves pénuries sur ces matières premières.
Si le cessez-le-feu tient et que le détroit d’Ormuz est rouvert, les tensions qui menacent l’économie mondiale et font fondre le pouvoir d’achat des Français et des Européens devraient s’amoindrir. Mais elles ne disparaîtront pas pour autant parce que de nombreuses infrastructures de production ont été détruites ou gravement endommagées dans la région durant ce conflit. De plus, alors que le détroit était auparavant en “libre transit”, la guerre a renforcé les velléités iraniennes pour le contrôler plus étroitement et soumettre les navires à un péage .
Les peuples iranien et libanais, grands perdants de cette guerre
Les grands perdants de cette guerre sont cependant surtout les peuples iraniens et libanais. De nombreuses infrastructures essentielles ont été détruites en Iran, des millions d’Iraniens ont été obligés de quitter leur foyer et ont perdu leurs emplois et moyens de subsistance. Quant aux Mollahs et aux Gardiens de la Révolution, ils ont réussi à garder le pouvoir tout en accentuant encore leur répression. Grâce à Trump et Netanyahou, la dictature que les Iraniens subissent s’est donc durcie et leurs conditions de vie se sont dégradées.
Le peuple libanais est l’autre victime principale de cette guerre illégale. Dans ce pays de 6 millions d’habitants, l’armée israélienne a provoqué l’exode de plus d’un million de personnes. Israël entend manifestement occuper durablement 14 % du territoire libanais au Sud du pays et a commencé à y raser méthodiquement de nombreux villages. Les officiels du gouvernement israélien n’hésitent pas, d’ailleurs, à revendiquer ouvertement vouloir faire du Sud Liban et de la banlieue Sud de Beyrouth un nouveau Gaza. Le ministre des finances du gouvernement Netanyahou, Bezalel Smotrich, vient, sans surprise, d’appeler à la colonisation du Sud du Liban comme à celle de Gaza.
Et le martyre du Liban risque fort de se poursuivre malgré le cessez-le-feu. Le gouvernement Netanyahu, après avoir déclenché cette guerre et réussi à y entraîner les États-Unis, entend la poursuivre coûte que coûte. Il cherche maintenant à saboter méthodiquement la trêve et les négociations de paix. C’est ce qu’il a commencé à faire en provoquant un véritable carnage au Liban dès le premier jour suivant le cessez-le-feu. Le gouvernement israélien n’a qu’un seul but : maintenir la région dans un état de guerre permanent pour justifier un tournant autoritaire en Israël même et sa politique d’annexions. Il faut d’urgence l’empêcher de nuire.
Europe-États Unis, la rupture est consommée
Les Européens ont eu finalement la sagesse de ne pas se laisser embarquer dans cette guerre totalement illégale. Cela a provoqué l’ire de Donald Trump qui menace maintenant de quitter l’OTAN, malgré toutes les flatteries honteuses proférées en notre nom par Mark Rutte, son secrétaire général. Chacun a compris désormais que l’agenda de Donald Trump ne prend aucunement en compte les intérêts de ses « alliés » européens. La garantie théorique apportée par le Traité de l’Atlantique Nord d’un engagement américain en cas d’attaque de la Russie de Vladimir Poutine contre la Pologne ou les Pays Baltes n’a plus aucune valeur pratique. Il reste aux Européens à sortir enfin de la sidération que ce nouvel état de fait suscite chez la plupart des dirigeants du vieux continent, aveuglés par des décennies d’un atlantisme paresseux, et à en tirer d’urgence toutes les conséquences.
Cette guerre a confirmé également – s’il en était besoin – combien notre dépendance aux énergies fossiles constitue une faiblesse majeure pour nos économies et pour le bien-être de nos concitoyens. Elle doit nous amener à accélérer la mise en œuvre du Green Deal pour décarboner au plus tôt nos modes de vie. Et non à le remettre en cause, comme voulaient le faire jusqu’ici de concert, une droite et une extrême droite européenne alignées sur Trump en matière environnementale.
Israël , un État terroriste
Enfin cette guerre a confirmé s’il en était besoin qu’Israël était bien à proprement parler un État terroriste, c’est-à-dire un État qui piétine chaque jour le droit international et commet en permanence des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Et cela d’autant plus qu’en Israël même, la coalition d’extrême droite raciste et suprémaciste de Benyamin Netanyahou a profité du « brouillard de la guerre » pour faire adopter une loi inique instaurant la peine de mort pour les Palestiniens tout en multipliant les crimes des colons en Cisjordanie et en y accélérant – encore – la colonisation.
Là aussi, rien de véritablement nouveau. Mais jusqu’ici l’Union européenne et la plupart de ses États membres refusent d’en prendre acte en rompant l’accord d’association avec Israël, en interdisant les exportations d’armes vers Israël et en sanctionnant les dirigeants israéliens. Pourtant ces derniers violent le droit international, participent aux crimes de guerre et contre l’humanité – qu’ils vont jusqu’à revendiquer – et tiennent des propos ouvertement génocidaires. Avec cette guerre, et devant le martyre qu’Israël fait subir aux peuples libanais et palestinien, une telle passivité devient véritablement insupportable. Il n’est plus possible, il n’est plus pensable que l’Union européenne continue de fermer les yeux devant les innombrables crimes commis par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.
Mounir Satouri
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