Chef de file de la droite conservatrice en Europe, Viktor Orbán remporte chaque élection depuis sa première accession au pouvoir en 2010. Une position de domination dont il use en menant une politique de contrôle des médias et de centralisation du pouvoir, transformant peu à peu le pays en démocratie « illibérale ».
Loin de Bruxelles, proche de Moscou, le Premier ministre hongrois s’est attiré les foudres de la commission européenne, qui a gelé plusieurs milliards d’euros de fonds destinés à la Hongrie en raison de violations des principes de l’État de droit. En janvier 2025, un milliard d’euros de fonds a même été définitivement perdu faute de réformes suffisantes. En réponse, Orbán a usé à plusieurs reprises de son droit de veto concernant des aides à l’Ukraine, s’opposant notamment à un prêt européen de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine, alors même qu’il l’avait accordé en première instance, nous informe The Guardian.
L’affrontement institutionnel qu’il mène se double de campagnes de communication anti-européennes virulentes, il qualifie son opposant principal, Peter Magyar, de « marionnette de Bruxelles ». Il annonce le 14 février 2026, vouloir balayer « La machine oppressive de Bruxelles fonctionne encore en Hongrie – nous la balaierons après [les élections] » rapporte l’AFP.
Péter Magyar, l’espoir européen
La présence hégémonique de Viktor Orbán semble vaciller, alors que Peter Magyar mène farouchement sa campagne à travers le pays avec une stratégie simple : renouer avec le peuple en fédérant les maillages locaux. Comme nous le rapportions récemment, des « îlots Tiscza » se forment dans les communes pourtant partisanes du Fidesz, et militent activement depuis des semaines pour promouvoir le programme du jeune concurrent.
Issu des rangs du Fidesz, le parti d’Orbán, l’euro-député Péter Magyar fait le choix de se dissocier du mouvement à la suite d’un scandale de grâce accordée dans une affaire de pédocriminalité, et fonde le sien : Tisza, ou « Respect et liberté » en hongrois.
Conservateur modéré, il brandit l’étendard de la lutte contre la corruption qui, bien qu’en baisse, reste un enjeu préoccupant alors que l’économie nationale se porte mal. L’OCDE alerte sur la situation de la Hongrie alors que son PIB par habitant reste inférieur à la moyenne de l’organisation, en raison d’un écart important de productivité avec les économies les plus avancées.
Le candidat se démarque également par son orientation pro-européenne :
Abandon du forint hongrois (HUF) au profit de l’euro, afin de permettre une meilleure intégration économique au sein de l’Union européenne.Renfort des liens diplomatiques et établissement d’un ancrage ferme de la Hongrie au sein de l’Union Européenne et de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord)Mettre un terme à la dépendance de la Hongrie à l’énergie russe d’ici 2035, tout en doublant la part des énergies renouvelables à l’horizon 2040.
Face à de telles volontés affichées, Bruxelles voit en Peter Magyar l’opportunité de renouer avec Budapest et d’en finir avec le gouvernement Orbán, qu’Anton Shekhovtsov qualifie de « disrupteur en chef en Europe de Valdimir Poutine » dans les colonnes de France 24.
La démocratie hongroise, déjà amoindrie, est visée par le Kremlin
Si Peter Magyar semble avoir le vent en poupe, avec un score supérieur à celui du parti de Viktor Orbán dans les sondages, sa victoire ne sera scellée qu’à l’issue du vote de dimanche. Seulement, c’est dans un environnement forgé par 16 ans de règne « illibéraux » aux accointances russes, que se tiendront les élections.
Dans un rapport du Hongarian Helsinki Committee publié le 25 novembre 2025, de multiples entraves à la démocratie sont relevées dans les mécanismes politiques hongrois. Des déficiences vitales y sont déplorées : « manque de séparation entre les activités de l’État et celles des partis politiques, manque d’indépendance et d’efficacité des mécanismes de supervision électorale, manque d’égalité des droits de vote pour les citoyens à l’étranger et les électeurs issus des minorités nationales », autant de paramètres qui inquiètent les observateurs européens.
Par ailleurs, la Hongrie est la cible de campagne d’ingérence politique de la part de Moscou — non sans liens avec la proximité entre Vladimir Poutine et Viktor Orbán. En effet, une enquête du Financial Time rapporte qu’une campagne de désinformation médiatique en soutient au Fidesz aurait reçu l’aval du Kremlin. Une accusation qui n’est pas sans précédents alors que le premier tour des élections roumaines de 2024 fut annulé pour les mêmes raisons (IRIS).
Plus inquiétant encore, le Washington Post fait part du plan présenté au Service des renseignements extérieurs russe : l’opération « Tournant décisif », une fausse tentative d’assassinat de Viktor Orbán. L’objectif affiché était de « déplacer la perception de la campagne hors du champ rationnel des questions socio-économiques vers un champ émotionnel, où les thèmes principaux deviennent la sécurité de l’État ainsi que la stabilité et la défense du système politique ». Probablement inspiré de l’épisode du meeting de butler, il s’agit d’une grave atteinte à l’intégrité démocratique hongroise.
Magyar ne promet cependant qu’un soutien limité à l’Ukraine
Si la victoire du jeune candidat représenterait une avancée majeure en matière de coopération européenne, Peter Magyar émet quelques réserves quant à son implication en faveur du dossier ukrainien — principal désaccord entre Bruxelles et Budapest.
Il déclare en effet s’opposer à l’intégration de l’Ukraine au sein de l’Union européenne avançant que cela précipiterait la Hongrie dans un conflit dangereux pour la stabilité du pays encore trop dépendant de l’énergie russe. De plus, il s’oppose à l’envoi d’armes en Ukraine, une nouvelle fois par crainte de plonger l’économie nationale déjà atteinte par de mauvaises conjonctures. (France 24)