L’Etat du Sénégal doit avoir une politique nationale de réinstallation planifiée pour une meilleure coordination du relogement des déplacés climatiques. Human Rights Watch a publié un communiqué avant-hier, jeudi 9 avril pour déplorer les conditions de vie des relogés de Khar Yalla à St Louis.
Des familles sénégalaises se trouvent toujours dans une situation précaire sur un site appelé Khar Yalla, dix ans après que des inondations côtières ont détruit leurs habitations, a déclaré Human Rights Watch dans un communiqué publié hier, jeudi 9 avril 2026. Malgré des avancées récentes, le gouvernement n’a pas encore fourni aux familles déplacées une solution pérenne et définitive.
Les quelques 1 000 personnes qui ont perdu leur logement lors de submersions marines en 2015 et 2016 vivaient dans des communautés de pêcheurs historiques sur la presqu’île de la Langue de Barbarie, dans la ville nord de Saint-Louis.
Après avoir vécu sous des tentes pendant plusieurs mois, les autorités locales les ont transférées à Khar Yalla fin 2016, en leur délivrant des permis d’occupation temporaires dans l’attente d’une solution définitive.
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Les autorités locales et nationales ont reconnu que ce site, sujet aux inondations et dépourvu de services essentiels, n’est pas adapté à une habitation permanente. Dix ans plus tard, à l’approche de la prochaine saison des pluies en septembre, ces familles n’ont toujours pas reçu d’alternative et continuent de subir des violations de leur droit à un logement permanent et décent.
« Une décennie d’incertitude est une réalité inacceptable pour des familles déjà traumatisées par le déplacement climatique », a déclaré Erica Bower, chercheuse spécialisée dans les déplacements climatiques à Human Rights Watch. « Le gouvernement sénégalais doit fournir aux familles le minimum syndical pour que Khar Yalla redevienne un chez-soi : des permis permanents pour régulariser leur occupation. »
Lors d’une visite effectuée du 24 au 26 mars 2026, Human Rights Watch dit avoir constaté que des progrès ont été accomplis depuis la publication de son rapport d’août 2025 sur la situation. Une douzaine des 68 ménages disposent désormais de l’électricité, bien que les coûts d’installation restent prohibitifs pour beaucoup. Les autorités locales et régionales ont ouvert une enquête sur la situation et se sont rendues pour la première fois depuis des années auprès des familles de Khar Yalla.
Si ces évolutions sont encourageantes, le gouvernement sénégalais doit remédier à la situation en accordant aux familles de Khar Yalla des permis permanents, ouvrant ainsi la voie à une solution véritablement durable. Ces permis permettraient aux familles d’agrandir leurs logements surpeuplés, d’achever leur centre pour femmes, de construire un mur de protection contre les inondations et de construire un avenir plus digne.
Khar Yalla, un cas d’école
Les familles de Khar Yalla ne sont pas un cas isolé juge Human Rights Watch. Des centaines d’autres familles ont été déplacées à l’intérieur du Sénégal en raison de submersions côtières. Selon le Centre de surveillance des déplacements internes, plus de 57 000 personnes ont été déplacées par des inondations au Sénégal rien qu’en 2024. À mesure que le changement climatique s’accélère, le nombre de personnes déplacées par des catastrophes et nécessitant une solution durable est susceptible d’augmenter.
Le Sénégal a déjà investi davantage que de nombreux pays pour soutenir les communautés déplacées par le climat, mais les autorités ont écarté les familles de Khar Yalla de ces efforts. L’expérience de Khar Yalla offre des enseignements sur le processus de réinstallation planifiée qui devraient être pris en compte dans les initiatives futures. Ces leçons incluent notamment la réalisation d’un recensement exhaustif pour identifier les personnes déplacées depuis le plus longtemps, la sélection de sites non inondables et la délivrance de permis permanents plutôt que temporaires.
Les mesures ad hoc, temporaires et réactives ne doivent pas devenir la norme. Pour éviter que des réinstallations mal planifiées ne se transforment en déplacements prolongés, le Sénégal doit anticiper. Cela implique de documenter systématiquement les leçons tirées des cas existants et d’adopter des cadres juridiques garantissant que les réinstallations planifiées respectent les droits fondamentaux.
La réinstallation planifiée de personnes déplacées par le changement climatique comporte des risques sérieux et doit rester un dernier recours ; la priorité doit être accordée à des solutions d’adaptation permettant aux populations de rester dans leurs communautés.
La planification doit respecter les principes des droits humains, notamment le consentement éclairé, la participation effective et la non-discrimination. Un cadre politique national sur la réinstallation planifiée devrait fournir des orientations sur la mise en oeuvre concrète de ces principes, réaliser des recensements exhaustifs des populations déplacées et établir des critères garantissant que les sites sélectionnés respectent les droits des bénéficiaires.