Rédacteur en chef au journal Le Point, Jérôme Cordelier poursuit son exploration de l’engagement des chrétiens dans les grandes épreuves du XXe siècle. Après « L’espérance est un risque à courir : sur les traces des résistants chrétiens (1939-1945) » et « Après la nuit : ces chrétiens qui ont reconstruit la France et l’Europe (1945-1954) » (Calmann-Lévy, 2021 et 2023), il s’arrête cette fois-ci sur la période 1954-1968 avec « Les grandes fractures ». De la guerre d’Algérie à Mai 68 en passant par Vatican, une rencontre passionnante avec celles et ceux – célèbres ou anonymes — qui ont pris une part active – et souvent déchirante — à des débats qui résonnent encore dans la société française de 2026.
OUEST-FRANCE. Aux yeux de nos contemporains, la séquence 1954-1968, au cœur des « 30 glorieuses », peut sembler « sans histoire » : pourquoi l’avoir choisi et pourquoi sous l’angle de l’engagement des chrétiens ?
JÉRÔME CORDELIER. Cette période s’inscrivait dans la continuité de mes deux précédents livres consacrés à l’histoire des chrétiens dans la Résistance puis dans la reconstruction. Chemin faisant, à force de rencontrer témoins et historiens, je me suis aperçu qu’on ne sous-estimait pas seulement l’engagement des chrétiens pendant la Seconde guerre mondiale, mais aussi durant la guerre d’Algérie qui, de 1954 à 1962, a vraiment été un temps de grandes fractures. Des chrétiens ont été parmi les premiers à dénoncer la torture en Algérie. Ils ont…