Alors que s’intensifie la concurrence autour des ressources nécessaires à la transition énergétique, les matières premières africaines suscitent un intérêt croissant des grandes puissances industrielles. Lithium, cobalt, bauxite ou encore cuivre sont désormais au cœur des stratégies d’approvisionnement, dans un marché où la transformation reste largement concentrée en dehors du continent.

Le Zimbabwe prévoit d’instaurer des quotas à l’exportation de lithium et d’imposer de nouvelles exigences de transformation locale pour encadrer la reprise des expéditions, suspendues il y a quelques semaines. Depuis le début de l’année, c’est le deuxième pays africain à durcir ses règles afin de mieux contrôler la valorisation de ses ressources.

Capter davantage de valeur

Selon des informations relayées cette semaine par Reuters, des quotas d’exportation de concentré de lithium seront attribués à chaque producteur.

Les autorités zimbabwéennes entendent également conditionner la reprise des exportations à plusieurs exigences, parmi lesquelles l’obligation pour les compagnies minières de publier leurs états financiers annuels et de se conformer à des normes en matière de travail, de sécurité et d’environnement.

Le gouvernement exige par ailleurs des engagements écrits, assortis de calendriers précis, pour la mise en place d’unités de production de sulfate de lithium d’ici au 1er janvier 2027. D’ici là, les entreprises devront continuer de s’acquitter d’une taxe à l’exportation de 10 %. Une nouvelle interdiction des expéditions de concentré est prévue à cette échéance.

Premier producteur africain de lithium et deuxième fournisseur de la Chine, le Zimbabwe cherche à capter davantage de revenus issus de cette ressource essentielle à la fabrication de batteries pour véhicules électriques et systèmes de stockage d’énergie. Si ses exportations de concentré de spodumène ont progressé de 11 % en 2025, passant de 1,01 million à 1,13 million de tonnes, les recettes générées ont légèrement reculé, sous l’effet d’une baisse des prix.

Dans cette perspective, le pays veut remonter dans la chaîne de valeur en développant localement la production de sulfate de lithium, un produit intermédiaire à plus forte valeur ajoutée que le concentré, pouvant ensuite être transformé en carbonate ou en hydroxyde de lithium, directement utilisés par l’industrie des batteries.

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De la Guinée à la RDC, des approches convergentes

Le cas du Zimbabwe n’est pas isolé. D’autres pays africains producteurs de matières premières stratégiques adoptent des approches comparables, adaptées à leurs marchés.

En Guinée, premier exportateur mondial de bauxite, les autorités envisagent de limiter les volumes exportés dans un marché marqué par une offre abondante. Très dépendant de la demande chinoise, le pays veut aussi mieux encadrer les flux tout en encourageant la transformation locale de la bauxite en alumine.

Selon des informations rapportées le mois dernier par la presse internationale, Conakry privilégie pour l’instant une approche progressive, fondée sur des discussions avec les opérateurs et la possibilité d’introduire des quotas ciblés.

Une logique similaire a été observée en République démocratique du Congo (RDC), où le gouvernement a instauré en 2025 un embargo temporaire sur les exportations de cobalt avant d’introduire un système de quotas. Cette politique, mise en œuvre dans un contexte de baisse des prix et d’excédent d’offre, visait à soutenir les cours.

Si ces démarches présentent des points communs, elles reposent sur des paramètres différents. Dynamiques de marché, niveau d’industrialisation et poids des acteurs étrangers varient d’un pays à l’autre.

Concurrence mondiale et quête de profit

Ces évolutions interviennent à un moment où les ressources stratégiques du sous-sol africain font l’objet d’un intérêt croissant de la part des puissances mondiales. La Chine, déjà dominante dans le secteur, continue de consolider ses positions, tandis que les États-Unis et leurs partenaires cherchent à diversifier leurs approvisionnements pour réduire leur dépendance.

Dans ce paysage, les initiatives observées au Zimbabwe, en Guinée ou en RDC peuvent être perçues comme une volonté de rééquilibrer les rapports au sein des chaînes de valeur. En combinant contrôle des volumes, incitations à la transformation locale et exigences accrues envers les opérateurs, les États explorent différents leviers pour renforcer leur rôle au-delà de la simple extraction. Dans des filières aux fondamentaux distincts, une question demeure : ces démarches suffiront-elles à rééquilibrer un rapport de force encore largement dominé par des acteurs extérieurs ?