Ces dernières années, la Côte d’Ivoire a considérablement renforcé la place du secteur minier dans son économie. Découvertes majeures, arrivée de nouveaux investisseurs, réforme du code minier et structuration progressive de la filière témoignent de l’importance croissante accordée aux ressources extractives dans la stratégie de développement du pays, traditionnellement dominée par l’agriculture.
Longtemps perçue avant tout comme une puissance agricole, la Côte d’Ivoire voit désormais son potentiel minier gagner en visibilité et en crédibilité sur la scène internationale. L’essor du secteur repose à la fois sur l’accélération des découvertes, la montée en compétences des acteurs locaux, l’amélioration du cadre réglementaire et un climat des affaires attractif. Cette dynamique suscite l’intérêt croissant des compagnies minières internationales pour le sous-sol ivoirien.
Dans son rapport 2025, le Fraser Institute classe la Côte d’Ivoire comme la juridiction minière la plus attractive d’Afrique de l’Ouest, avec un score de 60,92 sur 100. Le pays devance notamment le Ghana et la Guinée et se situe au cinquième rang à l’échelle du Continent, signe d’un regain d’intérêt des investisseurs pour le secteur minier ivoirien.
Les ressources extractives appelées à prendre davantage de place dans l’économie
Le développement du secteur extractif s’inscrit dans la stratégie économique engagée par le Président Alassane Ouattara afin de diversifier l’économie ivoirienne.
Cette orientation a notamment pris forme avec l’adoption de la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie (PIRME), une feuille de route destinée à structurer les secteurs minier et énergétique sur le long terme. Le programme prévoit près de 38 000 milliards de francs CFA d’investissements sur quinze ans afin de renforcer les activités d’exploration, de production et de transformation locale.
Le secteur minier ivoirien s’appuie aujourd’hui sur près d’une vingtaine de mines industrielles, plus de deux cents exploitations semi-industrielles et près de cent cinquante sites artisanaux. Malgré cette activité, il ne représente encore qu’environ 5 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui laisse entrevoir un potentiel de développement encore important.
Dans ce contexte, les autorités cherchent également à structurer davantage la filière et à renforcer la visibilité internationale du pays. L’organisation à Abidjan du Salon international des ressources extractives et énergétiques (SIREXE) participe à cette stratégie. Ce rendez-vous réunit États, investisseurs et entreprises du secteur autour des perspectives de développement du sous-sol ivoirien. À cet égard, le lancement officiel de la deuxième édition du SIREXE, intervenu le 24 mars 2026 à Abidjan, confirme la montée en puissance de cet événement appelé à se tenir du 18 au 22 novembre 2026 au Parc des Expositions, avec une ambition renforcée de s’imposer comme la plateforme de référence pour les investissements, les partenariats et l’innovation dans les secteurs minier, pétrolier et énergétique en Afrique. Lors de l’édition 2024, les autorités ont notamment annoncé la création d’un Fonds d’investissement minier destiné à soutenir les projets du secteur et à faciliter l’accès au financement pour les acteurs locaux.
Une production minière en forte progression
L’or constitue aujourd’hui le principal moteur de la croissance minière ivoirienne. En une décennie, la production nationale est passée d’environ 18 tonnes en 2014 à près de 58 tonnes en 2024, rapprochant progressivement la Côte d’Ivoire des principaux producteurs africains.
Le sous-sol ivoirien révèle toutefois un potentiel plus large que la seule production aurifère. Le pays exploite déjà plusieurs ressources stratégiques, telles que la production de manganèse qui devrait atteindre environ 1,29 million de tonnes en 2024, ou la production de nickel, avec d’importantes réserves estimées à plus de 300 millions de tonnes dans l’Ouest du pays.
Dans le même temps, l’exploration progresse autour de minerais critiques tels que le lithium, le coltan ou encore le cobalt, pour lesquels plusieurs permis d’exploration ont été délivrés en 2024, dans un contexte de demande mondiale croissante liée à la transition énergétique et aux technologies bas carbone.
Cette dynamique s’accompagne de l’arrivée et du renforcement de plusieurs groupes miniers internationaux dans le pays. Le producteur Endeavour Mining concentre désormais une part croissante de ses opérations ouest-africaines en Côte d’Ivoire, notamment avec les mines d’Ity et de Lafigué, tandis que d’autres projets, comme Koné développés par la société canadienne Montage Gold, pourraient devenir parmi les plus importants en développement dans la région.
Ces évolutions interviennent dans un contexte régional marqué par une recomposition des investissements miniers. Certaines compagnies privilégient désormais des juridictions jugées plus stables pour développer leurs projets, ce qui contribue à renforcer l’attractivité du territoire ivoirien.
Un secteur de plus en plus visible auprès des investisseurs
La Côte d’Ivoire multiplie les initiatives pour promouvoir son potentiel minier à l’international et attirer de nouveaux investissements. Les autorités cherchent ainsi à renforcer la visibilité du secteur extractif et à positionner le pays comme une destination minière de premier plan en Afrique de l’Ouest.
Plusieurs missions économiques ont ainsi été organisées afin de présenter les opportunités d’investissement offertes par le secteur extractif ivoirien. L’année dernière, une tournée menée aux États-Unis par le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a notamment permis de mobiliser plus de 5 milliards de dollars d’intentions d’investissement. Parmi les projets évoqués figurent un partenariat entre VAALCO et PETROCI pour l’exploitation de blocs pétroliers, ainsi que le projet de construction d’une seconde raffinerie en Côte d’Ivoire porté par l’entreprise américaine Yaatra Ventures en partenariat avec la Société ivoirienne de raffinage (SIR).
Le pays met également en avant ses projets lors des grands rendez-vous internationaux du secteur. Au Mining Indaba, forum considéré comme l’un des principaux événements mondiaux de l’industrie minière, les autorités ivoiriennes ont notamment présenté les perspectives offertes par un sous-sol encore largement sous-exploré.
Dans un contexte marqué par la hausse du prix de l’or et la recherche de nouvelles juridictions d’investissement en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire apparaît ainsi de plus en plus comme un territoire suivi de près par les acteurs du secteur.
Par Charles Agbo, Correspondant