Au moment où l’Égypte multiplie les annonces de découvertes sur
son sol, celle-ci se distingue par son caractère inédit. Après six
ans de fouilles sur le site de Tell el-Farma, dans le nord du
Sinaï, une mission archéologique égyptienne mandatée par le
ministère du Tourisme et des
Antiquités
a mis au jour les vestiges d’un temple circulaire
consacré au dieu Pélusios — une divinité locale quasiment inconnue.
La découverte, annoncée en avril 2026, modifie sensiblement la
lecture du paysage religieux de l’antique Péluse, cité-frontière de
l’Égypte orientale.

Péluse occupait une position stratégique sur la frontière
orientale du delta du Nil, face à la Méditerranée. Pendant des
siècles, elle constitua le premier verrou défensif de l’Égypte
contre les invasions venues de l’est. Tout en servant de plaque
tournante commerciale. Lin et bière y étaient exportés ; les
influences culturelles y affluaient.

Un bassin au cœur du sacré

Un vaste bassin circulaire d’environ 35 mètres de diamètre
constitue l’élément le plus frappant du site. À la différence des
temples égyptiens traditionnels, organisés selon des axes
processionnels rigides, cette structure s’articule autour d’un plan
d’eau central. Ce bassin se trouvait directement relié à un bras du
Nil, permettant son remplissage régulier en eau chargée de limon.
La présence de ce sédiment fertile dans le bassin suggère que les
rituels pratiqués s’associaient aux cycles naturels du fleuve.

Le nom même du dieu éclaire cette relation. Pélusios dériverait
du grec pelos, signifiant « boue » ou « argile ».
Autrement dit, le limon fertile déposé par les crues nilotiques. La
divinité semble personnifier la puissance régénératrice du fleuve,
fondement de l’agriculture et de la survie en Égypte antique.

© Ministère du Tourisme et
des Antiquités

Vue
aérienne temple.

Au centre du bassin se dresse une plateforme carrée,
vraisemblablement destinée à accueillir une statue de culte. Trois
entrées — à l’est, au sud et à l’ouest — organisaient la
circulation dans cet espace sacré. La section nord, très
endommagée, témoigne de siècles d’exposition aux intempéries et aux
activités humaines.

L’eau comme instrument rituel

Autour du bassin, les archéologues ont dégagé un réseau élaboré
de canaux et de citernes destinés à réguler l’entrée et la sortie
de l’eau. Ce système hydraulique sophistiqué indique un niveau
avancé de maîtrise technique et confirme que l’eau n’avait pas ici
un simple rôle ornemental.

Les chercheurs estiment que les cérémonies pouvaient impliquer
le remplissage et la vidange alternés du bassin. Ils évoquaient
symboliquement la purification, la renaissance ou le retour annuel
des crues. Cette architecture rituelle centrée sur l’eau demeure
exceptionnelle dans le contexte égyptien.

© Ministère du Tourisme et
des Antiquités

Des
canaux relient le temple au Nil.

Le temple présente par ailleurs une architecture hybride mêlant
canons égyptiens, influences hellénistiques et touches romaines. Le
reflet direct de la position géographique de Péluse, carrefour
entre l’Égypte et la Méditerranée orientale. Les données
archéologiques indiquent une occupation du site depuis le IIe
siècle avant notre ère jusqu’au VIe siècle de notre ère. Soit près
de huit siècles de pratiques religieuses continues, à travers les
périodes ptolémaïque, romaine et suivantes.

Un édifice mal identifié, puis
reclassé

Lorsque les fouilles débutèrent en 2019, seule une petite
portion de la structure circulaire, construite en briques rouges,
était visible. Sa forme et son emplacement orientèrent d’abord les
interprétations vers un bâtiment civil. A savoir : une salle
du conseil ou un espace administratif. Au fil des saisons de
fouilles, le plan complet se dégagea. Il révéla les canaux, les
bassins et les éléments rituels qui rendaient cette lecture
caduque.

Des comparaisons avec des formes architecturales similaires du
monde hellénistique et romain, ainsi que des consultations avec des
experts internationaux, conduisirent à la conclusion que l’édifice
était un sanctuaire à vocation religieuse, organisé autour de
cérémonies liées à l’eau.

Cette découverte ouvre une perspective plus large sur la vie
religieuse dans les cités-frontières de l’Antiquité. À Péluse, loin
des grands centres du culte égyptien dominés par des panthéons bien
établis, une divinité locale avait développé ses propres formes de
dévotion, directement ancrées dans l’environnement physique et les
cycles naturels. Ce type de religion de proximité, façonné par la
géographie et les échanges culturels, reste encore peu
documenté.

Les fouilles se poursuivent sur le site de Tell el-Farma. De
nouvelles données sont attendues, qui pourraient préciser la nature
exacte des rituels et mieux cerner la place de Pélusios dans le
panthéon local.