L’Egypte fait partie des principaux acteurs africains dans les engrais avec le Maroc, l’Algérie et le Nigeria. Avec ses importants gisements en phosphates, le pays des pharaons attire de plus en plus des investisseurs privés.

Le groupe industriel Indorama a annoncé le 8 avril dernier, la signature d’un contrat pour la mise sur pied d’un complexe d’engrais phosphatés et de produits chimiques en Egypte. Cet accord paraphé avec l’Autorité de la Zone économique du Canal de Suez ouvre la voie à un investissement de 525 millions $ (450 millions €) au niveau de la zone industrielle d’Aïn Sokhna.

Ce projet dénommé « Indorama Egypt Fertilizers » sera installé sur 52,2 ha et fabriquera dans sa première phase 600 000 tonnes d’engrais dont principalement des engrais phosphatés auxquels s’ajouteront divers intrants connexes, notamment l’ammoniac, le soufre, la potasse (chlorure de potassium) et l’urée.

La future unité produira également des produits chimiques spécialisés comme le sulfate de zinc, l’acide borique et le molybdate de sodium, ce qui en fera un pôle chimique intégré positionné à la fois sur les marchés des fertilisants et de la chimie de spécialités.   

Pour ses besoins en matières premières, l’entreprise a noué un contrat d’approvisionnement avec Misr Phosphate, acteur majeur de l’extraction et de la commercialisation de la roche phosphatée en Égypte.

Premiers pas dans les engrais en Afrique du Nord      

Ce projet marque l’entrée d’Indorama sur le segment des engrais dans le pays des pharaons où il est déjà présent depuis 2007 dans la fabrication de plastiques et de matériaux d’emballage. Il s’agit aussi plus globalement d’une première incursion dans l’industrie au niveau d’Afrique du Nord après une expansion remarquée en Afrique de l’Ouest.

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Le groupe, qui s’est d’abord développé dans les polymères et la pétrochimie, a véritablement débuté son aventure africaine dans les engrais au Sénégal en 2014, avec le rachat des Industries Chimiques du Sénégal (ICS), un acteur historique spécialisé dans la production d’engrais phosphatés à partir des gisements de phosphate sénégalais.

À travers ICS, le groupe a consolidé la filière phosphate du pays, en modernisant les installations et en intégrant davantage la chaîne de valeur, de la mine aux produits finis. En 2025, Indorama a annoncé un nouveau plan d’investissement de 210 millions de dollars (180 millions d’euros) pour renforcer ses capacités, avec un programme étalé de 2025 à 2028. Ce plan prévoit plusieurs chantiers comme la réhabilitation de l’usine d’engrais de Mbao pour porter sa capacité annuelle à 400 000 tonnes de NPK et de DAP, contre 250 000 tonnes actuellement et l’augmentation de la production d’acide phosphorique à 660 000 tonnes par an.

Après le Sénégal, le groupe a choisi de se positionner sur les engrais azotés du côté du Nigeria. Le conglomérat y a inauguré en 2016 une usine d’urée et d’ammoniac de 1,4 million de tonnes par an à Port Harcourt, dans l’État de Rivers. Face à la croissance de la demande locale et les opportunités d’exportation, l’entreprise a rapidement lancé un projet d’extension pour porter la capacité à 2,8 millions de tonnes à partir de 2021, puis un nouveau programme en 2023 visant à atteindre 4,2 millions de tonnes à terme.  

Un secteur égyptien des engrais dynamique

Ce nouvel investissement d’Indorama devrait contribuer à renforcer la position de l’Égypte comme hub régional de fabrication industrielle et de commerce mondial. Selon les informations, environ 80% de la production devrait être destinée à l’exportation, contribuant à dynamiser le secteur des engrais phosphatés qui reste encore en retrait.

Selon les données de Trade Map, l’Égypte a exporté en 2024 près de 2,18 milliards de dollars d’engrais (1,8 milliard d’euross) dont 71% issus des engrais azotés, contre seulement 13% pour les engrais phosphatés. Le nouveau projet du groupe indonésien vient s’ajouter à d’autres initiatives en cours dans le pays qui veut passer d’un modèle centré sur l’exportation de matières premières à une industrie plus intégrée, tournée vers la production d’engrais et de produits chimiques à plus forte valeur ajoutée.

En novembre dernier, un consortium chinois mené par Kunming Chuan Jin Nuo Chemical (CJN) s’est engagé à investir 1 milliard de dollars (856 millions d’euros) dans la construction d’un complexe chimique intégré dédié à la transformation du phosphate en acide phosphorique et en engrais phosphatés dans la zone industrielle de Sokhna.

Ce projet chinois, mis en œuvre en trois phases entre 2026 et 2034, visera la production d’acide phosphorique et d’engrais tels que le DAP et le TSP, avec une capacité annuelle de 300 000 tonnes pour chacun de ces produits. Plus tôt en janvier 2025, la société chinoise Asia-Potash a engagé des négociations avec l’Autorité générale pour l’investissement et les zones franches (GAFI) en vue de développer un complexe industriel dont le coût total est estimé entre 7 et 10 milliards de dollars (6-8,5 milliards d’euros). Ce projet prévoit l’extraction annuelle de 2 millions de tonnes de phosphate et leur transformation en engrais exclusivement destinés à l’exportation.