Alors que l’urbanisation s’accélère et concentre déjà l’essentiel de la richesse nationale, Kampala cherche à desserrer la pression sur sa capitale en misant sur un réseau de villes secondaires mieux équipées et plus productives.

La Banque mondiale a approuvé un financement de 540 millions de dollars (environ 462 millions d’euros) en faveur de l’Ouganda pour soutenir la deuxième phase du programme de développement des infrastructures des villes et municipalités (UCMID), a annoncé le gouvernement. Porté par le ministère des Terres, du Logement et du Développement urbain, le projet sera déployé sur six ans, entre les exercices 2026/2027 et 2030/2031. Sur l’enveloppe, 80 millions de dollars seront accordés sous forme de don, le reste étant constitué de prêts.

Le programme couvrira 10 villes régionales, 26 municipalités et 13 districts accueillant des réfugiés, pour environ 5,6 millions de bénéficiaires directs, dont près de 1,6 million dans les zones d’accueil. Il vise à améliorer les performances institutionnelles en matière de planification urbaine, tout en renforçant l’accès à des infrastructures résilientes au climat, aux services de base et aux opportunités économiques.

Les villes au cœur de la transformation économique 

Pour Kampala, l’enjeu dépasse la seule modernisation des infrastructures. Il s’agit de repositionner les villes comme moteurs de croissance et d’emploi. « Ce programme représente la prochaine phase de l’agenda de réforme urbaine de l’Ouganda, positionnant les villes et municipalités au cœur de la création d’emplois, des gains de productivité et de la transformation économique », a déclaré la ministre des Terres, Judith Nabakooba.

Le dispositif devrait générer environ 20 000 emplois permanents, dont près de 5 000 dans les zones accueillant des réfugiés et leurs communautés hôtes, notamment dans les activités de gestion des marchés, de maintenance des infrastructures, de gestion des déchets ou encore de logistique. À ces emplois durables s’ajouteront des opportunités temporaires liées aux travaux.

Audelà de l’emploi, les investissements doivent contribuer à fluidifier la mobilité urbaine, réduire les coûts de transport et de logistique, et améliorer l’accès aux marchés, en particulier pour les femmes, les jeunes et les populations à faibles revenus.

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Une urbanisation rapide sous contrainte 

Cette initiative intervient dans un contexte de mutation rapide du paysage urbain. Environ 27 % de la population ougandaise vit aujourd’hui en zone urbaine, un taux en croissance annuelle de 5,2 % selon les chiffres du ministère du Développement urbain. D’ici 2030, la population urbaine devrait augmenter de 69 %, soit près de 8,1 millions de citadins supplémentaires.

Les villes concentrent déjà environ 70 % du produit intérieur brut (PIB), soulignant leur rôle central dans la dynamique économique du pays. Mais cette croissance rapide exerce une pression accrue sur les infrastructures, favorise l’extension de quartiers informels et accentue les vulnérabilités face aux risques climatiques, notamment les inondations.

Le programme UCMID prévoit ainsi des interventions structurées autour de cinq axes : routes et mobilité urbaine, gestion du drainage et des inondations, infrastructures vertes et solutions fondées sur la nature, gestion durable des déchets solides, ainsi que développement économique local.

Rééquilibrer le territoire et désengorger Kampala 

Au cœur de la stratégie figure la volonté de réduire la pression sur la capitale en développant des pôles urbains secondaires. « À travers ce programme, nous nous attendons à désengorger Kampala en créant des opportunités dans les nouvelles villes. L’UCMID générera des emplois immédiats pendant les phases de construction, tout en créant des emplois durables dans les services et les opérations urbaines », a ajouté Judith Nabakooba.

Audelà des infrastructures, le programme accompagnera des réformes institutionnelles visant à aligner la croissance urbaine sur la Vision 2040 de l’Ouganda et son quatrième plan national de développement (NDP IV). L’objectif est de renforcer la gouvernance locale, stimuler l’entrepreneuriat et favoriser un développement urbain plus inclusif.

Le gouvernement insiste par ailleurs sur la nécessité de respecter les normes environnementales et sociales pour garantir un déploiement rapide des projets dès le prochain exercice budgétaire, tout en assurant la durabilité des investissements engagés.