L’aquaculture est perçue en Afrique comme un levier stratégique pour accroître durablement l’offre en poissons face à la demande croissante. Plusieurs entreprises portent l’essor de ce soussecteur.
Le 7 avril dernier, l’investisseur britannique AgDevCo spécialisé dans l’agriculture en Afrique subsaharienne a annoncé un financement de 15 millions de dollars (environ 13 millions d’euros) sous forme de dette mezzanine au profit de l’entreprise Victory Group, opérant dans l’aquaculture en Afrique de l’Est. Il s’agit du second engagement financier de l’organisation après un premier ticket de 4 millions de dollars accordé en 2021.
« Notre investissement de suivi reflète la confiance que nous accordons à l’équipe de direction de Victory Group et à son potentiel de croissance. […] Nous sommes ravis de mettre notre capital au service d’un impact renforcé dans la région », s’est réjoui John Jakobsson, directeur des investissements chez AgDevCo.
Vers un nouveau cap
Dans les détails, l’enveloppe financière permettra à l’entreprise d’augmenter sa production de tilapia du Nil dans des cages flottantes sur le lac Victoria au Kenya et sur le lac Kivu au Rwanda.
En amont, l’entreprise dispose déjà d’importantes capacités d’écloserie et de fabrication d’aliments pour poissons, et écoule sa production à travers un vaste réseau de 85 points de vente desservant plus de 15 000 commerçantes présentes sur les marchés locaux à Nairobi, dans l’Ouest du pays et dans la région de Mombasa.
Ce nouveau soutien d’AgDevCo arrive donc comme un sérieux coup d’accélérateur pour Victory Farms, qui vise à franchir le cap des 30 000 tonnes de tilapia produites d’ici la fin de l’année.
Fondée en 2015, la société a enchaîné les levées de fonds et les projets d’extension sur le lac Victoria. En mars dernier, elle a ainsi déposé un projet d’investissement pour une nouvelle ferme piscicole sur ce lac.
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D’après l’étude d’impact environnemental et social transmise à l’Autorité nationale de gestion de l’environnement (NEMA), le coût de cette initiative est estimé à 750 millions de shillings kényans (soit environ 5 millions d’euros).
En 2023, Victory Farms avait déjà bouclé une levée de 35 millions $ pour consolider ses opérations et accélérer son expansion en Afrique de l’Est, avec des ambitions qui dépassent désormais le seul Kenya et le Rwanda pour inclure aussi l’Éthiopie, l’Ouganda et la Tanzanie.
L’aquaculture, un enjeu stratégique pour l’Afrique de l’Est
Avec cette expansion, l’entreprise veut se positionner comme l’un des acteurs majeurs de l’aquaculture en Afrique subsaharienne.
« Notre objectif est de bâtir une entreprise aquacole de premier plan qui fournit des protéines nutritives à grande échelle, tout en créant des opportunités pour les commerçants et les communautés qui dépendent de notre chaîne de valeur », résume Joseph Rehmann, fondateur et directeur général de Victory Group.
En Afrique de l’Est comme dans les autres sousrégions au sud du Sahara, la demande en poisson abordable et de haute qualité ne cesse de croître, portée par l’urbanisation rapide, la croissance démographique soutenue et l’évolution des régimes alimentaires.
Si la pêche de capture continue à représenter une large part de la production halieutique, la surpêche et la réduction des stocks limitent de plus en plus la performance de ce segment, obligeant de nombreux pays à se tourner vers des importations de poisson congelé, souvent en provenance d’Asie.
Le Kenya, première économie d’Afrique de l’Est, illustre bien ces enjeux. D’après les données du Kenya Fisheries Service, les captures totales de poissons ont atteint 168 424 tonnes en 2024. Un niveau en hausse de 4,3% mais encore endessous des besoins qui dépassent les 500 000 tonnes par an. Dans ce contexte, le développement de l’aquaculture avec de nouveaux investissements massifs s’impose comme un levier clé pour répondre à la demande croissante en protéines abordables et de qualité.