Les fossiles pris dans l’ambre offrent des fenêtres uniques sur
la biodiversité d’époques révolues, en figeant des détails
anatomiques que la roche ne conserve presque jamais. Certaines de
ces inclusions contredisent frontalement la répartition actuelle
des espèces. Un faucheux fossile dans l’ambre de l’Éocène vient
ainsi de prouver que des arachnides considérés comme exotiques
vivaient en Europe il y a 35 millions d’années.
Un faucheux fossile dans l’ambre de l’Éocène identifié pour la
première fois
Des paléontologues allemands et bulgares ont décrit une nouvelle
espèce de faucheux, baptisée Balticolasma wunderlichi, à
partir de deux spécimens exceptionnellement bien conservés. Le
premier, probablement une femelle, provient de l’ambre de Rovno,
dans le nord-ouest de l’Ukraine. Le second, un mâle, a été trouvé
dans l’ambre de la Baltique. Tous deux sont désormais déposés au
Museum für Naturkunde de Berlin. Leur étude, publiée en mars 2026
dans Acta Palaeontologica Polonica,
constitue le tout premier signalement fossile de la sous-famille
des Ortholasmatinae.
© Joschua Knüppe, paléoartiste
Reconstitution de Balticolasma wunderlichi.
Moins de 3 mm, mais une anatomie remarquablement ornée
L’équipe dirigée par Christian Bartel, des Collections
nationales bavaroises d’histoire naturelle, a utilisé la
microtomographie par rayonnement synchrotron au centre Helmholtz de
Hambourg (DESY). Les images tridimensionnelles ont révélé un corps
aplati de moins de 3 mm de long, recouvert d’un réseau de fines
crêtes formant un motif en maille sur toute la surface dorsale. La
région céphalique présente un capuchon projeté vers l’avant et un
tubercule oculaire complexe, typique des Ortholasmatinae
vivants.
Ces faucheux figurent parmi
les arachnides les plus ornementés qui existent. Pourtant,
leurs sept genres actuels, regroupant 27 espèces décrites, ne
vivent plus qu’en Asie de l’Est, en Amérique du Nord et en Amérique
centrale. Aucun représentant vivant n’habite aujourd’hui l’Europe.
La découverte de Balticolasma wunderlichi prouve donc que
le groupe occupait autrefois un territoire bien plus vaste dans
l’hémisphère nord.
Une extinction européenne encore
inexpliquée
Pourquoi ces arachnides ont-ils disparu du continent européen
alors qu’ils prospèrent toujours en Asie et en Amérique ? Les
auteurs évoquent les
refroidissements climatiques successifs survenus après
l’Éocène, qui auraient pu réduire leur habitat progressivement.
Toutefois, cette hypothèse reste à étayer. Grâce à cette
découverte, le nombre d’espèces de faucheux connues dans l’ambre de
la Baltique passe à 19, et celui dans l’ambre de Rovno à 7, dont
six communes aux deux gisements.
Ces petits arachnides, souvent négligés au profit
des araignées ou
des scorpions, se confirment comme des indicateurs précieux de
la biogéographie ancienne. Chaque inclusion d’ambre offre un
instantané de la faune de l’Éocène, et les prochaines analyses de
collections existantes pourraient encore réserver des surprises sur
la diversité passée de l’Europe.