On scrutait son passage dans le détroit de Gibraltar pour rejoindre la zone d’opérations au Moyen-Orient, il a finalement mis le cap vers le Sud de l’Afrique.
En route pour renforcer le dispositif américain déployé au Moyen-Orient dans le cadre de l’opération Epic Fury lancée le 28 février contre l’Iran, le porte-avions USS George H. W. Bush (CVN-77) a quitté sa base de Norfolk, en Virginie, le 31 mars. Habituellement, les groupes aéronavals de l’US Navy déployés depuis l’Atlantique vers l’océan Indien et le Golfe Arabo-persique passent par la Méditerranée, le canal de Suez et la mer Rouge. En toute logique, les spotters attendaient donc de le voir franchir Gibraltar. D’autant que le bâtiment est supposé relever dans les semaines qui viennent l’USS Gerald R. Ford (CVN 78), revenu en Méditerranée après l’incendie qui a provoqué des dégâts dans ses locaux vie le mois dernier. Parti de Norfolk le 24 juin 2025, ce porte-avions et son équipage semblent à bout de souffle après quasiment 10 mois de missions, 295 jours pour être exact en date de ce mercredi 15 avril, ce qui constitue le plus long déploiement d’un porte-avions de l’US Navy depuis la guerre du Vietnam. Il surpassera peut-être le record de l’ancien USS Midway (CVA-41) et ses 332 jours accomplis entre 1972 et 1973. Le CVN-78, qui après un bref passage en Crète avait rejoint le port croate de Split le 23 mars, a repris la mer le 2 avril. Aux dernières nouvelles, il se trouve toujours en Méditerranée.
L’USS Gerald R. Ford.
Voir l’USS George H. W. Bush rejoindre sa zone d’opérations en contournant l’Afrique, bien que cette route soit inhabituelle, faisait néanmoins partie des possibilités. Car ce trajet, certes plus long, a l’avantage d’éviter de passer par des zones potentiellement risquées, comme Suez et le détroit de Bab el-Mandeb qui relie la mer Rouge et l’océan Indien, à proximité immédiate du Yémen et des rebelles Houthis, alliés de l’Iran. Cette route avait aussi, théoriquement, l’intérêt de ménager un effet de surprise, le passage du bâtiment ne pouvant être facilement observé, alors qu’il est inévitablement détecté via Gibraltar et Suez.
L’USS George H. W. Bush.
Il n’y aura cependant pas eu d’effet de surprise, peut-être à dessein pour faire monter la pression à un moment clé du bras de fer que constituent les négociations entre Washington et Téhéran, conduites à l’occasion d’un cessez-le-feu débuté le 8 avril pour une période de deux semaines. L’US Naval Institute (USNI) a en effet révélé que le porte-avions se trouvait, le 13 avril, au large de la Namibie, au sud-ouest du continent africain. Si cette information est exacte, et cette source est habituellement sérieuse, le groupe aéronaval du CVN-77 fait donc manifestement bien le tour de l’Afrique pour rallier le nord de l’océan Indien, où il devrait retrouver la semaine prochaine l’armada américaine positionnée en mer d’Arabie. Une flotte qui a entrepris lundi 13 avril , sur ordre de Donald Trump, de mettre en place un blocus des ports iraniens. Il y a déjà sur place une bonne douzaine de bâtiments, dont le porte-avions USS Abraham Lincoln (CVN-72), le porte-hélicoptères d’assaut USS Tripoli (LHA-7), les transports de chalands de débarquement USS New Orleans (LPD-18) et USS Rushmore (LSD-47), qui ont été dépêchés depuis l’Asie, sept destroyers du type Arleigh Burke et des unités de ravitaillement. Deux autres destroyers au moins sont positionnés en mer Rouge et d’autres encore en Méditerranée, dont ceux du groupe aéronaval de l’USS Gerald R. Ford.
L’USS Abraham Lincoln.
L’USS Boxer.
L’USS George H. W. Bush est quant à lui accompagné des destroyers USS Ross (DDG-71), USS Donald Cook (DDG-75) et USS Mason (DDG-87). En plus de ce groupe aéronaval, un second groupe amphibie est attendu prochainement au nord de l’océan Indien. Il est constitué du porte-hélicoptères d’assaut USS Boxer (LHD-4), ainsi que des transports de chalands de débarquement USS Portland (LPD-27) et USS Comstock (LSD-45). À leur bord se trouve la 11th Marine Expeditionary Unit (MEU), forte d’environ 2200 à 2500 Marines, avec leurs véhicules, leurs moyens logistiques et un groupe aérien embarqué. Une unité équivalente, la 31ème MEU, est à bord du groupe emmené par l’USS Tripoli. Soit en tout, lorsque ces deux Amphibious Ready Groups (ARG) seront réunis, une force expéditionnaire d’environ 5000 Marines, avec plusieurs centaines de véhicules, de nombreux engins de débarquement et une soixantaine d’aéronefs, dont des avions F-35B, des convertibles MV-22 ainsi que des hélicoptères de manœuvre et de combat. L’ARG conduit par l’USS Boxer, qui a quitté la base navale de San Diego, sur la côte ouest des États-Unis, le 18 mars et est passé 11 jours plus tard par Hawaii, devrait bientôt rallier la zone d’opération d’Epic Fury.
De quoi permettre à Washington de peser un peu plus sur le régime iranien, avec lequel les Américains continuent de négocier malgré l’échec de la rencontre organisée au Pakistan le week-end dernier. La délégation américaine, emmenée par le vice-président J. D. Vance, est repartie après seulement une journée de discussions. À la suite de quoi Donald Trump a décidé de mettre en place un blocus des ports iraniens en empêchant les navires qui les fréquentent de sortir du golfe d’Oman. Une mesure à l’efficacité encore incertaine qui vise à accroître la pression sur Téhéran en stoppant le trafic maritime international iranien, notamment ses exportations de pétrole.
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