Depuis quelques années, le marché éthiopien des voitures électriques est en ébullition. Boostée par des incitations publiques, l’industrie se structure de plus en plus.
En Ethiopie, l’engouement des autorités pour les voitures électriques est toujours aussi vivace. Fin mars, l’entreprise publique en charge de la distribution d’électricité (Ethiopian Electric Utility-EEU) a lancé une station de recharge pour véhicules électriques dans le quartier de Kotebe, à AddisAbeba.
D’un coût global de 170 millions de birr (environ 926 500 euros), cette station présentée comme l’une des plus modernes du pays, peut accueillir jusqu’à 24 véhicules en charge simultanément et fonctionne 24 heures sur 24. Pour encourager une utilisation efficace du réseau électrique, l’EEU a introduit une tarification différenciée selon les heures, afin d’inciter les automobilistes à recharger leurs véhicules en dehors des pics de consommation.
Un plan ambitieux
Audelà de ce point de recharge, l’Éthiopie déploie un plan national pour structurer un réseau de recharge à l’échelle du pays. L’EEU met en œuvre une stratégie en deux phases destinée à accompagner l’essor rapide du parc de véhicules électriques et à sécuriser l’alimentation en énergie de ce nouveau segment de la mobilité. Dans une première phase, l’objectif est de construire et de mettre en service 40 stations de recharge, dont 32 à AddisAbeba et 8 dans d’autres villes.
Selon Getu Geremew, CEO de la compagnie étatique, six stations avaient déjà été construites récemment dans la capitale, dont trois sont inaugurées et opérationnelles, tandis que trois autres doivent entrer en service prochainement. Au total, ce premier volet représente un investissement d’environ 10 millions USD (environ 8,5 millions d’euros), avec des stations standardisées capables chacune d’alimenter simultanément 24 véhicules.
En outre, l’entité publique prépare la construction de 34 stations supplémentaires à travers le pays, ce qui doit permettre d’étendre progressivement le maillage du territoire audelà du périmètre d’AddisAbeba. Les premières extensions ciblent des villes stratégiques comme Bishoftu, Mojo, Batu, Adama, Shashemene et Hawassa, ainsi que l’axe commercial majeur reliant l’Éthiopie au port de Djibouti, où des installations sont également prévues.
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D’après le ministère des Transports et de la Logistique, le parc de véhicules électriques est passé de zéro à plus de 140 000 unités en seulement trois à quatre ans, principalement concentrées à AddisAbeba. Les autorités estiment que la capitale aura besoin à terme d’environ 1 176 stations de recharge pour répondre à la demande, tandis qu’un total de 2 300 points de recharge est programmé à l’échelle nationale.
Une transition à marche forcée
Ce plan s’inscrit dans une politique plus globale où les autorités se positionnent comme des fervents promoteurs africains de la voiture électrique. En janvier 2024, l’Éthiopie est devenue le premier pays au monde à interdire l’importation de véhicules essence et diesel. La mesure qui visait à réduire la facture liée à l’importation de carburants pour voitures à forcer les conducteurs éthiopiens à se convertir à l’électrique.
Parallèlement à cette interdiction, les autorités ont conçu un dispositif fiscal très incitatif pour encourager l’importation de voitures électriques. Les droits de douane sur les véhicules électriques entièrement assemblés sont fixés à 15 tandis que les véhicules partiellement assemblés ne supportent que 5% de droits, et ceux produits localement bénéficient d’une exonération totale. En complément, un programme d’importation de 439 000 véhicules électriques d’ici 2030.
Alors que ces efforts sont salutaires pour la généralisation de la mobilité électrique dans le second pays le plus peuplé d’Afrique, certains analystes soulignent que le premier défi sera celui du renforcement des infrastructures et de la distribution de l’énergie. S’il dispose de la plus importante capacité installée en hydroélectricité du continent avec son Grand barrage de la Renaissance (GERD), la Banque mondiale souligne qu’en environ 60 millions d’Éthiopiens n’ont toujours pas accès à l’électricité avec de fortes disparités entre zones urbaines et rurales.
Cette réalité limite, de fait, la capacité à déployer des véhicules électriques sur l’ensemble du territoire et pourrait cantonner à court et moyen terme, le développement de la mobilité dans les grandes villes comme Addis-Abeba.