Le thé est le quatrième produit agricole exporté par l’Ouganda, derrière le café, le poisson et le maïs. La filière, qui enchaîne des sous-performances depuis quelques années, cherche à se relancer.

En Ouganda, les autorités veulent miser 310 milliards de shillings (environ 70,8 millions d’euros) dans le cadre d’un plan visant à remettre sur pied la filière thé. Cette stratégie annoncée le lundi 13 avril par Fred Bwino Kyakulaga, le ministre d’État à l’Agriculture, sera déployée en trois phases.

Dans un premier temps, un fonds de 152 milliards de shillings (environ 34,7 millions d’euros) sera consacré au redressement des usines de transformation en difficulté, afin d’éviter de nouvelles fermetures et de préserver les capacités industrielles existantes. Ensuite, l’État prévoit de régler 112 milliards de shillings (environ 25,6 millions d’euros) d’arriérés dus aux fournisseurs de plants de thé, un passif qui pénalise depuis plusieurs années les pépiniéristes et fragilise l’amont de la filière.

Dans un dernier volet, une enveloppe dédiée à l’achat et à la distribution d’engrais doit permettre d’améliorer la productivité dans les plantations. En s’attendant le décaissement du financement total prévu d’ici la fin de l’exercice fiscal 2026/2027, M. Kyakulaga souligne qu’une première tranche de 8 milliards de shillings (environ 1,8 million d’euros) a déjà été décaissée pour lancer la fourniture d’engrais aux producteurs.

Une filière en perte de vitesse

Ce plan de relance intervient dans un contexte de net recul des performances du thé ougandais sur les marchés internationaux. Entre 2021 et 2024, la valeur des exportations est passée de 78,6 millions USD (environ 66,7 millions d’euros)  à 56,1 millions USD (47,6 millions d’euros). Pendant ce temps, le volume des ventes a fondu de 72 454 tonnes à 59 860 tonnes selon les statistiques compilées sur la plateforme TradeMap.

Si le pays est le second producteur et exportateur de thé en Afrique après le Kenya, la filière doit faire face à plusieurs défis structurels qui continuent de limiter son développement. L’Association ougandaise du thé (UTA) pointe notamment la pénurie de main-d’œuvre dans les usines, qui complique le fonctionnement des chaînes de transformation et renchérit les coûts. La faible mécanisation des plantations et des opérations de récolte pèse également sur la productivité, dans un contexte où la concurrence régionale investit de plus en plus dans des équipements modernes.

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Sur un autre plan, une publication datant de 2023 de l’Economic Policy Research Centre (EPRC), think-tank indépendant mettait en lumière une faible productivité tournant autour de 1,6 tonne par ha contre un potentiel de près de 4 tonne/ha en raison de l’usage en limité en intrants par les exploitants.

« L’un des arguments les plus fréquemment avancés par les agriculteurs pour justifier la nonutilisation d’engrais est leur coût élevé. Les producteurs disposent de ressources financières restreintes et peinent à investir dans ces intrants avant d’avoir vendu une partie de leur récolte. La situation s’est aggravée avec les chocs mondiaux, notamment la guerre en Ukraine, qui a fait bondir le prix du sac de 50 kg d’engrais de 120 000 à plus de 200 000 shillings », explique l’organisation.

L’amélioration de la qualité, l’autre chantier pour la filière

Au-delà de la nécessité d’augmenter la production, les observateurs estiment que le renforcement de la qualité grâce à un meilleur encadrement technique des producteurs, depuis la plantation jusqu’à la récolte est indispensable pour que la filière se valorise davantage à l’avenir.

Le pays qui vend 95 % de sa récolte à travers les enchères de Mombasa est supplanté sur la place boursière par plusieurs concurrents de moindre taille en volume comme le Rwanda mais dont la feuille de qualité supérieure assure une meilleure  rémunération. D’après TradeMap, le pays des mille collines a exporté 37 538 tonnes pour 109,4 millions USD (environ 92,8 millions d’euros) en 2022. Pendant ce temps, l’Ouganda a expédié 76 024 tonnes pour seulement 88,4 millions USD (environ 75 millions d’euros).