Pour la première fois depuis sa création en 2022, le Forum sur le commerce et l’investissement entre le Royaume-Uni et l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre (UK-WCAF) s’est tenu sur le continent africain. En accueillant l’édition 2025, Lomé a offert au Royaume-Uni une plateforme pour consolider sa présence économique en Afrique. Pour le gouvernement togolais, ce sommet constitue aussi une occasion pour le pays d’affirmer son attractivité auprès des investisseurs étrangers.
Pendant deux jours, plus de 700 participants issus de dix pays africains et d’un large contingent d’entreprises britanniques ont débattu du financement des infrastructures, de l’énergie, de l’agrobusiness ou encore de la transformation numérique. Pour Atam Sandhu, PDG de DMA Invest, co-organisateur du forum, le choix du Togo confirme la volonté de Londres d’inscrire ses relations économiques dans la région dans une perspective durable. En ouvrant les travaux, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a souligné la position de son pays au carrefour des marchés ouest-africains.
« Investir au Togo, c’est entrer dans le corridor de croissance reliant Lagos, Cotonou, Lomé, Accra et Abidjan ; et accéder à la fois aux marchés francophone et anglophone », a-t-il affirmé.
Sur le plan logistique, le Togo s’est imposé comme un corridor commercial central dans la sous-région. Lomé est devenu le premier port à conteneurs d’Afrique de l’Ouest, avec 75,5 millions de tonnes de marchandises traitées en 2022. Plaque tournante du transbordement, 67 % du trafic implique des marchandises transférées entre navires avant d’être redirigées vers d’autres destinations, souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette position s’est renforcée après la fermeture de la frontière entre le Bénin et le Niger, qui a entraîné le report vers Lomé d’une partie du flux destiné au Niger et au Burkina Faso, auparavant acheminé par le port de Cotonou. Le pays a également inauguré en 2021 la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), une infrastructure de 200 millions € dédiée à l’agroalimentaire, à l’industrie légère et au textile.
Une convergence d’agendas
L’organisation à Lomé du Forum UK – Afrique francophone intervient trois ans après l’adhésion du Togo au Commonwealth. En rejoignant cette organisation en 2022, aux côtés du Gabon, Lomé avait déjà montré sa volonté de diversifier ses alliances et d’élargir ses relais diplomatiques et économiques. Les autorités togolaises y voyaient alors un moyen d’accéder à un réseau de plus de deux milliards de consommateurs et de renforcer l’apprentissage de l’anglais dans un environnement régional de plus en plus interconnecté.
Le forum organisé cette année à Lomé apparaît ainsi comme un prolongement naturel de cette orientation diplomatique et économique décidée par le Togo. L’édition à Lomé intervient aussi dans un contexte où Londres renforce progressivement sa présence sur le continent. Le portefeuille africain de l’UK Export Finance, l’agence de crédit à l’exportation du Royaume-Uni, a significativement progressé passant de 3 millions de livres sterling (3,4 millions d’euros) durant l’exercice 2017-2018 à 1,3 milliard de livres sterling en 2023-2024.
Notons que ce mouvement britannique sur le continent, particulièrement en Afrique francophone, contraste avec un certain recul de l’influence de la France, ancienne puissance coloniale de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. A l’instar de Londres, d’autres capitales européennes cherchent elles aussi à renforcer leur présence sur le continent, notamment l’Allemagne ou l’Italie, avec son plan Mattei.