Standard Bank Group et African Export-Import Bank (Afreximbank) ont signé une performance remarquée en 2025 dans le classement des banques d’investissement génératrices de revenus en Afrique subsaharienne, selon le rapport annuel Sub-Saharan Africa Investment Banking Review publié par LSEG Data & Analytics. La banque sud-africaine Standard Bank conserve sa première place avec 39,9 millions de dollars de commissions, soit 7,9% du marché total. Afreximbank s’impose quant à elle à la deuxième position avec 39,4 millions de dollars et 7,8% de parts de marché, devant Goldman Sachs, troisième avec 38,9 millions de dollars.
La progression d’Afreximbank constitue l’un des faits marquants de l’année. L’institution panafricaine basée au Caire a vu ses revenus issus de la banque d’affaires progresser de 543% par rapport à 2024, passant en l’espace d’un an du statut d’acteur marginal à celui de concurrent direct des grandes banques actives sur le continent. Cette évolution semble refléter une diversification stratégique accélérée pour une banque historiquement centrée sur le financement du commerce intra-africain. Elle s’inscrit également dans un environnement où plusieurs émetteurs africains accordent une attention croissante aux institutions perçues comme disposant d’un ancrage régional fort et d’une connaissance fine des marchés locaux.
Un leadership africain incertain
Standard Bank, de son côté, conserve son leadership mais affiche une dynamique plus modérée. Ses revenus progressent de 1% sur un an, alors que le marché régional enregistre une croissance de 13%, ce qui se traduit par un recul relatif de sa part de marché de 0,9 point. Cette évolution s’explique en partie par son exposition importante à l’Afrique du Sud, qui concentre 51,5 % de l’ensemble des commissions de la région, un marché arrivé à un stade de maturité avancé. Par ailleurs, la banque sud-africaine n’occupe plus la première place dans les principaux segments de la banque d’affaires : elle est absente du top 10 en conseil en fusions-acquisitions, dominé par Goldman Sachs, se classe quatrième en levées de fonds actions avec des revenus en baisse de 16% dans ce segment, et occupe la septième position en émissions obligataires, malgré une progression notable de 141% de ses revenus dans cette activité.
La performance de Goldman Sachs illustre quant à elle le regain d’intérêt des grandes banques internationales pour le continent africain. Avec une hausse de 343% de ses revenus, la banque américaine s’impose comme le premier conseiller en fusions-acquisitions avec 30,5% de parts de marché et domine également le segment des levées de fonds en actions avec 18,3% du marché. Elle a notamment participé à l’émission de 2,5 milliards de dollars de Valterra Platinum en septembre, la plus importante opération sur le marché actions de la région depuis 2017. Cette stratégie, centrée sur un nombre limité de transactions de grande taille, lui permet de maximiser ses commissions tout en laissant aux banques africaines une présence plus marquée sur le segment intermédiaire.
Au total, le marché de la banque d’affaires en Afrique subsaharienne a généré 503,9 millions de dollars de commissions en 2025, en hausse de 13,1% sur un an selon LSEG. Cette progression a été principalement portée par les marchés de capitaux. Les commissions liées aux émissions obligataires ont bondi de 73% pour atteindre 68,2 millions de dollars, tandis que celles issues des levées de fonds en actions ont augmenté de 54% à 66,6 millions de dollars, leur plus haut niveau depuis 2020. À l’inverse, les commissions de conseil en fusions-acquisitions ont reculé de 31,3% à 122,2 millions de dollars, pénalisées par un effondrement des opérations domestiques, malgré une nette progression des acquisitions transfrontalières entrantes.
Pour les banques européennes, les positions sont contrastées
Les banques européennes conservent une présence significative dans ce paysage, avec des trajectoires contrastées. Standard Chartered se classe quatrième avec 34,8 millions de dollars de commissions et une croissance de 19%, confirmant son positionnement historique en Afrique de l’Est et australe. Barclays occupe la septième place avec 18,7 millions de dollars, affichant une progression de 162% après plusieurs années de repli sur le continent.
Les établissements français affichent des positions plus discrètes mais solides, notamment sur le segment obligataire. BNP Paribas se classe sixième arrangeur avec 1,77 milliard de dollars de transactions et 5,4% de parts de marché, en progression de 33%. Société Générale occupe la neuvième place avec 1,27 milliard de dollars et une croissance de 70%. Ces performances reposent largement sur leur présence historique en Afrique francophone, en particulier en Côte d’Ivoire, devenue en 2025 le premier émetteur obligataire de la région avec 35,8 % des volumes, devant l’Afrique du Sud, notamment grâce aux émissions de la Banque africaine de développement.
La concurrence entre banques africaines et internationales s’intensifie ainsi à mesure que les marchés financiers du continent retrouvent en profondeur et en attractivité. Les émissions obligataires ont atteint 32,7 milliards de dollars en 2025, en hausse de 54%, tandis que les levées de fonds en actions ont totalisé 5,5 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis huit ans.
Dans ce contexte, l’équilibre entre acteurs locaux, capables de s’appuyer sur leur proximité avec les émetteurs, et banques internationales, positionnées sur les transactions les plus complexes, devrait continuer d’évoluer. Pour les entreprises et les États africains, cette concurrence accrue pourrait se traduire par une amélioration de l’offre de services et, à terme, par une pression plus forte sur les niveaux de commission.