La Banque centrale du Kenya a maintenu stable son taux directeur principal en avril 2026, après dix baisses consécutives. Pendant ce temps, le gouvernement a reconnu des réserves de carburant insuffisantes, un déficit courant révisé à la hausse et des créances bancaires douteuses qui reprennent leur progression.
La Banque centrale du Kenya (CBK) a maintenu son taux directeur à 8,75% lors de sa réunion du 8 avril dernier, mettant fin à un cycle d’assouplissement de dix-huit mois qui avait réduit le coût du crédit de 4,25 points de pourcentage depuis août 2024, selon un communiqué publié par l’institution.
Le Comité de politique monétaire a cité trois facteurs pour justifier le gel : une inflation de 4,4% en mars, inférieure à l’objectif de 5% fixé par la banque centrale ; une croissance du crédit au secteur privé de 8,1% — son niveau le plus élevé depuis janvier 2024 — selon des données de la banque centrale ; des réserves de change de 13,4 milliards USD (environ 11,4 milliards d’euros), équivalentes à 5,7 mois d’importations.
« Le comité a conclu que la posture de politique monétaire actuelle reste appropriée pour maintenir les anticipations d’inflation dans la fourchette cible », a déclaré le gouverneur Kamau Thugge, lors d’une conférence de presse à Nairobi le 9 avril.
La CBK supervise 46 établissements bancaires dont les dépôts cumulés dépassaient 6 274 milliards de shillings (environ 41,21 milliards d’euros) à la fin de 2025, selon des données de l’Association kényane des banques. La décision de gel intervient dans un contexte externe dégradé. Le conflit armé déclenché fin février 2026 entre les USA, Israël et l’Iran, a perturbé le transit des pétroliers par le détroit d’Hormuz, faisant monter le brut Brent au-dessus de 110 dollars (93 euros) le baril, selon des données de marché.
Pour rappel, le Kenya importe la totalité de ses produits pétroliers, principalement en provenance du Golfe.
Stocks insuffisants de produits pétroliers
Le ministre des Finances John Mbadi a déclaré le 2 avril devant la commission budgétaire de l’Assemblée nationale, que le pays disposait de 16 jours de réserves de super-carburant, 19 jours de diesel et 49 jours de kérosène au 30 mars, selon le compte rendu de l’audition publié par le Parlement. Les cargaisons importées en mai et juin seront facturées aux prix mondiaux actuels, a-t-il averti, contrairement aux livraisons en cours — achetées avant l’escalade — qui avaient permis de maintenir le prix du litre d’essence à Nairobi à 178,28 shillings (1,17 euro) jusqu’au 14 avril.
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L’Autorité de régulation de l’énergie et du pétrole a relevé les prix à la pompe lors de la révision du 15 avril : le diesel a augmenté de 40 shillings pour atteindre 206 shillings (1,35 euro) le litre, et l’essence de 28 shillings, selon un communiqué de l’autorité. Le gouvernement a mobilisé 17 milliards de shillings (environ 111,66 millions d’euros) issus du fonds de stabilisation des prix pour limiter la hausse, mais le ministre a reconnu devant les parlementaires que cette enveloppe serait insuffisante en cas de maintien des prix mondiaux à ces niveaux.
La révision du déficit courant confirme l’impact macroéconomique du choc pétrolier. La CBK l’a porté à 3% du produit intérieur brut pour 2026, contre une prévision antérieure de 2,2%, en raison d’une facture d’importation pétrolière en hausse, d’une baisse des transferts de la diaspora et d’un ralentissement des recettes de services, selon le communiqué du comité monétaire d’avril.
La qualité du portefeuille de crédit des banques constitue un second point de vigilance. Le ratio des créances douteuses a progressé à 15,6% en mars 2026, contre 15,4% en décembre 2025, selon des données de la Kenyan Wall Street citant des statistiques de la CBK. Il s’agit de la deuxième hausse consécutive enregistrée en 2026, portée par la détérioration des segments des ménages, du commerce, de l’agriculture et de l’industrie manufacturière.
Carburant : constituer une réserve stratégique
Ce ratio demeure néanmoins inférieur au pic de 17,6% atteint en août 2025. L’Institut of Economic Affairs, un centre de recherche indépendant basé à Nairobi, a publié le 13 mars une analyse estimant que le shilling kényan pourrait se déprécier de 8% à 30% face au dollar, en fonction de l’évolution du conflit, en raison des écarts de taux d’intérêt avec les États-Unis et de la prime de risque sur les actifs kényans, selon le document rendu public par l’Institut. Le shilling s’échangeait à 130 shillings par dollar le 13 mars, selon les données de la CBK citées dans le rapport.
Le gouvernement a annoncé le 14 avril qu’il engageait des travaux pour constituer une réserve stratégique de carburant, selon un communiqué du ministère de l’Énergie. Cette décision, qui n’a pas de précédent dans la politique énergétique kényane, vise à constituer un stock tampon en cas de nouvelle rupture d’approvisionnement. Les modalités de financement et le calendrier de mise en œuvre n’ont pas encore été précisés.
La prochaine réunion du Comité de politique monétaire est prévue en juin 2026. D’ici là, la révision des prix à la pompe prévue pour le 15 mai constituera le premier test chiffré de la transmission du choc pétrolier à l’inflation domestique, et orientera la marge de manœuvre dont disposera la banque centrale pour ajuster sa politique. Par ailleurs, les banques commerciales actives au Kenya sont assises sur un volume de liquidités largement excédentaire de 16 milliards d’euros.