Dans un contexte de rivalités croissantes autour de la transition énergétique et de l’accès aux ressources, les grandes puissances intensifient leur présence en Afrique. L’Allemagne, confrontée à ses propres enjeux industriels et d’approvisionnement, cherche à renforcer ses partenariats sur le continent.

L’Allemagne a accordé un nouveau prêt concessionnel de 200 millions d’euros à l’Afrique du Sud pour soutenir sa transition énergétique. L’annonce a été faite cette semaine à Berlin à l’issue d’une rencontre entre le ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola et son homologue allemand Johann Wadephul.

Dans le détail, le prêt doit financer des investissements dans le réseau électrique sud-africain ainsi que le développement des capacités en énergies renouvelables.  Au-delà de ce financement, les deux pays veulent aussi approfondir leur coopération dans plusieurs domaines liés à la transition énergétique, notamment l’hydrogène vert et les chaînes de valeur des batteries.

Selon Ronald Lamola, des financements allemands et européens supplémentaires, d’un montant de plus de 270 millions d’euros, ont été prolongés pour soutenir ces secteurs.

Une relation déjà structurée

Ce nouveau prêt s’inscrit dans une dynamique de consolidation de la coopération entre les deux pays. Depuis plusieurs années, l’Allemagne est l’un des principaux soutiens de l’Afrique du Sud dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), lancé à la COP26.

En 2025, l’Allemagne avait déjà accordé un prêt de 500 millions d’euros à l’Afrique du Sud via sa banque publique KfW, dans le cadre de ce partenariat, après deux opérations similaires conclues en 2022 et 2023. Les trois opérations impliquant la banque allemande avaient permis à la nation arc-en-ciel de mobiliser un total de 1,3 milliard d’euros.

En janvier dernier, Rainer Baake, envoyé spécial allemand pour le JETP, a également déclaré que la première économie de l’UE discute avec Pretoria pour un autre prêt concessionnel de 720 millions d’euros à ce programme. Il expliquait que cela répond à une demande accrue des autorités sud-africaines pour des subventions et des financements concessionnels.

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Concrètement, ces sommes doivent permettre, selon les autorités sud-africaines, de soutenir des réformes structurelles destinées à améliorer l’efficacité et la résilience des infrastructures énergétiques, moderniser le réseau électrique et accélérer la réduction de la dépendance au charbon.

Transition énergétique et approvisionnement

Ces signaux de rapprochement plus étroit entre l’Allemagne et l’Afrique du Sud interviennent alors que les grandes puissances industrielles ciblent de plus en plus le continent africain pour la diversification de leurs sources d’approvisionnement en matières premières stratégiques, essentielles aux technologies liées à la transition énergétique.

Selon un rapport publié en octobre dernier par l’Initiative Afrique subsaharienne de l’économie allemande (SAFRI), principal organe de coordination du secteur privé allemand pour la région, Berlin a besoin d’un « tournant africain ». Les auteurs expliquent que ce virage est nécessaire alors que le protectionnisme des États-Unis se renforce et que l’influence de la Chine dans le secteur des minerais critiques ne cesse de s’affirmer.

Le rapport appelle ainsi les acteurs allemands à considérer l’Afrique comme un « marché stratégique d’avenir » afin d’y établir des partenariats (y compris sur des minéraux comme le lithium, le cuivre, le cobalt) et bénéficier de nouveaux relais de croissance. Plusieurs leviers ont été évoqués, parmi lesquels on retrouve le renforcement du soutien du gouvernement allemand à l’intégration régionale et à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et la mise en place de programmes de transfert de technologies et de compétences.

Pour l’Afrique du Sud, une des principales destinations des exportations allemandes vers le continent, il s’agit de profiter d’un regain d’intérêt durable pour avancer dans son propre agenda. Si son économie dépend encore majoritairement du charbon, Pretoria a annoncé en 2025 une feuille de route visant à mieux aligner ses investissements avec les objectifs climatiques et de sécurité énergétique. Les nouveaux plans prévoient de dépenser au total 2 230 milliards de rands (environ 116 milliards d’euros) pour augmenter les capacités de production avec un accent mis sur le solaire, l’éolien, le nucléaire et le gaz.