Le groupe français de matériaux de construction achève la construction de deux nouvelles usines en Égypte pour 215 millions d’euros. Derrière cet investissement industriel, l’ambition est de renforcer la présence régionale d’un groupe dont le Moyen-Orient et l’Afrique ne représentent encore que 3% du chiffre d’affaires mondial en 2025.
C’est une somme qui ne passe pas inaperçue dans les arbitrages d’un groupe comme Saint-Gobain. La compagnie française est sur le point de concrétiser un investissement supplémentaire de 215 millions d’euros en Égypte. À l’occasion d’une rencontre avec le ministre égyptien de l’Industrie, Khaled Hashem, le directeur général de la filiale locale, Ahmed Wafik, a confirmé la mise en service prochaine de deux nouvelles usines qui viennent renforcer l’importance de la région Moyen-Orient et Afrique dans le portefeuille global de Saint-Gobain.
Il s’agit d’installations spécialisées dans la production de matériaux de construction durables. Le premier projet est une unité de production de verre plat de grande envergure, implantée dans la Zone économique du canal de Suez (SCZONE), sur un site de 200 000 m². Dotée d’une capacité de 900 tonnes par jour, elle sera, selon le groupe, la plus grande usine de Saint-Gobain au Moyen-Orient et en Afrique. L’usine ciblera des segments stratégiques à forte valeur ajoutée, notamment le verre automobile et le verre pour panneaux solaires. L’investissement requis s’élève à 175 millions d’euros. Consacrée aux plaques de plâtre et implantée à Sadat City, la seconde usine mobilise 40 millions d’euros supplémentaires.
Les deux sites, dont la mise en service est prévue en septembre 2026, partagent la même envergure régionale, avec l’objectif d’exporter 60% de la production. Avec ces nouvelles usines, la plateforme égyptienne sera en effet capable d’alimenter les marchés du Maghreb, du Golfe et potentiellement une partie de l’Afrique subsaharienne depuis un seul bassin de production.
Une région en croissance
Les retombées des investissements de Saint-Gobain sont concrètes pour l’Égypte. La nouvelle usine de verre de la SCZONE permettra ainsi de réduire la facture d’importation du pays d’environ 35 millions de dollars (environ 30 millions d’euros) par an, dans un contexte où Le Caire cherche à préserver ses réserves de devises. Les deux projets combinés généreront par ailleurs quelque 600 emplois directs et indirects. Mais la portée de ces investissements est encore plus stratégique pour Saint-Gobain, qui peut y voir un moyen de gagner de nouvelles parts de marché.
Les résultats annuels 2025 publiés en février dernier montrent en effet que la dynamique du groupe en Europe, son cœur de marché, est fragile. Après un début d’année où l’activité a reculé de 2%, la progression est restée modeste avec +0,6% en données comparables sur le second semestre. En comparaison, les chiffres de la région Moyen-Orient et Afrique détonnent. Saint-Gobain indique que cette zone a enregistré une croissance à deux chiffres lors de l’exercice 2025, portée par les grands projets d’infrastructure en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, ainsi que par l’intégration de FOSROC, spécialiste des produits chimiques pour la construction acquis par Saint-Gobain.
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Cette performance s’inscrit néanmoins sur une base encore très étroite, puisque la région ne représente que 3% du chiffre d’affaires mondial du groupe. L’écart entre le dynamisme des marchés et leur poids dans les comptes constitue précisément le levier que Saint-Gobain entend actionner avec ces deux projets lancés il y a quelques années. Et le choix de l’Égypte comme base opérationnelle de cette expansion n’est pas anodin.
Le groupe y est présent depuis plusieurs décennies et ses investissements cumulés dans le pays sont passés de 250 millions d’euros en 2009 à 500 millions d’euros aujourd’hui, couvrant six sites industriels. Pour M. Wafik, l’Égypte demeure l’un des marchés les plus importants du groupe dans la région Moyen-Orient et Afrique, et les efforts déployés par le gouvernement pour soutenir les investissements étrangers et créer un environnement des affaires favorable n’y sont pas étrangers.