Ancien ambassadeur des États-Unis au Maroc (2022–2025), Puneet Talwar revient sur son expérience diplomatique à Rabat et sur les relations stratégiques entre Washington et le Royaume dans cet entretien exclusif accordé aux Inspirations ÉCO. De la Coupe d’Afrique des nations aux perspectives économiques bilatérales, il évoque les atouts du Maroc, son rôle croissant sur la scène internationale et les souvenirs marquants laissés par son mandat.

Lors de la Coupe d’Afrique des nations, vous avez publiquement exprimé votre soutien aux Lions de l’Atlas sur les réseaux sociaux. Comment évaluez-vous cette CAN organisée par le Maroc, tant sur le plan sportif qu’organisationnel ?
Je pense que le Maroc peut être extrêmement fier. La Coupe d’Afrique des nations a démontré la capacité du pays à gérer et organiser de manière professionnelle un événement hautement complexe. Elle a montré au monde que le Maroc est pleinement prêt à être un hôte exceptionnel de la Coupe du monde 2030. Elle a également ravivé de chaleureux souvenirs de mon séjour au Maroc, notamment lorsque les Lions de l’Atlas sont devenus la première équipe africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde.

Comment ce tournoi a-t-il été perçu par les Américains et les médias ? À travers cet événement, quelle image du Maroc s’est dégagée aux États-Unis ?
Le tournoi a été perçu très positivement par les médias et le public américains. De nombreux Américains ont suivi les matchs, et la couverture médiatique a souvent mis en avant l’excellente organisation du Maroc, ses infrastructures de classe mondiale et son hospitalité légendaire. L’image qui en est ressortie est celle d’un pays confiant, compétent et jouant un rôle de plus en plus important sur la scène internationale.

Selon vous, dans quelle mesure la CAN a-t-elle contribué à renforcer la visibilité, la crédibilité et l’attractivité du Maroc sur la scène internationale ?
La CAN a consolidé davantage la position du pays en tant que nation moderne, progressiste et pleinement capable d’accueillir de grands événements mondiaux. Je pense qu’elle suscitera un intérêt encore plus grand sur les plans des affaires, de l’investissement et du tourisme.

Comment évaluez-vous l’état actuel des relations entre les États-Unis et le Maroc, notamment après la fin de votre mandat à Rabat ?
La relation entre les États-Unis et le Maroc dépasse les gouvernements et les partis politiques, et elle repose sur des bases très solides. Elle est ancrée dans des liens de longue date entre nos peuples, une coopération sécuritaire approfondie, des relations économiques en expansion et des intérêts régionaux communs. Le Maroc est le plus ancien allié de l’Amérique, et les Américains s’en souviendront cette année à l’occasion du 250e anniversaire de notre Déclaration d’indépendance. Je souhaite le meilleur à mon successeur, l’ambassadeur Buchan, qui accomplit un travail remarquable en poursuivant et en approfondissant les relations entre les États-Unis et le Maroc.

D’un point de vue économique, estimez-vous que le potentiel de coopération entre les deux pays est pleinement exploité ? Quels secteurs, selon vous, mériteraient davantage d’attention et de développement ?
Il existe une marge significative pour élargir davantage les relations économiques et commerciales, et je suis convaincu que ces liens continueront de se renforcer à mesure que davantage d’entreprises américaines prendront conscience des opportunités offertes par le Maroc. Les entreprises américaines devraient accorder une attention particulière aux secteurs prioritaires définis par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le gouvernement marocain, notamment les infrastructures, les énergies renouvelables, la sécurité hydrique, l’agriculture, le tourisme, l’automobile, l’aéronautique et l’industrie manufacturière avancée.

D’après mon expérience, elles s’intéressent également à la stabilité du Maroc, à ses excellents indicateurs macroéconomiques, à ses incitations attractives à l’investissement et à son retour à la catégorie «investment grade» par S&P Global. La position géographique du Maroc et ses nombreux partenariats à travers le continent en font également une porte d’entrée naturelle pour les entreprises souhaitant s’étendre sur les marchés africains. Parallèlement, les entreprises marocaines peuvent bénéficier de partenariats plus approfondis avec des sociétés américaines dans les domaines où les États-Unis excellent, notamment les technologies avancées et l’innovation.

Après avoir occupé des postes clés au cœur de la diplomatie américaine — de la Maison-Blanche au Département d’État —, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre expérience en tant qu’ambassadeur au Maroc ? En quoi cette mission est-elle différente des autres étapes de votre carrière ?
Mon expérience au Maroc a été mémorable, enrichissante et professionnellement épanouissante à bien des égards. Tout d’abord, je n’oublierai jamais la chaleur et l’hospitalité extraordinaires du peuple marocain. C’est véritablement une caractéristique déterminante du Maroc. Ensuite, j’ai été profondément impressionné par la manière dont le Maroc conjugue traditions ancestrales et modernité. Cet équilibre reflète un leadership constant et tourné vers l’avenir de Sa Majesté le Roi. Il existe un engagement fort en faveur de la préservation de la riche histoire et de la culture du Maroc, tout en menant simultanément des initiatives stratégiques qui ont propulsé le pays vers l’avant, qu’il s’agisse du développement portuaire et des grandes infrastructures, du leadership dans les énergies renouvelables ou de l’accent mis sur le développement socio-économique.

D’un point de vue diplomatique, je n’aurais pas pu rêver meilleure affectation. Le Maroc se tient constamment aux côtés des États-Unis et offre une analyse réfléchie des affaires régionales et mondiales. C’est une source de stabilité et de sécurité dans la région. C’est un véritable ami, et c’est pourquoi ce partenariat est si profondément valorisé à Washington.

Durant votre mandat, vous avez rencontré de nombreuses personnalités marocaines issues des sphères politique, économique, culturelle et de la société civile. Y a-t-il des personnes pour lesquelles vous éprouvez une admiration ou un respect particulier, et pourquoi ?
J’ai eu le privilège de rencontrer tant de personnes exceptionnelles au Maroc qu’il serait impossible de toutes les citer. J’ai été particulièrement inspiré par les Marocains qui œuvrent discrètement au sein d’organisations caritatives pour améliorer la vie des autres. J’ai rencontré nombre d’entre eux à la Rabat American School lors du marché de Noël organisé par l’American International Women’s Association of Rabat. J’ai également été impressionné par la famille Binebine, qui contribue grandement à enrichir la vie culturelle du Maroc et à soutenir les opportunités offertes aux jeunes. Je garde aussi un souvenir fort de la résilience des équipes de secours rencontrées après le séisme d’Al-Haouz. Un autre souvenir marquant fut la rencontre avec 400 anciens bénéficiaires des programmes d’échange du gouvernement américain et la découverte de l’impact qu’ils ont à travers le Maroc.

J’ai également été fier d’échanger avec les participantes de programmes soutenus par les États-Unis, tels que DigiGirlz et TechWomen, qui promeuvent le leadership féminin dans les domaines STEM et contribuent de manière significative aux secteurs technologiques en plein essor au Maroc. J’ai été tout autant inspiré par l’ambition et la créativité des entrepreneurs marocains, dont beaucoup ont participé au premier Forum de capital-risque États-Unis–Maroc que j’ai lancé en marge du GITEX, créant une plateforme de mise en relation entre investisseurs et entrepreneurs des deux pays. J’ai également beaucoup apprécié mon engagement avec la Chambre de commerce américaine au Maroc et la CGEM, qui jouent un rôle important dans le renforcement des liens commerciaux et des partenariats concrets entre les chefs d’entreprise marocains et américains.

Ce fut également un honneur de distinguer trois Marocains pour leurs contributions exceptionnelles au renforcement des relations bilatérales : Mostafa Terrab, président-directeur général du Groupe OCP ; Hassan Alaoui, fondateur et président du One Africa Forum ; et Aziz Mekouar, ancien ambassadeur du Maroc aux États-Unis. J’ai travaillé en étroite collaboration avec le Conseiller Royal André Azoulay, qui incarne l’engagement profond du Maroc en faveur de la paix et de la coexistence, ainsi qu’avec le talentueux ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, son équipe, de nombreux ministres, responsables sécuritaires, hauts dirigeants des Forces Armées Royales et autorités régionales à travers le pays. Et bien sûr, il y a de nombreuses personnes remarquables au sein de la Mission américaine au Maroc, américaines et marocaines, qui œuvrent chaque jour pour faire prospérer notre relation. La liste est encore longue…

Quels liens entretenez-vous aujourd’hui avec le Maroc, sur le plan personnel ou professionnel ?
J’ai eu la chance de retourner au Maroc à deux reprises depuis la fin de mon mandat et j’espère continuer à m’y rendre. Plus récemment, je suis intervenu lors des Atlantic Dialogues au Policy Center for the New South à l’UM6P. J’ai de nombreux amis chers au Maroc qui me manquent beaucoup. Je parle régulièrement des atouts du Maroc et j’espère continuer à contribuer, modestement, au rapprochement de nos deux pays — sur les plans culturel, politique et économique.

Enfin, quels sont vos plus beaux souvenirs du Maroc, qu’ils soient humains, culturels ou liés à votre travail diplomatique dans le Royaume ?
J’ai d’innombrables souvenirs précieux. Ce qui me marque le plus est la manière dont le Maroc conjugue diversité et unité. Chaque ville et chaque région possède ses traditions et son caractère propres, reflet des multiples influences du pays, tout en partageant une identité commune profonde. Cela me rappelle une mosaïque marocaine complexe et diverse, mais unifiée dans un ensemble harmonieux et magnifique. Je n’oublierai jamais les célébrations lors du remarquable parcours du Maroc en Coupe du monde, la délicieuse cuisine et les traditions particulières du Ramadan. Mais surtout, mes souvenirs les plus forts sont ceux du peuple marocain — sa chaleur, son hospitalité et son optimisme m’ont profondément marqué.

Biographie

L’ambassadeur Puneet Talwar a occupé des postes de haut niveau au sein de la politique étrangère et de la sécurité nationale des États-Unis. Il a été ambassadeur des États-Unis auprès du Royaume du Maroc (2022–2025). Auparavant, il a exercé les fonctions de secrétaire d’État adjoint aux Affaires politico-militaires et de directeur principal au Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche. Plus tôt dans sa carrière, il a été haut responsable au sein de la Commission des affaires étrangères du Sénat américain. Le diplomate dirige aujourd’hui Talwar Global Strategies et conseille des multinationales ainsi que des organisations non gouvernementales sur les stratégies géopolitiques.

Hicham Bennani / Les Inspirations ÉCO