Acteur majeur de l’horticulture en Afrique de l’Ouest, le Sénégal reste confronté à des défis liés à la qualité et à la disponibilité des semences horticoles, sur fond de contraintes réglementaires, organisationnelles et techniques.

Le Sénégal veut réduire sa dépendance aux semences importées et bâtir une filière horticole plus robuste. C’est dans cette perspective qu’une délégation d’experts et d’innovateurs néerlandais a effectué, les 16 et 17 avril dernier à Dakar, une mission de travail avec l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), autour du développement du secteur semencier horticole.

Cette initiative s’inscrit dans un programme de partage d’expériences, de réseautage technique et d’exploration de partenariats concrets entre acteurs sénégalais et néerlandais. Le programme annoncé a inclus notamment des sessions de travail avec l’ISRA, des échanges avec le ministère de l’Agriculture, des discussions avec la direction des semences et celle de l’horticulture, ainsi que des visites de terrain sur des sites de multiplication semencière.

Pour les autorités scientifiques sénégalaises, l’enjeu est de poser les bases d’une véritable souveraineté semencière. Le directeur scientifique de l’ISRA, Saliou Ngom, a insisté sur l’importance de cette coopération avec les Pays-Bas, pays reconnu pour son savoir-faire dans la production de semences. Selon lui, ce dialogue doit permettre d’élaborer une feuille de route commune en appui à la stratégie sénégalaise.

Une dynamique déjà engagée

Cette séquence intervient dans un contexte où le Sénégal cherche à consolider un système semencier horticole encore fragile. En mars dernier, l’ISRA et le World Vegetable Center avaient déjà réuni les principaux acteurs du secteur afin d’identifier les priorités d’une filière plus performante, inclusive et résiliente. L’objectif affiché était alors de réduire progressivement la dépendance du pays aux importations de semences horticoles, tout en soutenant la productivité, la résilience climatique et la compétitivité des filières maraîchères.

Le défi est d’autant plus stratégique que l’horticulture sénégalaise bénéficie d’une demande nationale et régionale soutenue, notamment pour les fruits et légumes, avec aussi des perspectives à l’export. D’après l’Agence néerlandaise pour les entreprises (RVO), cette dynamique entraîne une demande croissante en semences de qualité, adaptées aux conditions agroécologiques locales et aux besoins du marché. Une étude conduite en 2024 à la demande du ministère néerlandais de l’Agriculture a d’ailleurs permis de cartographier la chaîne de valeur semencière horticole au Sénégal, d’en analyser le cadre réglementaire et d’identifier les principaux besoins des acteurs, explique l’organisation.

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Un enjeu de transformation structurelle

Dans les faits, la dépendance du Sénégal vis-à-vis de l’extérieur reste importante. « Le Sénégal importe beaucoup de semences de produits horticoles venant des Pays-Bas, surtout la pomme de terre », affirme Saliou Ngom. C’est précisément sur cette vulnérabilité que la coopération actuelle entend agir, en combinant transfert de technologies, partage d’expertise et émergence de projets pilotes à plus long terme.

Cette mission néerlandaise ne sort pas de nulle part. Elle prolonge un rapprochement plus large entre Dakar et La Haye dans le domaine agricole. Les autorités néerlandaises rappellent qu’en 2025 déjà, une mission commerciale à Saint-Louis avait réuni 14 entreprises néerlandaises du secteur horticole, avec à la clé des échanges d’affaires, des partenariats techniques et un renforcement des liens avec les acteurs locaux.

Reste maintenant à transformer l’essai. Car pour le Sénégal, l’urgence n’est pas seulement d’accueillir des experts étrangers, mais de convertir cette coopération en capacités locales durables : production semencière mieux structurée, qualité renforcée, traçabilité améliorée et meilleur accès des producteurs à des intrants adaptés. En filigrane, c’est toute la question de la souveraineté alimentaire qui se joue, avec la semence comme premier maillon d’une horticulture plus compétitive et moins dépendante.