À l’occasion du Gitex Africa Morocco 2026 à Marrakech, Eco d’ici Eco d’ailleurs dresse un état des lieux de la tech et du développement de l’IA sur le continent — souveraineté des données, financement, inclusion rurale, langues africaines et modèles propres à l’Afrique. Au micro de Bruno Faure (RFI), un florilège d’invités venus de différents horizons pour décrypter les enjeux de cette bataille stratégique.
GITEX Africa, organisé par le Dubai World Trade Centre, est un événement annuel combinant exposition et conférences organisé à Marrakech (Maroc). L’événement réunit des leaders technologiques, des innovateurs, des start-up et des décideurs politiques pour faire progresser la transformation numérique à travers le continent africain.

Le Gitex Africa Morocco a réuni à Marrakech près de 50.000 participants, plus de 1.400 exposants venus de plus de 130 pays © Gitex Africa
LES INVITÉS
🎤 Amal El Fellah Seghrouchni — Ministre marocaine de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration
« Les Africains vont créer leur modèle de langage. Il ne s’agit pas de copier, il s’agit de trouver la troisième voie africaine de l’intelligence artificielle. »

Amal El Fallah Seghrouchni, ministre marocaine déléguée à la Transition numérique avec Bruno Faure (RFI) © RFI
L’entretien est à découvrir en vidéo et en intégralité ici

Bruno Faure (RFI) avec ses invités au au Gitex Africa Morocco à Marrakech le 7 avril 2026 © RFI
🎤 Yasmine Ndassa — PDG de Noor, consultante en stratégie data et IA (Atlanta / Maroc / Cameroun)
💬 « L’IA est un catalyseur qui va faire la différence entre de petits sauts ou des Quantum Leap. L’Afrique aura beaucoup à montrer au reste du monde. »
🎤 Khalil Al Americani — Directeur général de Vodacom RDC
💬 « L’intelligence artificielle est un outil d’accélération incroyable, mais c’est comme l’énergie nucléaire — on peut bien s’en servir ou mal s’en servir. »
🎤 Saad Jittou — Cofondateur de Weego, startup de mobilité intelligente (Maroc / Sénégal)
💬 « En Afrique, on ne parle pas de licornes, on parle de gazelles ou de chameaux — un modèle qui pousse à la croissance, mais surtout à la rentabilité rapide pour résister aux obstacles du continent. »
🎤 Steven Bedi — Fondateur de Tylimmo, marketplace immobilière digitale (Côte d’Ivoire)
💬 « L’Afrique n’a pas forcément besoin d’une transformation digitale. Elle a besoin d’une digitalisation. Quand les besoins de base sont résolus, on fait un bond qui dépasse les technologies qu’on voulait rattraper. »
L’émission est à découvrir en vidéo et en intégralité ici

Jongkil Lee, directeur de la Korea Africa Foundation avec Bruno Faure (RFI) © RFI
🎤 Yongkil Lee — Directeur de la Korea Africa Foundation, société spéciale relevant du ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud qui a été lancée en 2018.
💬 « Si nous regardons le présent, l’Afrique n’est pas encore là où nous voyons l’avenir — dans dix ans, dans vingt ans. Nous n’avons pas besoin d’être les premiers, nous devons coopérer. »
LES POINTS-CLÉS
👉 Souveraineté numérique et modèle africain de l’IA
Le Maroc ambitionne de ne pas simplement reproduire les modèles américain, chinois ou européen. La ministre Amal El Fellah Seghrouchni plaide pour un hub arabo-africain du numérique — l’équivalent d’une Commission européenne à l’échelle du continent — et pour des modèles de langage travaillant sur des langues jusqu’ici ignorées comme le darija ou l’amazigh. La coopération avec Mistral AI porte ainsi sur des petits modèles de langage adaptés aux réalités locales.
👉 Langues africaines et biais des données
L’IA mondiale est bâtie sur les grandes langues dominantes. Les dialectes africains — bambara, duala, wolof, darija — y sont quasi absents, ce qui crée des biais profonds et exclut des communautés entières des bénéfices de la technologie. Des startups africaines commencent à entraîner des modèles sur ces langues, une responsabilité que les grandes plateformes étrangères n’assumeront pas d’elles-mêmes.
👉 Inclusion rurale et besoins fondamentaux
La RDC doit encore connecter 40 à 50 millions de personnes. Pour Steven Bedi, le vrai levier n’est pas la transformation digitale spectaculaire mais la digitalisation des besoins élémentaires : payer, se loger, se déplacer. L’exemple du mobile money — inventé en Afrique, aujourd’hui envié par l’Europe pour l’instantanéité de ses transferts — illustre ce que produit une innovation ancrée dans le quotidien. En RDC, 26 milliards de dollars circulent annuellement sur la plateforme M-Pesa.
👉 Financement et écosystème startup
Le financement reste le nerf de la guerre. Les banques africaines demeurent frileuses, et contrairement à la Silicon Valley, les startups du continent doivent souvent afficher clients et revenus avant même de lever des fonds. Vodacom joue un rôle de catalyseur en ouvrant ses API, en finançant des incubateurs et en accompagnant les jeunes entrepreneurs. Weego a quant à lui bouclé une levée de plus d’un million de dollars pour s’étendre au Maroc, au Sénégal et en Côte d’Ivoire.
👉 Modèles à l’international : Corée du Sud, États-Unis, Europe
La Corée du Sud est perçue comme un modèle inspirant pour la jeunesse africaine. La Korea Africa Foundation mise sur la climate tech et l’agritech, deux secteurs où la technologie coréenne est avancée et où la demande africaine est forte. Du côté américain, c’est la culture de collaboration d’écosystème — accepter l’échec, partager les connaissances — qui retient l’attention, plus que les licornes elles-mêmes.
👉 Coopération continentale : promesse ou réalité ?
Malgré les disparités réglementaires et d’infrastructures, des convergences profondes existent. Weego a transposé son modèle du Sénégal au Maroc avec peu d’adaptations. La ministre marocaine a incubé 350 femmes africaines issues de 28 pays sur des projets technologiques communs. Pour tous les intervenants, la clé tient en quatre impératifs : former, financer, réguler et, surtout, coopérer.
🎵 Choix musicaux :
Second Line – Lyre le temps (feat. Original Pinettes Brass Band)
Djekafo -Mamani Keita, Nicolas Repac
💻 Réalisation : Guillaume Munier.