Circulation océanique majeure dans l’Atlantique et régulateur du climat mondial, l’Amoc pourrait diminuer de moitié d’ici à 2100, selon une récente étude. S’il ralentit encore davantage, les conséquences pourraient être dévastatrices, avec des hivers plus froids en Europe du Nord et des sécheresses au Sahel.

Pour commencer, il faut s’imaginer un immense système de plusieurs courants marins, dont le Gulf Stream, qui fait remonter les eaux chaudes des tropiques vers le nord, tel un tapis roulant. Une fois arrivées là-haut, ces eaux se refroidissent, plongent en profondeur, puis repartent vers le sud.

Ce mouvement qui brasse et redistribue la chaleur à l’échelle de la planète, c’est l’Amoc – acronyme anglais pour « Circulation méridienne de retournement de l’Atlantique ». Son débit est colossal: environ dix fois celui de tous les fleuves du monde réunis.

Flux d'eau dans l'Atlantique Nord, colorés en fonction de la température de surface de l'eau. Le Gulf Stream est visible en orange sur la côte est de la Floride. Au nord-est de la Floride, le courant se divise en plusieurs petits tourbillons et se mélange avec de l'eau plus fraîche venant du nord, formant la dérive nord atlantique. [©NASA] Flux d’eau dans l’Atlantique Nord, colorés en fonction de la température de surface de l’eau. Le Gulf Stream est visible en orange sur la côte est de la Floride. Au nord-est de la Floride, le courant se divise en plusieurs petits tourbillons et se mélange avec de l’eau plus fraîche venant du nord, formant la dérive nord atlantique. [©NASA]

Mais l’Amoc pourrait ralentir de 51% d’ici à la fin du siècle -dans un scénario d’émissions de gaz à effet de serre médian- selon un papier publié dans la revue Science Advances par une équipe de recherche de l’Université de Bordeaux (sud-ouest) et du Centre national de Recherche scientique (CNRS).

On se rapproche plus d’un état critique qui est inquiétant

Valentin Portmann, docteur en climatologie et auteur principal de l’étude

Jusqu’à présent, les modèles climatiques prédisaient une diminution de 32% en moyenne. « On a obtenu une estimation du ralentissement de l’Amoc futur qui est plus grave que ce à quoi on s’attendait », a commenté Valentin Portmann, docteur en climatologie et auteur principal de l’étude.

Avec cette estimation, « on se rapproche plus d’un état critique qui est inquiétant », a ajouté cet analyste de données, qui travaille aujourd’hui dans l’autopartage.

D’ici à la fin du siècle, l’Amoc devrait perdre en intensité sous l’influence du changement climatique, qui réchauffe les eaux de surface et augmente ainsi la stratification de l’océan en couches plus difficiles à mélanger.

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Températures et niveau de la mer

Un effondrement de l’Amoc (soit un ralentissement de plus de 80% du débit) aurait des conséquences catastrophiques pour la planète. Cela voudrait dire que les courants marins ne remonteraient plus les eaux chaudes depuis les tropiques vers le nord de l’Atlantique.

Les hivers seraient alors beaucoup plus froids en Europe du Nord, alors que des sécheresses dévastatrices frapperaient le Sahel, ce qui aurait un impact considérable sur les cultures et la sécurité alimentaire. Il y aurait aussi une hausse du niveau de la mer et plus grave encore une baisse de la capacité de l’océan à capter le CO2.

Débats au sein de la communauté scientifique

Dans leur 6e rapport de 2021, les experts du climat du Giec jugeaient « très peu probable » un effondrement de l’Amoc au XXIe siècle – avec un degré de confiance « moyen »–, tout en affirmant qu’un « affaiblissement substantiel » restait « un scénario physiquement plausible ».

« Il y a une sorte de consensus sur le fait que cette circulation ralentisse. Mais il y a encore pas mal de débats sur l’intensité de ce ralentissement », décrit Florian Sévellec, directeur de recherche au CNRS à Brest. L’article de Science Advances essaie d' »affiner cette estimation du ralentissement futur » et de « réduire l’incertitude », décrit le chercheur.

Saluant une étude « intéressante », Fabien Roquet, professeur d’océanographie physique à l’Université de Göteborg (Suède) a appelé à rester prudent car une autre équipe a conclu le contraire, l’an dernier, « en s’appuyant sur une méthode similaire ».

« Le débat n’est pas clos. Un papier ne ferme pas un débat scientifique », confirme Florian Sévellec. « Dans notre domaine, c’est le rapport du Giec qui établit l’état de l’art à un instant donné. »

Sujet radio: Foued Boukari

Adaptation web: Julie Liardet avec ats