La Banque européenne d’investissement vient d’annoncer un financement de 75 millions d’euros en faveur du fabricant sud-africain Biovac, qui veut produire des vaccins de bout en bout en Afrique. Un objectif ambitieux sur un continent qui importe encore plus de 95% de ses vaccins.

La Banque européenne d’investissement a annoncé le jeudi 16 avril un apport en quasi-fonds propres de 75 millions d’euros pour financer un projet d’usine de production bout en bout de multi-vaccins porté par le sud-africain Biovac. Soutenu par une garantie de la Commission européenne et complété par un prêt senior de 20 millions USD (environ 16,94 millions d’euros) de la Société financière internationale (SFI), cet investissement accompagne les ambitions de souveraineté sanitaire africaine.

Fondée en 2003 dans le cadre d’un partenariat avec Pretoria, Biovac a déjà livré plus de 450 millions de doses de vaccins à travers l’Afrique australe, dont les vaccins anti-Covid produits pour le compte de l’Union africaine en partenariat avec Pfizer et BioNTech. Détenue à 47,5 % par deux agences publiques sud-africaines, la société basée au Cap alimente aujourd’hui le programme de vaccination infantile de l’Afrique du Sud contre la tuberculose, le tétanos et d’autres maladies.

Laboratoire de pointe et usine inédite

Longtemps cantonnée au remplissage-finition, dernière phase de la chaîne de fabrication, l’entreprise remonte progressivement depuis quelques années vers l’amont du processus industriel. Cette montée en gamme s’est matérialisée en novembre 2025, avec l’inauguration d’un laboratoire de développement de produits à la pointe de la technologie, soutenu par la Fondation Gates, l’Union européenne et le gouvernement allemand. Cet outil industriel confère à Biovac une capacité d’innovation inédite sur le continent, en témoigne l’essai clinique d’un vaccin oral contre le choléra qui y est réalisé depuis l’année dernière, une première en Afrique depuis cinquante ans.

Prévue pour être achevée en 2028, soit à la même échéance que l’essai clinique en cours chez Biovac, cette première usine africaine intégrée de production multi-vaccins livrera en priorité le vaccin oral contre le choléra. Elle pourra élargir sa gamme à la poliomyélite injectable (IPV), au pneumocoque (PCV) et à la méningite à méningocoque (MenX).

La capacité de production annuelle annoncée, 30 à 40 millions de doses, permettrait de couvrir environ 40% du déficit mondial d’approvisionnement en vaccin contre le choléra. 82% des cas de cette maladie et 93,5% des décès sont enregistrés sur le continent africain, selon les données du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).

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« La Banque européenne d’investissement est très fière de soutenir la production de vaccins en Afrique, pour l’Afrique, dans ce qui sera la première installation de ce type sur le continent. Cela permettra de sauver des vies : en protégeant des millions d’enfants contre des maladies graves et en donnant aux scientifiques et aux professionnels de santé les moyens de protéger leurs propres communautés », explique sa présidente Nadia Calviño.

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Malgré son importance, le nouveau projet de Biovac reste pourtant une exception dans un paysage industriel africain qui accuse un retard considérable. Selon un rapport de l’OMS sur le marché mondial des vaccins publié en novembre 2025, la région africaine s’approvisionne à moins de 5 % auprès d’entreprises dont le siège se trouve sur le continent, là où l’Asie du Sud-Est assure 89 % de ses besoins en vaccins auprès de producteurs régionaux.

Cette dépendance aux industriels étrangers tient notamment à un déséquilibre que les annonces d’investissement peinent à corriger. Selon une étude coréalisée par Africa CDC et publiée en octobre 2024, si la capacité de remplissage-finition atteint déjà 1,4 milliard de doses projetées pour 2030, la production du principe actif ne dépasse pas 61 millions de doses annuelles. L’essentiel de cette capacité amont porte par ailleurs sur les vaccins ARNm, dont les débouchés commerciaux restent très limités.

Le risque d’une coordination insuffisante entre projets est bien réel. Le même rapport pointe en effet le danger d’investissements dupliqués dans certains segments et sous-dimensionnés dans d’autres, au détriment de la viabilité commerciale des fabricants. Sur les 25 producteurs actifs recensés en juin 2024, seuls 5 disposent d’installations à échelle commerciale avec des transferts de technologie signés ou en cours. Entre 2025 et 2030, trois fabricants africains sont attendus sur neuf vaccins distincts avec une préqualification de l’OMS à la clé, mais les contrats de vente peinent à se mettre en place.

Les gouvernements africains achètent encore massivement hors du continent, et leurs décisions d’approvisionnement restent peu coordonnées. En mai 2024, des ministres de la Santé ont bien pris l’engagement d’orienter leurs achats vers des vaccins fabriqués en Afrique, en marge de l’Assemblée mondiale de la Santé. L’enjeu est de transformer ces déclarations en commandes fermes, car sans demande garantie, aucune usine, aussi bien financée soit-elle, ne peut assurer sa viabilité à long terme.