Le Ghana a relancé son unique raffinerie de pétrole, celle de Tema, « après plusieurs années d’inactivité ». Dans un communiqué de presse rendu public le week-end dernier, la société qui gère l’installation indique que les opérations de raffinage ont repris le vendredi 19 décembre dernier. Le redémarrage de cette installation stratégique ne marque toutefois qu’une première étape dans la remise à niveau de la raffinerie de pétrole de Tema (TOR).
Mise en service en 1963, TOR est la première raffinerie du Ghana et l’une des premières du continent. A son apogée, à la fin du XXème siècle, elle contribuait jusqu’à 5% du PIB ghanéen, rappelle Duncan Amoah, secrétaire exécutif de la Chambre des consommateurs de pétrole (COPEC). Mais l’accumulation de dettes, le vieillissement progressif des infrastructures et un incendie survenu en 2017, ont fini par entraîner l’arrêt prolongé des activités.
Montée en puissance séquencée
La relance actuelle s’inscrit dans une trajectoire volontairement graduelle. La nomination par le gouvernement d’une nouvelle équipe dirigeante en mai dernier, conduite par Edmond Kombat, a coïncidé avec le lancement des travaux de maintenance sur l’unité de distillation du pétrole brut (CDU). Menées entre le 1er août et le 30 octobre derniers, ces opérations ont permis de rétablir l’intégrité technique de l’unité, préalable indispensable à toute reprise durable.
Depuis le redémarrage, la raffinerie fonctionne à un rythme d’environ 28 000 barils par jour, avec l’ensemble des flux de produits désormais dirigés vers les capacités de stockage du site, une première depuis plusieurs années. D’autres opérations d’optimisation sont programmées, notamment l’intégration prochaine d’un nouveau four au sein de la CDU, ainsi que l’installation d’un refroidisseur à air. L’objectif est d’atteindre, dans un premier temps, la capacité nominale historique de 45 000 barils par jour, avant d’engager une phase d’extension visant 60 000 barils quotidiens, soit l’équivalent de près de 60% d’une demande intérieure estimée à 100 000 barils par jour.
Contraintes environnementales et financement
Chaque année, ce sont plus de 8,5 milliards d’euros (10 milliards de dollars) que le Ghana consacre à ses importations de produits pétroliers, une facture appelée à diminuer avec la montée en puissance de TOR. Cette promesse ne pourra toutefois se concrétiser sans de nouveaux investissements significatifs dans l’installation, notamment afin de garantir certaines normes environnementales. C’est du moins l’avis de M. Amoah, selon lequel les unités actuelles ne permettent de produire que des carburants affichant des teneurs en soufre largement supérieures aux normes désormais appliquées au Ghana.
D’après les explications qu’il a fournies lundi 29 décembre sur la chaîne de télévision locale TV3, et relayées par le média local Graphic Online, la majorité des véhicules en circulation sont aujourd’hui conçus pour consommer des carburants avec une teneur en soufre comprise entre 10 et 50 parties par million. Or, les installations actuelles de TOR ne permettent de descendre qu’à des niveaux avoisinant 1 500 ppm. Une part significative de la production issue du redémarrage de TOR ne pourra donc pas être absorbée par le marché domestique et sera, dans un premier temps, exportée notamment vers des pays sahéliens où les normes sur la qualité des carburants restent moins strictes.
Pour inverser cette équation, des investissements lourds sont jugés indispensables. Duncan Amoah évoque la nécessité d’installer une unité de désulfuration, dont le coût est estimé à environ 127 millions d’euros, afin de ramener la teneur en soufre des produits raffinés à des niveaux compatibles avec les standards nationaux. À cela s’ajouterait la mise en place d’une nouvelle unité de reformage, évaluée entre 21 et 42 millions d’euros, destinée à améliorer la qualité de l’essence et à satisfaire aux niveaux requis sur le marché ghanéen.
Le secrétaire exécutif de la COPEC plaide pour le recours à de nouveaux investisseurs, via un partenariat public-privé, pour mobiliser les fonds nécessaires à ces travaux. De son côté, la société chargée de la raffinerie n’a pas détaillé le coût des derniers travaux de redémarrage, ni les investissements restants à réaliser selon son plan de croissance. Aucune remise à niveau pour satisfaire des normes environnementales n’est par ailleurs mentionnée à ce stade. D’autres questions restent en suspens, comme la gestion de la dette de l’entreprise.
En attendant, le Ghana doit continuer de composer avec des importations, provenant en partie du Nigeria. Grand producteur de pétrole en Afrique, le Nigeria dispose depuis peu d’une raffinerie géante mise en service par le milliardaire Aliko Dangote. L’installation a expédié jusqu’à 27 000 barils par jour de produits pétroliers vers le Ghana cette année, ce qui fait de la Fédération le premier fournisseur du pays.