Réunis à Washington, les ministres des Finances d’Afrique de l’Est ont relancé la coordination autour du projet ferroviaire régional, tandis que Kampala avance sur le montage financier en s’appuyant sur une banque américaine.
L’Ouganda remet sur la table le financement de son projet de chemin de fer à écartement standard (SGR), dans un cadre désormais plus structuré au niveau régional. Le jeudi 16 avril à Washington, en marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, les ministres des Finances du Kenya, du Rwanda et de l’Ouganda ont affiché une volonté commune d’accélérer ce dossier, en faisant de la mobilisation des financements une priorité partagée.
Citibank à la manœuvre
Dans ce contexte, Kampala a confirmé avoir mandaté l’américain Citibank comme arrangeur principal et coordinateur des financements nécessaires à la construction de la ligne entre Malaba, à la frontière kényane, et la capitale Kampala. Longue de 270 kilomètres, cette section constitue le cœur du projet ougandais. « L’Ouganda a également contracté Citibank pour agir en tant qu’arrangeur principal et coordinateur du financement requis », a précisé le secrétaire permanent au Trésor, Ramathan Ggoobi.
Le choix d’une banque internationale pour structurer le financement intervient après plusieurs années d’incertitudes. Evalué à environ 3,19 milliards USD (environ 2,7 milliards d’euros), le projet nécessite un montage financier conséquent, que les autorités cherchent désormais à sécuriser en diversifiant leurs partenaires. Des discussions ont été engagées avec la Banque mondiale, dont les équipes ont indiqué examiner les possibilités d’appui au projet.
Un projet relancé après l’abandon du schéma initial
Le recours à l’américain Citibank s’inscrit dans une séquence de relance après l’échec du montage initial. En 2015, la construction du SGR avait été confiée à la China Harbour Engineering Company, avec l’hypothèse d’un financement à mobiliser auprès du gouvernement chinois. Ce schéma n’ayant pas abouti, Kampala a mis fin au contrat.
Une nouvelle phase s’est ouverte en octobre 2024 avec la signature d’un contrat avec le groupe turc Yapi Merkezi, chargé de la réalisation de la ligne entre Malaba et Kampala. Cette réorganisation distingue désormais plus clairement les volets technique et financier du projet, le second étant confié à un arrangeur chargé de structurer et coordonner les différentes sources de financement.
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Parallèlement, les autorités ougandaises indiquent avoir réalisé des avancées dans l’acquisition des emprises foncières, un point souvent sensible dans les projets d’infrastructures. Des échanges ont également eu lieu avec des responsables de Citibank, notamment avec son directeur en charge des financements export et agences, afin de faire le point sur l’état d’avancement de la mobilisation des fonds.
Une coordination régionale comme condition de viabilité
La réunion de Washington a surtout permis de réaffirmer la dimension régionale du SGR. Le Kenya, dont le réseau relie déjà le port de Mombasa à Nairobi puis à Naivasha, a indiqué poursuivre ses efforts pour étendre la ligne vers la frontière ougandaise. « Il est nécessaire de renforcer la coopération entre les États partenaires pour garantir la viabilité du projet », a souligné le ministre kényan des Finances, John Mbadi.
Le Rwanda a, pour sa part, affirmé sa disponibilité à prolonger ultérieurement la ligne depuis la frontière ougandaise, mettant en avant les gains attendus en matière de connectivité, de commerce et d’investissement. Cette articulation progressive des différents tronçons reste un élément central du projet, dans la mesure où la rentabilité du SGR dépend en grande partie de son intégration à un réseau régional cohérent.
Du côté ougandais, les autorités insistent sur cette logique collective. « La viabilité de ce SGR dépend de l’engagement de tous », a déclaré le ministre d’État aux Finances, Henry Musasizi, ajoutant que Kampala prévoit d’étendre la ligne vers les frontières du Rwanda et de la République démocratique du Congo à plus long terme. L’objectif affiché est de créer un corridor ferroviaire capable de desservir plusieurs pays enclavés d’Afrique de l’Est et centrale.
Pour Kampala, le SGR reste un projet structurant, destiné à réduire les coûts de transport de marchandises, améliorer la connectivité régionale et renforcer la compétitivité commerciale du pays. Sa concrétisation dépend désormais de la capacité à finaliser un montage financier crédible et à coordonner les différents segments du projet à l’échelle régionale, dans un environnement où les conditions de financement demeurent plus exigeantes qu’au cours de la décennie précédente.