Avec une concurrence accrue pour l’accès à de nouvelles réserves, les compagnies pétrolières réinvestissent des zones encore peu explorées. Portée par des similitudes géologiques avec certains bassins producteurs, la façade atlantique africaine s’impose à nouveau comme un terrain stratégique.

La semaine dernière, le Brésilien Petrobras a franchi une nouvelle étape dans son retour en Afrique, en prenant le contrôle d’un bloc offshore à São Tomé-et-Príncipe, acquis à 75 % auprès du Nigérian Oranto Petroleum. L’opération, qui lui confère également le rôle d’opérateur, s’inscrit dans une stratégie explicite de reconstitution des réserves et de redéploiement international. Aucune des parties concernées par l’accord n’a évoqué le montant de l’opération.

Un changement de contrôle structurant

Le bloc 3 était détenu à 90% par Oranto, qui en assurait l’exploration aux côtés de l’Agence nationale du pétrole de São Tomé-et-Príncipe (ANP-STP), détentrice de 10% des parts. À l’issue de la transaction, Petrobras détiendra ainsi 75 % des parts et prendra la direction des opérations, Oranto conservera 15% et l’ANP-STP maintenant sa participation. La finalisation reste conditionnée aux approbations réglementaires.

La prise du statut d’opérateur constitue le point clé du mouvement. Elle donne à Petrobras la maîtrise des décisions techniques, du calendrier d’exploration et de l’allocation des investissements. Le groupe passe ainsi d’une logique de présence à une logique de pilotage, avec un contrôle direct sur la valorisation du permis.

Cette acquisition s’inscrit dans le plan d’affaires 2026-2030 du groupe, qui fait de la reconstitution des réserves un axe central. Petrobras dispose de 11,4 milliards de barils équivalent pétrole de réserves prouvées et d’une production d’environ 3 millions de barils par jour. Dans ce cadre, l’ouverture de nouvelles frontières d’exploration apparaît comme un levier pour compenser le déclin attendu de certains actifs matures après 2030.

Le groupe cible en particulier des zones présentant des similitudes géologiques avec les bassins pré-salifères brésiliens, à l’origine de son essor domestique. La façade atlantique africaine s’inscrit dans cette logique, avec des structures géologiques jugées comparables.

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Un retour progressif et structuré

L’opération confirme le retour progressif de Petrobras sur le continent depuis 2024. Après s’être retiré dans les années 2010 sous l’effet d’un endettement élevé, de la chute des prix du pétrole et des conséquences du scandale Lava Jato, le groupe a restauré ses capacités financières et relancé sa stratégie internationale.

Depuis, il a constitué un portefeuille en Afrique à travers plusieurs prises de participation. À São Tomé-et-Príncipe, il détient déjà des intérêts dans d’autres blocs offshore. Il s’est également positionné en Namibie dans le cadre d’un partenariat, ainsi qu’en Afrique du Sud sur un permis en eaux profondes. Des initiatives ont été engagées en Angola et en Côte d’Ivoire, tandis que des discussions exploratoires sont en cours au Nigeria.

Cette montée en puissance traduit une stratégie structurée de réimplantation sur des zones encore peu développées, mais à potentiel. Elle survient dans un contexte où les bassins offshore profonds d’Afrique de l’Ouest attirent un nombre croissant d’acteurs, renforçant la compétition pour l’accès aux ressources.

Un actif test pour la stratégie africaine de Petrobras

Pour Oranto, la cession partielle du bloc s’inscrit dans un modèle éprouvé consistant à attirer des partenaires disposant de capacités techniques et financières pour développer les permis. La société conserve une participation minoritaire, tout en transférant le pilotage opérationnel. L’aboutissement de la transaction dépend des validations réglementaires à São Tomé-et-Príncipe.

Au-delà, l’enjeu pour Petrobras sera de transformer ce positionnement en découvertes exploitables. L’exploration offshore profond reste une activité coûteuse et incertaine, où les résultats ne sont jamais garantis. Dans ce cadre, ce bloc constitue à la fois un point d’ancrage et un test pour la stratégie africaine du groupe. Sa capacité à convertir ces positions en nouvelles réserves conditionnera la solidité de son redéploiement international et sa trajectoire de production à l’horizon de la prochaine décennie.