L’Éthiopie a mis en avant ses zones économiques spéciales (ZES) comme un outil central de sa stratégie d’attraction des capitaux étrangers. La délégation, composée notamment du Dr Fisseha Yitagesu, directeur général de l’Industrial Parks Development Corporation (IPDC), et de Motuma Temesgen, directeur de la ZES de Gada, a présenté les dispositifs mis en place : infrastructures logistiques, un cadre réglementaire simplifié et des services intégrés destinés aux investisseurs.
La ZES de Gada, située à proximité d’Addis-Abeba, offre un environnement industriel structuré, avec des services de base fiables, des incitations fiscales allant jusqu’à 15 ans et un guichet unique. Elle cible prioritairement la fabrication, l’agro-industrie et les technologies vertes, en cohérence avec les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA).
Les entreprises européennes présentes, dont Africa Global Logistics et Systra, ont exprimé leur intérêt pour ces projets. Le forum s’inscrit dans le prolongement de l’initiative Global Gateway lancée en 2021, qui vise à promouvoir des investissements durables et à renforcer la coopération économique avec l’Afrique. Un accord signé en octobre 2025 entre l’Union européenne et l’Éthiopie prévoit un financement de 120 millions d’euros pour la modernisation du réseau électrique, avec la participation de l’UE, de la France et de l’Agence française de développement (AFD).
Sous la Homegrown Economic Reform Agenda, l’Éthiopie a engagé des réformes visant à améliorer le climat des affaires et à renforcer la confiance des investisseurs. Le pays a enregistré 3,5 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en 2024 et vise 5 milliards d’ici 2026. L’Union européenne y voit un partenaire capable de contribuer à la diversification des chaînes d’approvisionnement et au développement industriel du continent.
L’aéroport de Bishoftu, un projet d’envergure régionale
Le développement du nouvel aéroport international de Bishoftu, situé à 40 kilomètres d’Addis-Abeba, a occupé une place importante dans les discussions. Évalué à 10 milliards de dollars, le projet est porté par Ethiopian Airlines et soutenu par la Banque africaine de développement (BAD) et des partenaires internationaux. La première phase, prévue pour 2029, portera la capacité à 110 millions de passagers par an. L’ensemble comprend également une ville aéroportuaire estimée à 7,8 milliards de dollars, dont les travaux ont débuté en octobre 2025.
Ce programme vise à renforcer la compétitivité d’Ethiopian Airlines et à soutenir les exportations vers l’Europe, notamment dans les secteurs du café, des fleurs et du textile, évaluées à près de 2 milliards d’euros par an.
Sur le plan géoéconomique, le projet illustre la coexistence des influences chinoises et européennes en Éthiopie. Pékin a déjà financé plusieurs infrastructures majeures, dont la ligne ferroviaire Addis-Djibouti et des parcs industriels, dans le cadre de l’initiative Belt and Road. L’Union européenne, de son côté, cherche à consolider sa présence à travers des projets axés sur la durabilité et la gouvernance économique.
Une coopération rééquilibrée
En marge du forum, des entretiens bilatéraux ont eu lieu entre Ahmed Shide, ministre éthiopien des Finances, et Nicolas Forissier, délégué français au Commerce extérieur. Les échanges ont porté sur la coopération en matière d’énergies renouvelables, d’infrastructures et de transformation numérique. Le ministre éthiopien a salué la contribution de la France à la restructuration de la dette de son pays, dans le Cadre Commun du G20 présidé par Paris.
Le ministre des Affaires étrangères, Dr Gedion Timotheos, a également rencontré ses homologues français et européens afin de renforcer la coordination en matière d’investissements privés. Les deux parties ont convenu de poursuivre les discussions lors de la visite de Nicolas Forissier à Addis-Abeba, prévue en mai 2026.
Ce forum illustre la volonté croissante de l’Union européenne de repositionner sa relation économique avec l’Afrique sur des bases plus partenariales. L’Éthiopie, avec une population de 130 millions d’habitants, un potentiel industriel élevé et un programme de réformes en cours, s’impose comme un acteur central de cette nouvelle dynamique. L’événement organisé par MEDEF International ouvre la voie à une coopération plus étroite, à la veille de la Conférence Afrique–Union européenne prévue au Kenya en avril 2026.