L’Égypte antique laisse derrière elle quantité de corps embaumés
qui dorment encore dans les réserves européennes. Certains
attendent parfois très longtemps avant que la science moderne ne
leur prête attention. C’est aujourd’hui le cas de la momie d’un
enfant égyptien, dont l’examen vient de lever un pan entier de
mystère.

La momie d’un enfant égyptien longtemps oubliée en Pologne

Le musée de l’Archidiocèse de Wrocław conserve ce corps depuis
1914, mais ses archives d’origine ont disparu pendant la Seconde
Guerre mondiale. L’historienne Agata Kubala et ses collègues de
l’université de Wrocław ont relancé le dossier en 2023 en lançant
la première analyse complète de la dépouille. L’équipe a combiné
tomodensitométrie et radiographie pour observer l’intérieur sans
ouvrir le cercueil de carton peint, appelé cartonnage. Le petit
défunt vivait en Égypte sous la période ptolémaïque, entre 332 et
30 avant notre ère.

L’enfant avait environ huit ans à sa mort. Les scientifiques
l’ont estimé à partir de l’état de ses dents, aucun indice clair de
maladie ou de traumatisme n’apparaissant sur le squelette. Le
cartonnage porte des rosettes, un scarabée ailé et des lotus qui
orientent vers le sud du pays, près de Kom Ombo ou d’Assouan. Une
divinité hybride transportant une momie pourrait représenter
Nehebkau, un dieu-serpent primordial de la
mythologie égyptienne
.

Ce garçon provenait probablement d'une famille de la classe moyenne à l'époque ptolémaïque. © Marzena Ożarek-Szilke / Université de
Wrocław

Ce garçon
provenait probablement d’une famille de la classe moyenne à
l’époque ptolémaïque.

Des organes retirés par des voies inhabituelles

L’imagerie 3D montre que les embaumeurs ont extrait le cerveau
par la voie nasale, comme le voulait la tradition. En revanche, ils
ont sorti les organes internes par le rectum, un chemin peu
documenté et rarement décrit dans les tombes de cette époque. Les
praticiens ont ensuite rempli partiellement la cavité avec des
textiles, sans recourir à une grande quantité de résine.

Ces choix, ni entièrement conformes ni radicalement atypiques,
trahissent selon l’équipe un rite funéraire destiné à une famille
aisée mais pas royale. Les images obtenues éclairent aussi le
contenu du cartonnage peint. L’iconographie privilégie des
divinités protectrices de l’enfance et du passage vers l’au-delà,
un choix cohérent avec la jeunesse du défunt. L’étude paraît dans
Digital Applications in Archaeology
and Cultural Heritage
, une revue spécialisée dans l’application
du numérique à l’archéologie. D’après le communiqué de l’université de Wrocław, cette
analyse offre aussi un matériau inédit pour comparer ce cas à
d’autres momies ptolémaïques conservées en Europe.

Un objet énigmatique posé sur la
poitrine

Parmi les surprises livrées par le scanner figure un petit objet
inconnu placé à hauteur du thorax. Son contour reste difficile à
identifier, même en haute résolution, car la superposition des
tissus et des matériaux brouille l’image. Les chercheurs avancent
plusieurs hypothèses, dont celle d’un papyrus enroulé portant
peut-être le nom ou l’identité du défunt. Un tel document
éclairerait enfin l’origine de ce corps privé d’archives. Dans les

rites funéraires ptolémaïques
, les textes glissés près du corps
servaient parfois de guide spirituel pour l’au-delà.

Une manipulation directe de l’objet reste trop risquée, tant
l’état de conservation exige de précaution. L’équipe envisage
désormais de tester des techniques d’imagerie capables de lire
l’intérieur du rouleau sans le dérouler, à l’image de ce qui se
fait déjà sur certains textes d’Herculanum. Cette momie d’un enfant
égyptien pourrait alors enfin livrer son nom, après des décennies
d’anonymat forcé.