Société

L’écrivain Kamel Daoud, prix Goncourt 2024, a été condamné par contumace à trois ans de prison ferme en Algérie pour son roman Houris. La justice lui reproche d’avoir enfreint la loi interdisant l’évocation de la guerre civile et de s’être approprié le récit de vie d’une victime.

Publié le 22 avril 2026 à 15h41

L'écrivain et prix Goncourt 2024 Kamel Daoud a été condamné à trois ans de prison ferme par contumace par la justice algérienne. Photo © Lionel Urman/SIPA

L’écrivain et prix Goncourt 2024 Kamel Daoud a été condamné à trois ans de prison ferme par contumace par la justice algérienne. Photo © Lionel Urman/SIPA

L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, lauréat du prix Goncourt 2024, a annoncé mercredi 22 avril sur son compte X (ex-Twitter) sa condamnation par la justice algérienne à une peine de trois ans de prison ferme. Cette sentence fait suite à la publication de son roman « Houris », consacré aux traumatismes de la guerre civile algérienne.

Le verdict, rendu le 21 avril à la suite d’un procès tenu début avril 2026, assortit la peine de prison d’une amende de cinq millions de dinars algériens, soit environ 32 000 euros. L’auteur est poursuivi en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Ce texte législatif interdit toute évocation publique des crimes commis durant la « décennie noire » (1992-2002), un conflit civil entre le gouvernement algérien et des groupes islamistes ayant fait environ 200 000 morts. « Dix ans de guerre […] et un seul coupable : un écrivain », a réagi M. Daoud sur son réseau social.

Une œuvre au cœur d’une bataille judiciaire

« Houris » retrace le destin d’Aube, une jeune femme rendue muette après avoir eu la gorge tranchée par un islamiste en 1999. Si l’ouvrage a connu un immense succès critique en France, il est interdit de publication en Algérie.
Au-delà de la censure politique, l’écrivain est également au centre d’une vive polémique personnelle. Une rescapée de la guerre civile, Saâda Arbane, accuse Kamel Daoud d’avoir utilisé son histoire personnelle sans son consentement. Suivie médicalement par l’épouse de l’écrivain, la psychiatre Aïcha Dahdouh, Mme Arbane estime avoir été « trahie » et dénonce une violation du secret médical.

Plusieurs procédures judiciaires en cours

L’écrivain, qui vit aujourd’hui en France, fait face, en plus de sa condamnation pour infraction à la loi sur la réconciliation nationale, à deux procédures distinctes : l’une pour atteinte à la vie privée engagée sur le sol français, et l’autre en Algérie pour violation du secret médical. Kamel Daoud et sa maison d’édition, Gallimard, rejettent fermement ces accusations, défendant une « œuvre d’imagination » inspirée de faits historiques et criminels de notoriété publique.

Fait unique dans l’histoire algérienne : le verdict du procès du 7 avril 2026 est tombé le 21 avril courant.
Je suis condamné à trois ans de prison ferme et à cinq millions de dinars algériens d’amende, en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. pic.twitter.com/oySQCNFgGI

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— kamel DAOUD (@daoud_kamel) April 22, 2026