La filière avicole ivoirienne est l’une des plus avancées dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Mais si le pays est quasiment autosuffisant en viande de volaille, des défis demeurent.
En Côte d’Ivoire, un nouveau foyer de grippe aviaire hautement pathogène de souche H5N1 a été signalé dans une exploitation avicole située à Koun-Fao, dans la région du Gontougo au centreest du pays, non loin de la frontière ghanéenne. Selon les détails relayés le 6 avril par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), l’infection a déjà tué environ 95 000 têtes de volailles, alors que son origine demeure inconnue.
De mauvais souvenirs
Ce nouveau foyer survient dans un secteur avicole ivoirien qui figurait parmi les rares en Afrique de l’Ouest à ne plus avoir enregistré d’épisode majeur depuis 5 ans. La première apparition du H5N1 dans le pays remonte à 2005, avant une nouvelle vague en 2015, puis l’épisode plus récent de 2021 où un foyer avait été détecté à Mondoukou dans le Département de Grand-Bassam.
Ces différentes crises sanitaires ont durement affecté la filière. En 2021, plus de 600 000 têtes de volailles ont été abattues et détruites dans le cadre de la lutte contre la grippe aviaire, tandis que les épizooties de 2005 et 2015 avaient déjà entraîné des pertes cumulées de 13 milliards FCFA (environ 19,8 millions d’euros) selon des chiffres officiels Face à ces chocs, le gouvernement a progressivement structuré sa réponse.
En 2021 par exemple, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) ont appuyé le pays dans la mise en œuvre d’interventions d’urgence via la cellule ECTAD (Emergency Centre for Transboundary Animal Diseases), pour renforcer le dispositif de surveillance, former les vétérinaires, équiper les laboratoires et appuyer les enquêtes de terrain.
Par ailleurs, l’exécutif a adopté durant la même année, un plan spécifique de lutte contre la grippe aviaire, doté d’une enveloppe de plus de 979 millions FCFA (environ 1,5 million d’euros) visant à financer la surveillance, la biosécurité, les campagnes de sensibilisation et certaines mesures de compensation.
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Un test pour une filière en pleine expansion
Pour l’instant, il est encore trop tôt pour déterminer si ce cas constitue un incident isolé ou le point de départ d’une vague plus large. Mais déjà, les analystes estiment qu’une réapparition de la grippe aviaire représente une nouvelle épreuve un secteur avicole considéré comme l’un des plus dynamiques de la région ouest-africaine.
Portée par une demande croissante en viande de volaille et en œufs, la filière a connu une expansion rapide au cours de la dernière décennie, avec une modernisation progressive des élevages, l’essor de chaînes intégrées et l’émergence d’acteurs industriels structurés. Selon les données de l’Interprofession avicole ivoirienne (Ipravi), entre 2010 et 2024, la production de viande de volaille est passée de 23 000 à 114 000 tonnes, alors que le chiffre d’affaires à bondi de 80 milliards FCFA (environ 122 millions d’euros) à 450 milliards FCFA (environ 686 millions d’euros).
D’après les statistiques officielles, cette dynamique permet au pays d’assurer entre 95 et 98 % de ses besoins en viande de volaille. Dans un contexte où la filière volaille génère près de 300 000 emplois directs selon l’IPRAVI et contribue fortement à la sécurité alimentaire, les mesures techniques de riposte en matière de biosécurité seront étroitement suivies par l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.
Pour rappel, le deuxième plan stratégique de développement du secteur avicole ivoirien (20212030) projette une augmentation de l’offre locale de viande de volaille et d’œufs de consommation, à respectivement 200 000 tonnes et 3,2 milliards d’unités, soit 6,2 kg de viande ainsi que 100 œufs par habitant et par an.