Une visite qui consolide un cadre déjà existant
Un accord policier à portée opérationnelle
Le contexte : des filières criminelles qui ne sont plus locales
Hammouchi et le modèle de coopération extérieure
L’Espagne, pivot intermédiaire
Un débat ouvert sur la dépendance et le renseignement
L’accord de sécurité entre le Maroc et la Suède s’inscrit dans une dynamique de longue date, même si elle se formalise désormais avec plus de visibilité. Il ne s’agit ni d’une initiative isolée ni d’une réaction ponctuelle.
Depuis des années, le Maroc consolide un réseau de coopération avec différents pays européens fondé sur l’échange de renseignements et sur des opérations qui, dans plusieurs cas, ont eu des effets directs sur la prévention des menaces sur le territoire européen.
Une visite qui consolide un cadre déjà existant
Comme l’a souligné notre collaborateur d’Atalayar, Mohamed Larbi, la visite d’Abdellatif Hammouchi en Suède les 20 et 21 avril 2026 a constitué le véritable pivot de ce rapprochement. Il ne s’agit pas seulement d’une signature protocolaire, mais de plusieurs réunions de travail avec des responsables suédois de premier plan.
À Stockholm, Hammouchi a rencontré le ministre de la Justice, Gunnar Strömmer, et la responsable de la police nationale, Petra Lundh. Les discussions ont porté sur les risques communs et la nécessité de consolider une coopération plus stable, moins dépendante d’accords ponctuels et davantage axée sur un travail continu.
Larbi souligne que l’objectif exprimé lors de ces réunions était précisément celui-ci : transformer la relation en un « partenariat stratégique durable », capable de répondre à des menaces qui ne sont plus locales mais transnationales.

Abdellatif Hammouchi a rencontré le ministre de la Justice, Gunnar Strömmer, et la responsable de la police nationale, Petra Lundh
Un accord policier à portée opérationnelle
Le cœur de la visite a été la signature d’un protocole entre le pilier DGSN-DGST et la police suédoise. Sur le papier, l’accord organise et structure ce qui fonctionnait déjà en partie : l’échange d’informations, la coordination policière et le soutien technique.
Mais sa portée est plus large. Elle inclut des domaines tels que le terrorisme, l’extrémisme violent, le crime organisé, les réseaux de trafic illicite et la cybercriminalité. Autrement dit, l’ensemble des menaces qui traversent aujourd’hui l’Europe sans frontière claire.
Selon les informations de Larbi, la partie suédoise aurait non seulement reconnu l’utilité du modèle marocain, mais serait même allée jusqu’à le qualifier de référence opérationnelle dans la région. Elle aurait même envisagé l’intégration du Maroc aux mécanismes européens de recherche de personnes recherchées, ce qui représente un saut qualitatif dans la coopération.
Le contexte : des filières criminelles qui ne sont plus locales
L’intérêt suédois ne peut s’expliquer sans tenir compte du contexte interne. Le pays nordique est confronté depuis des années à un problème croissant de criminalité organisée liée à des réseaux internationaux. Il ne s’agit pas uniquement de violence urbaine, mais de structures opérant entre les pays, avec une logistique répartie entre le sud de l’Europe et le nord.
Plusieurs enquêtes européennes ont identifié des itinéraires reliant des ports de la Méditerranée occidentale à des destinations en Scandinavie. On y trouve des nœuds en Espagne, en Belgique ou aux Pays-Bas, ainsi que des connexions indirectes avec l’Afrique du Nord.
Dans ce schéma, le Maroc n’apparaît pas comme un acteur périphérique, mais comme un point de contrôle important sur certains itinéraires de transit et pour l’obtention de renseignements opérationnels.

Abdellatif Hammouchi a rencontré la responsable de la police nationale, Petra Lundh
Hammouchi et le modèle de coopération extérieure
La figure d’Abdellatif Hammouchi apparaît de manière récurrente dans ce type d’accords. Non pas comme un élément de cérémonie, mais comme la pièce maîtresse d’une stratégie qui a façonné ce que certains analystes décrivent déjà comme une diplomatie du renseignement.
Sous sa direction, les services marocains ont étendu leur présence dans les réseaux de coopération avec l’Europe, l’Afrique et les organismes internationaux. L’objectif n’est pas seulement de partager des informations, mais de les intégrer dans des structures opérationnelles plus stables.
Ce type de coopération n’est pas nouveau. En 2019, des informations fournies par les services marocains ont été déterminantes pour démanteler des cellules djihadistes en Espagne liées à des réseaux du Sahel. Il ne s’agissait pas d’une opération isolée, mais d’une dynamique d’échange de renseignements qui s’est répétée ces dernières années.
En 2021, une autre opération conjointe entre le Maroc et l’Espagne a permis d’arrêter sur le territoire espagnol des individus radicalisés qui entretenaient des liens actifs avec l’étranger. Dans les deux cas, la logique était préventive plutôt que réactive : agir avant que les réseaux ne se consolident.
L’Espagne, pivot intermédiaire
Dans ce contexte, l’Espagne occupe une position intermédiaire difficile à remplacer. Non seulement en raison de sa proximité géographique, mais aussi parce que bon nombre des itinéraires criminels qui préoccupent les pays du nord traversent ou passent indirectement par le territoire espagnol.
Cela soulève une question qui commence à émerger dans le débat européen : si la coopération bilatérale entre les pays d’Europe du Nord et le Maroc s’intensifie, le rôle d’intermédiaire de l’Espagne pourrait évoluer, sans disparaître complètement, mais en perdant de son importance dans certains flux opérationnels.

Abdellatif Hammouchi
Pendant des années, les relations de sécurité du Maroc se sont concentrées sur la France et l’Espagne. Cet axe reste pertinent, mais s’est élargi à des pays qui, jusqu’à présent, étaient moins directement exposés aux menaces de la région méditerranéenne.
La Suède n’est pas un cas isolé, mais l’exemple d’un mouvement plus large : les pays d’Europe du Nord commencent à nouer des liens directs avec des acteurs du Sud en matière de sécurité.
Un débat ouvert sur la dépendance et le renseignement
Ce type d’accords ouvre également un débat délicat en matière de gouvernance. La dépendance croissante vis-à-vis des renseignements extérieurs soulève des questions sur le contrôle institutionnel, la transparence et les limites juridiques de la coopération.
Il s’agit de cadres rarement expliqués en détail, mais qui affectent la manière dont les enquêtes, la surveillance et la coordination judiciaire sont gérées au sein de l’Europe.
Tout indique qu’il ne s’agit pas d’un épisode isolé. La tendance semble indiquer une expansion de ce type d’accords, le Maroc renforçant son rôle dans des domaines tels que la cybersécurité, la migration et la criminalité transnationale.
L’accord avec la Suède, en ce sens, n’est pas un point de départ, mais la confirmation d’un processus plus large : une réorganisation progressive de la manière dont l’Europe articule sa sécurité externe et interne, avec des acteurs non européens intégrés de manière de plus en plus structurelle.