Les autorités de la Tanzanie négocient actuellement un prêt concessionnel pour financer l’extension du port de Dar es-Salaam. Selon les détails relayés par les médias locaux, l’enveloppe, dont le montant n’a pas été dévoilé, doit être allouée à la construction de quatre nouveaux postes d’amarrage.

Un financement stratégique

Avec cet investissement, le gouvernement entend augmenter les capacités opérationnelles du premier hub maritime du pays, pour lui permettre d’accueillir un plus grand nombre de navires de grande taille et améliorer sa cadence de manutention. L’objectif est de fluidifier les opérations et de renforcer la compétitivité logistique du pays sur les principaux corridors régionaux.

Ce projet s’inscrit dans la continuité d’un premier paquet de financements déjà mobilisé. En 2024, les autorités avaient annoncé un prêt global de 785 millions USD (environ 661,2 millions d’euros) obtenus auprès de la Banque mondiale, dont 305 millions USD (environ 257 millions d’euros) spécifiquement consacrés à l’extension du port de Dar es-Salaam. Les nouveaux travaux viendront compléter ces investissements en cours, notamment ceux du groupe émirati DP World, qui a décroché en octobre 2023 une concession de 30 ans sur quatre postes d’amarrage, et prévoit d’investir jusqu’à 1 milliard USD (environ 842,3 millions d’euros) sur la période, dans la modernisation de l’infrastructure et des services associés.

L’enjeu derrière ce soutien financier sollicité est de s’adapter à un trafic en forte croissance au niveau de cette plateforme portuaire, qui contrentre près de 90% des échanges internationaux du pays, tout en servant de porte d’entrée maritime pour plusieurs voisins. Dar es-Salaam a manutentionné un total de 27,7 millions de tonnes de marchandises en 2024/2025, soit environ 17 % de plus qu’en 2023/2024, une performance portée par des flux à destination ou en provenance des pays enclavés d’Afrique centrale et australe.

Le transit en lien avec la République démocratique du Congo (RDC) illustre bien cette tendance, avec des volumes qui ont doublé en un an, atteignant près de 6 millions de tonnes contre un peu moins de 3 millions précédemment. D’autres clients régionaux suivent la même trajectoire. Les cargaisons destinées à la Zambie ont atteint 3,5 millions de tonnes sur la période, tandis que le Rwanda a absorbé 1,7 million de tonnes.

Si depuis 2016, le trafic est en croissance notable au niveau du port de Dar es-Salaam, l’efficacité doit encore être renforcée pour faire face à la concurrence d’autres plateformes, comme celle de Maputo au Mozambique.

Un contexte de forte concurrence

La démarche de la Tanzanie entend ainsi s’adapter à un environnement régional concurrentiel, avec aussi le port de Mombasa au Kenya, longtemps considéré comme la principale porte d’entrée maritime pour l’Afrique de l’Est. Historiquement, Mombasa a dominé les flux de transit à destination de pays comme l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi ou le Soudan du Sud, grâce à des infrastructures rodées, une forte expérience opérationnelle et une perception de fiabilité par les opérateurs privés. En 2025, le fret transitant par cette plateforme portuaire a atteint 45,45 millions de tonnes, soit 10,9 % de plus qu’en 2024.

Aussi, le port de Mombasa se positionne aussi de plus en plus sur le trafic conteneurisé, avec 1,6 million EVP en 2023 devant Dar es-Salaam (820 000 EVP), et 2 millions EVP en 2025. Dans un tel contexte, les investissements engagés ou envisagés en Tanzanie visent à combler l’écart et capter une part accrue des flux régionaux.