En Afrique de l’Ouest, le Ghana, fait partie des plus gros consommateurs de tomates. Ce légume incontournable en milieu rural et urbain reste encore largement importé.

Au Ghana, le gouvernement a signé mi-avril un partenariat public-privé avec l’entreprise privée FarmMate Limited pour développer à grande échelle la production et la transformation de tomates.

Selon les informations relayées par la presse locale, l’accord permettra à la compagnie privée de faire passer sa superficie cultivée de 162 hectares actuellement à 16 200 hectares, avec un objectif ambitieux de 400 000 tonnes de tomates fraîches produites chaque année.

Ce projet englobe aussi la construction d’une unité de transformation dotée d’une capacité de traitement de 20 tonnes de tomates par heure, pour une production attendue de 200 000 tonnes de purée de tomate par an.

Dans le cadre de ce partenariat, l’État s’engage entre autres à fournir un environnement réglementaire et institutionnel favorable pour le développement de l’initiative qui devrait générer environ 300 000 emplois directs et indirects entre la production, la logistique, l’agrégation de l’offre, la transformation et la distribution.

« La mise en œuvre du programme réduira de manière significative la dépendance du Ghana aux importations, atténuera la volatilité des prix, réduira les pertes en période de surabondance et garantira la disponibilité en période de pénurie », indique Eric Opoku, ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture.

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Entre expansion de la consommation et dépendance du marché

Avec ce partenariat, l’objectif des autorités est clair : augmenter l’offre nationale afin de réduire les importations. En effet, dans l’ex-Gold Coast, la tomate occupe une place de plus en plus centrale dans l’alimentation ghanéenne. En quelques décennies, ce légume est devenu l’un des piliers des habitudes culinaires, représentant près de 40 % des dépenses horticoles des ménages selon l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI).

Alors que la demande portée par les centres urbains comme Accra, Kumasi et Takoradi est estimée à près de 800 000 tonnes par an, la production n’arrive pas encore à suivre le rythme, pénalisée notamment par une faible productivité et des pertes post-récolte. Selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’offre peine depuis 2015 à franchir la barre des 400 000 tonnes, fluctuant autour des 380 000 tonnes.

« Alors que nos homologues du Burkina Faso produisent 18 tonnes par hectare, le Ghana n’atteint en moyenne que huit tonnes […] Le problème réside principalement dans les variétés de semences utilisées pour la production de tomates », avait indiqué en mars 2026 M. Opoku.

Face à cette situation, le pays dépend fortement de l’approvisionnement extérieur, notamment depuis la sous-région ouest-africaine pour répondre à ses besoins. D’après un rapport du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’OCDE, jusqu’à 90 % des tomates vendues à Tamale, dans le nord du Ghana, proviennent du Burkina Faso durant la saison creuse. Selon l’organisation, la valeur des importations de tomates du Ghana s’élèverait à 196 millions de dollars (≈170 millions d’euros) en 2022, soit près de six fois le total des importations intra-régionales officiellement déclarées pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Une stratégie de renforcement de la souveraineté alimentaire

Cette initiative vient s’ajouter à d’autres mesures déjà entreprises par les autorités pour substituer les importations. En mars 2026, le ministère de l’Agriculture a ainsi engagé un programme de recherche pour développer de nouvelles variétés de tomates capables d’atteindre des rendements de 20 tonnes par hectare, soit plus du double du niveau actuel, en partenariat avec des instituts de recherche et des acteurs privés comme la société nigériane WAKI Farms.

Dans le même temps, en février dernier, le groupe agroalimentaire espagnol GB Foods, qui exploite depuis 2023 une usine de transformation à Tema pour produire les concentrés « Gino » et « Pomo », a acquis 2428 hectares dans les plaines d’Afram pour sécuriser son approvisionnement en tomates industrielles.

Pour le pays, l’accroissement de la production intérieure devrait également permettre de réduire la vulnérabilité aux perturbations de l’approvisionnement. Au Burkina Faso, les exportations de tomates ont d’ailleurs été suspendues le 16 mars 2026 jusqu’à nouvel ordre.