Dynamique et en forte croissance, le transport aérien nigérian reste toutefois confronté à des faiblesses structurelles. Le pays mise sur un plan directeur à long terme pour transformer son potentiel en véritable puissance aérienne régionale.

Le Nigeria accélère sa stratégie pour transformer en profondeur son aviation civile. Le 14 avril dernier, en marge du Global Implementation Support Symposium 2026 organisé au Maroc, le pays a officiellement reçu son plan directeur pour le secteur aérien (Civil Aviation Master Plan – CAMP), élaboré avec l’Organisation de l’aviation civile internationale. Cette feuille de route, qui couvre la période 2026–2045, doit servir de cadre stratégique au développement du secteur sur les deux prochaines décennies.

Le CAMP prévoit un ensemble d’actions prioritaires pour renforcer la planification des infrastructures, moderniser les cadres réglementaires et politiques, améliorer la performance opérationnelle des acteurs et consolider les capacités institutionnelles de supervision.

Il couvre plusieurs dimensions de l’aviation civile moderne comme les services de navigation aérienne, le développement et l’optimisation des aérodromes, l’économie du transport aérien, la gestion de la sécurité et la facilitation des flux de passagers et de marchandises.

Un secteur aérien dynamique mais encore limité

L’ambition de cette feuille de route est double : répondre à la croissance rapide du trafic, tout en rapprochant progressivement le système nigérian des standards internationaux en matière de sécurité, de qualité de service et de compétitivité.

Dans le pays qui compte plus de 230 millions d’habitants, le trafic aérien est déjà l’un des plus dynamiques du continent. Selon des données présentées lors de la Conférence et exposition régionale d’ACI Africa à Luanda, le géant économique s’est imposé comme le deuxième marché africain pour l’aviation domestique avec plus de 10,5 millions de passagers enregistrés en 2025, derrière l’Afrique du Sud et ses 28 millions de voyageurs.

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L’aéroport international Murtala Muhammed de Lagos a ainsi affiché une hausse de 11,8% des mouvements aériens, la plus élevée parmi les grands aéroports africains, et une augmentation de 34,4% du trafic cargo, la plus forte progression observée dans le top 10 du continent.

Si cette performance a été saluée par la Federal Airports Authority of Nigeria (FAAN), l’industrie a encore des marges importantes de progression. Ainsi, aucun des cinq aéroports internationaux gérés par l’agence étatique n’est présent dans le classement 2026 des 100 meilleurs aéroports à l’échelle internationale (Skytrax World Airport Awards) qui mesure l’expérience des usagers sur l’ensemble des services et installations aéroportuaires en contact direct avec le public, depuis l’enregistrement et les arrivées jusqu’aux espaces commerciaux, aux contrôles de sûreté et au départ en porte d’embarquement.

Pendant ce temps, l’Afrique du Sud, son principal concurrent, plaçait deux de ses plateformes dans la liste (OR Tambo de Johannesbourg et Cape Town). A ce problème de compétitivité internationale, s’ajoutent des coûts d’exploitation qui restent élevés, en particulier en raison du prix du carburant, de la volatilité du naira et de la dépendance aux devises étrangères pour la maintenance et le leasing d’appareils.  

Développer une industrie aéronautique locale

Parallèlement à ce plan directeur, le Nigeria multiplie depuis quelques années les initiatives pour renforcer la compétitivité de son aviation civile et intégrer davantage de valeur ajoutée localement, en particulier dans les segments techniques et industriels. L’un des projets les plus emblématiques est l’annonce en décembre dernier de la recherche d’un partenariat stratégique avec le constructeur américain Boeing et l’Université britannique de Cranfield afin de mettre en place un centre national de maintenance, réparation et révision (MRO) d’aéronefs.

Aujourd’hui, la quasitotalité des gros travaux de maintenance des compagnies nigérianes est réalisée à l’étranger, ce qui coûte plus de 200 millions de dollars (170 millions d’euros) par an au secteur selon les estimations relayées par le gouvernement. En développant des installations de maintenance certifiées aux standards internationaux à Lagos et Abuja, le pays espère non seulement réduire cette facture, mais aussi attirer des clients d’autres pays africains, positionnant le géant ouest-africain comme un hub régional de services aéronautiques. Plusieurs compagnies locales, telles qu’Air Peace, United Nigeria ou Ibom Air, ont d’ailleurs annoncé des projets complémentaires pour renforcer leurs propres capacités de maintenance, signe que la demande existe et que le marché se structure progressivement.

Au-delà du MRO, les autorités travaillent aussi à l’amélioration du cadre réglementaire et des accords internationaux. Le renforcement de la Nigeria Civil Aviation Authority (NCAA), la mise à jour de la législation et la signature d’accords de services aériens bilatéraux avec les USA, le Koweït et le Maroc visent à faciliter l’ouverture de nouvelles routes, consolider le rôle de hub de Lagos et Abuja, et mieux intégrer le pays dans le marché aérien africain et mondial.