Delina Goxho, spécialiste indépendante en question de défense évoque, dans une publication pour l’Institut d’Egmont, la manière dont les drones ont modifié le rapport de force sur le terrain. Désormais, les États n’ont plus le monopole du ciel. « De l’est de l’Ukraine, au golfe Persique, en passant par les plaines du Burkina Faso, les drones redéfinissent la logique des conflits », explique-t-elle, avant d’évoquer une « technologie que les États du Nord s’étaient appropriée comme instrument de guerre exclusif qui s’est finalement propagée si rapidement et dans tant de directions » qu’elle remet en cause bien des certitudes.

Les drones, essentiellement chinois, turcs ou iraniens, se sont imposés comme des acteurs essentiels des guerres en Afrique. « Ces armes rebattent les cartes sur le terrain », explique un spécialiste français, très présent en RDC qui sollicite l’anonymat. « Ces armes font beaucoup de victimes civiles par manque de professionnalisme des utilisateurs qui sont souvent des étrangers livrés avec les drones, de nouveaux mercenaires. Ils gagnent leur vie face à des écrans, loin des champs de bataille et sont régulièrement rémunérés au résultat. Pour une vraie cible abattue, peu importent les dégâts collatéraux ». L’homme pointe notamment l’attaque contre l’ancien président congolais Joseph Kabila au mois de mars dernier à Goma. « Les pilotes sont des Occidentaux qui pensaient pouvoir tirer le gros lot s’ils atteignaient leur cible. Malheureusement, ils ont tué une civile française qui travaillait pour les Nations unies. Aujourd’hui, tout est documenté par les services occidentaux. Ils savent qui manipulaient l’engin et qui a donné l’ordre. »

Un tir de drone tue une humanitaire française à Goma

« Les militaires professionnels doivent trouver un équilibre entre les avantages tactiques des drones et la compréhension de leurs limites et de leurs risques », explique de son côté Nate Allen, professeur associé au Centre d’études stratégiques de l’Afrique, qui poursuit : « Les drones ne se sont pas toujours révélés être l’outil de guerre de précision peu coûteux et peu risqué qu’ils sont censés être ».

Nate Allen explique encore qu’au cours des deux dernières décennies, « au moins 31 pays africains (sur 54, NdlR) ont acquis des milliers d’unités sans pilote. En Afrique, le rythme des acquisitions de drones militaires par les gouvernements s’accélère, avec au moins 15 accords d’acquisition bilatéraux chaque année depuis 2020 ».

Le poids de la Turquie

Dans cette course africaine aux drones, la Turquie se taille la part du lion. Un tiers des drones achetés en Afrique est d’origine turque et le poids de ce pays ne cesse de croître. Le Bayraktar TB2 est devenu le drone de combat le plus populaire sur le continent africain, selon plusieurs sources qui insistent sur la capacité de la Turquie à séduire les Africains avec des modèles modernes, efficaces et peu onéreux, venant d’un État qui « n’est pas susceptible de fâcher les grandes puissances ».

Attaques djihadistes et répression de l’opposition… Les juntes sahéliennes inquiètentLe coup de force de l’État islamique

Au Sahel, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et des groupuscules djihadistes ont, eux, recours à des drones plus artisanaux capables de lâcher de petites charges. Entre 2024 et 2025, le FLA a mené au moins 28 attaques de drones contre les forces armées maliennes. Le 28 janvier dernier, au Niger, à moins de dix kilomètres du palais présidentiel, des groupes affiliés à l’État islamique dans les provinces du Sahel ont mené un assaut coordonné contre l’aéroport de Niamey. Des petits drones dans le ciel et des djihadistes à moto ont semé la panique, tué plusieurs soldats et touché un hangar qui abritait des drones sophistiqués de l’armée du Niger. « L’utilisation des drones, bien guidés grâce à des renseignements précis, évite l’utilisation de kamikazes et ils sont bien plus difficile à arrêter », explique notre diplomate.